CHEZ LES MYRIAPODES 3O
trop brusquement et causant un courant d'air ne révèle ainsi son approche. Si leur vue est fort mauvaise et si, chez ces êtres, il semble n'y avoir de vision distincte à aucune distance, on peut se demander quel est le moyen qu'ils emploient pour saisir leur nourriture. Quiconque a observé ces animaux vivants remarquera que si leur vue est bien obtuse, leur toucher est au contraire des plus délicats. Le contact le plus léger d'une de leurs longues pattes suffit pour les impressionner vivement; aussi n'est-il pas étonnant que, chez eux comme chez toutes les Araignées le tact supplée à la vue et leur permette de reconnaître leur proie.
Grenacher, en considérant la structure de Tœil des Myriapodes émit l'opinion que ces animaux ne pouvaient avoir d'autres notions que celles de lumière et d'obscurité. Les observations des naturalistes qui ont étudié les mœurs de ces êtres, aussi bien que les expériences de ceux qui ont examiné attentivement leurs facettes visuelles, s'accordent pour confirmer l'idée théorique de Grenacher.
On sait que la plupart des Myriapodes mènent une existence souterraine; ils vivent sous les feuilles, sous les pierres à l'abri de la lumière qu'ils semblent fuir ; nous avons vu au début de ce chapitre que cette particularité de leur existence avait été utilisée pour démontrer que les espèces aveugles ont cependant la faculté de distinguer la lumière de l'obscurité. Cette faculté existe aussi naturellement chez les espèces possédant des yeux, mais la présence d'appareils visuels bien différenciés ne semble pas donner à ces derniers des capacités visuelles bien puissantes. Plateau qui a étudié
attentivement la vision des Myriapodes conclut de ses observations d*abord que ces animaux distinguent la lumière de l'obscurité, que cette propriété existe aussi bien chez les Myriapodes, normalement aveugles que chez ceux qui possèdent des yeux et peut s'expliquer partiellement par des sensations dermatoptiques; il pense ensuite que d'une façon générale les Myriapodes voient très mal et qu'ils suppléent à Tinsuffisance de la vue par le toucher; enfin certains d'entre eux lui ont semblé aptes à distinguer les grands mouvements et à percevoir des obstacles placés sur leur route et réfléchissant beaucoup de lumière.
On voit donc qu'en résumé les Myriapodes sont encore plus mal doués que les Araignées au point de vue des fonctions visuelles.
Rôle des ocelles, — Lorsque nous avons étudié la structure des yeux des Arthropodes nous avons fait remarquer que quelques-uns d'entre eux possédaient dans leur région frontale, entre les yeux composés, des taches visuelles fort petites que l'on désignait sous le nom d'ocelles. Ces ocelles existent chez plusieurs Insectes adultes, tels que Fourmis, Guêpes, Abeilles, de l'ordre des Hyménoptères, ainsi que sur quelques Orthoptères, Névroptères ou Hémiptères; mais on les rencontre également sur certaines larves, les Chenilles par exemple. Leur présence a été notée par un grand nombre d'entomologistes, mais bien peu se sont appliqués à déterminer leur rôle; Swammerdam, Réaumur, Marcel de Serres, firent cependant quelques expériences propres à éclairer leur fonction. Les expériences de ces derniers portèrent sur des Hyménoptères des genres