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GOUT ET ODORAT DES POISSONS

tions aqueuses de substances odorantes versées dans notre nez, la tête étant renversée, ne nous procurent aucune sensation. 11 faut admettre ou bien que Todorat tel que nous le comprenons pour nous n'existe pas chez les Poissons, ou bien qu'il s'exerce à l'aide d*organes spéciaux construits différemment des nôtres. Nous admettrions volontiers une autre opinion, nous pensons que l'odorat est suppléé, chez les Vertébrés à vie aquatique par un autre sens qui se trouve dans d'excellentes conditions pour bien fonctionner : nous voulons parler du goût. Nous savons que Ton désigne sous le nom de sensations gustatives la perception de , certaines qualités des substances dissoutes, qualités qui sont sans doute d'ordre chimique. Mais pour que ces corps agissent sur nos papilles gustatives, il faut qu'ils soient à l'état de solutions. Nous remarquons justement que les Poissons, grâce à leur genre de vie, se trouvent dans les conditions les plus favorables pour l'exercice de ce sens. Il n'est plus nécessaire comme chez nous que les substances soient d'abord dissoutes par la salive pour qu'elles deviennent capables d'impressionner leurs terminaisons gustatives ; en outre ils sont en contact avec ces corps non plus par un point limité de leur surface, ainsi que cela est le cas pour les Vertébrés aériens, mais par la totalité de leurs téguments. Nous n'avons donc aucune raison pour refuser à ces êtres un sens du goût qui doit être fort développé d'autant plus que nous trouvons dans la cavité buccale, sur les appendices buccaux désignés sous le nom de barbillons et ailleurs, des appareils nerveux terminaux (corps cyathiformes) identiques à nos boutons gustatifs. A cause du milieu dans lequel ils vivent, les

Poissons seraient ainsi capables de percevoir à distance et à l'aide du goût certaines qualités chimiques des corps qui nous sont révélées par l'odorat.

Le sens du goût ainsi considéré aurait conservé chez les Vertébrés vivant dans Teau une importance beaucoup plus grande que celle qu'il a chez nous. 11 ne présiderait plus seulement au choix des aliments, mais serait d'une application plus générale. On peut concevoir aussi comment cette fonction s'est localisée, et n'existe plus chez les Vertébrés à vie aérienne que là où elle peut continuer à s'exercer, c'est-à-dire dans la bouche, dont les parois sont constamment humectées par le produit de la sécrétion des glandes salivaires.

Nous pensons que ces modifications des organes des sens, en rapport avec le milieu dans lequel ils fonctionnent, sont adoptées sans difficultés par tous les biologistes. Personne n'est étonné de voir qu'un organe respiratoire tel qu'une branchie, qui fonctionne fort bien dans l'eau, devient incapable de servir à la respiration dans l'air. Nous trouvons fort naturel qu'un têtard de Grenouille perde ses branchies et acquière des poumons en changeant de milieu; pourquoi ne pas admettre que des changements analogues se passent dans leurs organes des sens et aussi dans l'importance relative de ces sens? S'il n'en était pas ainsi ces êtres, à la suite de ces changements de milieu, se trouveraient dans de bien mauvaises conditions de résistance. A tous les changements de milieu doivent correspondre des changements déstructure. Tous les êtres vivants doivent s'adapter à leurs conditions d'existence, sinon ils ne tardent pas à disparaître.

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Si, chez les Vertébrés qui sont tous des êtres construits sur le même plan anatomique que nous, nous notons, dans l'importance relative de leurs organes des sens, des différences aussi grandes que celles que nous venons de signaler, il n'est pas étonnant que ces écarts augmentent chez des animaux construits sur des plans aussi différents que les Vers, les Mollusques ou les ;||

Arthropodes. Nous ne serons pas surpris si nous voyons ces êtres réaliser dans la construction de leurs organes des sens des structures absolument différentes de celles des nôtres : le sens de Todorat s'exerçant chez les Insectes à l'aide des antennes et non par l'intermédiaire d'un nez ne produira sur nous aucune surprise.

On nous permettra d'insister aussi sur Terreur que^ l'on commet en assimilant complètement les sensations que doivent éprouver les animaux inférieurs à celles que nous ressentons nous-mêmes. On oublie trop facilement que la qualité et la nature de la sensation proviennent non seulement de l'organe sur lequel se fait l'impression, mais aussi des cellules nerveuses qui perçoivent la sensation. Or, nous savons que les centres nerveux des Invertébrés, surtout les parties que nous qualifions de cerveau, sont construits sur un type bien différent des nôtres ; nous n'ignorons pas aussi que leurs facultés ne sont pas comparables à celles que nous possédons. II est donc certain que les Invertébrés, les Insectes par exemple, ne peuvent pas acquérir à l'aide de leurs organes des sens les mêmes notions que nous ; ils ne voient pas le mondé extérieur comme nous le voyons. Mais il est bien possible aussi que quelques-uns d'entre eux soient sensibles à des modifications du milieu

ambiant qui échappent à nos organes des sens, et les expériences de Lubbock que nous aurons l'occasion de citer dans le cours de ce livre nous montrent que cette . opinion n'est pas une simple hypothèse; nous verrons, en effet, que les Fourrnis sont capables de percevoir les rayons lumineux ultra-violets qui échappent complètement à notre rétine.

Nous pensons même qu'il est possible d'aller plus loin dans cette voie et qu'il n'y a aucun inconvénient à admettre chez quelques Invertébrés la faculté de percevoir des sensations dont la nature nous échappe complètement. Les naturalistes qui se sont appliqués à l'observation des Insectes ont souvent cité des traits de mœurs dans lesquels il est difficile de ne pas faire intervenir des moyens de perception dont les analogues n'existent pas chez nous. Il est certain cependant que cette opinion peut encore être considérée comme une simple vue de Tesprit, en faveur de laquelle on peut apporter des observations plus ou moins probantes, mais dans l'état actuel de la science il est bien difficile de faire rentrer Texposé de ces faits discutés et obscurs dans le plan d'un livre de vulgarisation scientifique.

Nous allons étudier dans les chapitres suivants les organes des sens et leurs manifestations chez les divers types de la série des Invertébrés, c'est-à-dire de ces animaux que Ton qualifie volontiers du mot inférieur. Dans l'exposé qui va suivre on sera frappé par la présence de lacunes regrettables. On remarquera que, tandis que nous connaissons fort bien la structure des organes des sens de beaucoup de ces animaux, nous ignorons souvent leur rôle et leur mécanisme physiologique. Les

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