‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 101 sur 146 · SEMBLABLES · texte numérisé non relu

SEMBLABLES

La contiguïté unit ensemble les choses qui se présentent ensemble, ou qui, par l'elfetde quelque circonstance, se présentent en même temps à l'esprit, comme par exemple, lorsque nous associons la chaleur avec la lumière, un corps qui tombe avec une secousse. Ce n'est pas tout, nous observons encore qu'une chose, en vertu de la similarité, en rappelle une autre dont elle est séparée dans le temps, comme lorsqu'un portrait rappelle l'original.

La seconde propriété fondamentale de l'esprit, appelée aperception de la concordance, ou similarité, est une faculté de reproduction mentale, ou un moyen de restituer les états mentais passés. Aristote la compte au nombre des liens qui assurent la succession des pensées.

Au point de vue de la connaissance, ou perception des choses, la conscience de la concordance ne le cède qu'à la faculté de discrimination, ou conscience de la différence. Quand nous connaissons une chose, c'est par ses rapports de ressemblance et de différence. Nous connaissons pleinement la couleur rouge quand nous l'avons comparée avec toutes les autres couleurs, ainsi qu'avec elle-même et ses diverses nuances. La connaissance que nou> avons d'un fauteuil se compose de toutes nos expériences des diifé-

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ronces qui disliiigiuMil lui faiilouil des autics pièces d'aineublcriu'iit, etc., cl (1(^ laresseinhlance avec les autres fauteuils. Tout acte complet de connaissance suj)pose l'emploi de ces deux facultés, et ne suppose rem[)l()i d'aucune autre, à l'exception, toutefois, de la rélentivilé ([u'elles impli((uent l'une et l'autre. La connaissance de l'homine est la somme de tous les points de contiasle (jui distinguent l'homme de toutes les autres choses, el la somme de tous les points d'identité qui résultent de la comparaison des hommes entre eux. L'accroissement de la connaissance se fait constamment dans ces deux directions : nous notons de nouvelles différences et aussi de nouvelles ressemblances entre nos expériences. Nous ne devenons conscients qu'i\ la condition de recevoir l'impression d'une différence; et nous ne pouvons faire l'analyse de nosétats de conscience, qu'on appelle reconnaissance de la pluralité, de la combinaison ou de la complication, qu'à la condition de découvrir des ressemblances, et de rapporter chaque partie de l'impression à celles qui lui ressemblent parmi nos impressions préalables. Percevoir c'est proprement reconnaître ou identifier.

Il est nécessaire d'expliquer la nature de la relation qui subsiste entre les deux principes de la contiguïté et de la similarité, afin de nous mettre en garde contre les erreurs, et surtout de nous préserver de l'erreur de croire que ces deux facultés existent séparément dans l'organisme mental. Quand le lien d'association qui unit deux actions, deux images contiguës, s'est affermi par la répétition, il est évident que l'impression présente doit raviver la somme totale de l'impression passée, ou rétablir la situation de l'esprit dans l'état complet où l'avait laissé l'impression précédente. Ainsi quand je m'exerce à tracer un rond avec la main, l'effort que je fais présentement doit rappeler l'état d'action musculaire et nerveuse, c'est-à-dire la disposition exacte qui se trouvait acquise à la fin de l'effort précédent; celui-ci de son coté doit restaurer aussi la disposition qui marquait la fm de l'effort qui le précédait, et ainsi de suite. C'est seulement de cette manière que la répétition peut servir à consolider une habitude du corps, ou à composer un igrégat intellectuel. Mais le rétablissement d'une condition première par un acte présent de même genre, est réellement et proprement un effet de l'opération du principe associant de lasinii^.

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laritc, c'est-à-dire de la loi d'après laquelle lesemblable rappell(> le semblable. Nous voyons clairement que sans ce rappel l'association des choses conliguës serait impossible. C'est pour cela que durant toute l'exposition de la loi de contiguïté, nous avons du admettre tacitement la loi de similarité ; nous avons partout considéré comme vrai, qu'une présentation actuelle d'un objet rappelle l'impression totale faite par toutes les présentations préalables, et ajoute son efCet à la somme totale.

Mais, quand nous supposons tacitement que toute chose présente a la propriété de restaurer les impressions passées de la même chose, nous ne voulons parler que des cas où la restauration est certaine, et en réalité des cas seulement où ie présent et le passé sont absolument identiques. Tels sont ceux dont nous nous sommes occupé dans le chapitre précédent, ^'ous avons toujours supposé que le mouvement nouveau, ou l'image nouvelle, éUnaai cxd.clemen[ ùktitiques avec l'ancien, et ne faisaient que rétablir et graver plus profondément les impressions déjà faites. Nous devons maintenant quitter ces exemples où l'identité est supposée parfaite, pour en aborder de nouveaux où l'identité n'est que partielle, et susceptible par conséquent d'être méconnue; où la restauration, au lieu d'ètresùre, est douteuse; dans lesquels, surtout, elle a un effet bien plus important que la simple répétition ou l'affermissement de l'impression déjà produite. Chaque fois qu'un état mental, quel qu'il soit, est restauré dans la conscience, c'est par l'action combinée des deux lois de similarité et de contiguïté; dans certains cas, la similarité est un élément évident, mais on peut se demander si la contiguïté y joue un rôle ; dans les autres, l'action de la contiguïté est certaine, mais on a à vérifier si la force attractive de la similarité s'exerce. Quand je rencontre une personne que j'ai déjà vue, et que je tâche de me rappeler son nom, le succès de mes efforts dépend de la solidité d'un lien d'association par contiguïté.. Te n'éprouve aucune difficulté à me rappeler, par l'effet de l'impression présente, l'impression passée; mais après avoir remémoré la totalité des impressions passées, il peut arriver que je sois dans l'impossibilité de me rappeler la circomtoncc concomitante du nom; la contiguïté pcutôtre en défaut, bien que la similarité fasse son œuvre complètement en restaurant ma conception première de l'extérieur de cette personne. Si, d'autre part, je vois un homme dans la rue, et si j'ai déjà vu un portrait de cet

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homim',il u'csil pas cerlaiii {[\w larralilc; vivante me rappelle le [(ortrait; le doute n'a pas pour objet la rontij,'uïlé ou rassocialion de ses parties et des détails ([ui rciilouient, si ji^ puis me rajjpeler ieporlrail, mais sur la eliance (|uej'aide me le raj)j)eler. Quand les choses sont identiques, lasimilarilé par laquelle l'impression présente ravive l'impression ancienne est tellement certaine ([u'on n'en fait mèuje pas mention, et que l'on ne parle que de la llxilé du lien d'association entre les parties remémorées et celles qui les accompagnent, comme si la contiguïté suffisait à i'xpliquer le fait tout entier de la restauration. Pour compléter la théorie jusqu'ici incomplète que nous avons donnée, mais (jui ne pouvait être claiie qu'à la condition de rester partielle, nous allons étudiera part, en lui donnant la première place, l'élément ([ue nous avons laissé dans l'ombre, et cesser de nous occuper de celui que jusqu'ici nous avions considéré exclusivement (1).

Quand il y a identité parfaite entre une impression présente et une impression passée, celle-ci est restaurée et fondue avec la présente, instantanément et sûrement. L'opération s'accomplit si rapidement que nous n*y faisons pas attention; nous constatons rarement l'existence d'une association de similarité dans la chaîne de la série. Quand je regarde la pleine lune, je reçois instantanément l'impression de l'état qui résulte de l'addition des impressions que le disque de la lune a déjà faites sur moi; cette restauration paraît si natureHe et si nécessaire, que nous réfléchissons rarement au principe qui y est impliqué, 0,'est-à-dire à la propriété que possède le nouveau stimulus de mettre cjijeu les courants nerveux, avec toute l'énergie acquise dans le cours de plusieurs centaines de répétitions de la mOme excitation visuelle. Mais, quand au lieu d'être parfaite, l'identité est imparfaite ou partielle, nous ne tardons pas à constater l'existence de ce lien d'attraction qui rapproche les semblables, car nous trouvons que parfois la restauration n'a pas lieu; il y a des cas où la similitude ne nous frappe pas; entre les nou-

(1) Xous pourrions dire, en empruntant le langage des malhCmatiques, que ^ans le chipilre précédent la comiguïlé a été considérée comme l'élément variabl'', Cl la similarité comme rôlément constant ; tandis que, dans le chapitre présent, nous supposons la similarité variable et la contiguïté constante.

veaux courants et les anciens, rétincclle ne jaillit pas. C'est surtout à Videntité imparfaite qu'il faut attribuer l'échec de la restauration des anciens courants par le nouveau stimulu*^. Lorsque dans une impression nouvelle d'une chose, la formeoriginale est voilée, obscurcie, déformée, déguisée, ou on quelque façon modifiée, il est chanceux que nous la reconnaissions; la quantité de ressemblance qui reste jouit d'une force restauratrice d'une certaine intensité, mais les points de différence ou de dissemblance ont une action qui résiste au rétablissement de l'ancien état, et tend à raviver des objets qui leur ressemblent. Quand j'entends un air auquel je suis habitué, l'impression nouvelle réveille naturellement l'ancienne; mais si l'air vient frapper mon oreille accompagné d'harmonies el d'accompagnements compliqués, il est possible que l'effet de ces additions m'empêche de reconnaître la mélodie; les circonstances dissemblables peuvent s'opposer au rétablissemenl de l'expérience ancienne avec une puissance plus grande que la force attractive des ressemblances qui subsistent; peut-être ne trouverai-je dans cet air aucune ressemblance quelconque avec un air que je connaissais, ou irai-je jusqu'à l'identifier avec un air tout à fait différent. Si je possède faiblement le caractère essentiel de la mélodie, si je suis déconcerté par des accompagnements nouveaux, il y a toute vraisemblance que je n'éprouverai pas la restauration de mon impression acoustique passée de l'air en question, et que je ne reconnaîtrai pas le morceau que j'entends exécuter.

Les obstacles qui s'opposent à la reviviscence des impressions passées par l'effet de la similitude se rangent sous deux titres: laiblesse et diversité. Dans certains cas, une impression nouvelle est trop faible pour arriver jusqu'aux anciens courants de la même impression et les remettre en mouvement, comme par exemple quand nous ne pouvons pas reconnaître le goût d'une solution très-faible, ou discerner un objet au demi-jour. Les casles plus nombreux et les plus intéressants appartiennent à l'ordre de la diversité; la ressemblance et la dissemblance y sont mêlées, conme par exemple quand nous rencontrons une personne de connaissance habillée d'une façon nouvelle, ou bien dans des circonstances où nous ne l'avions encore jamais vue. Les modes de diversité sont sans nombre et l'on ne

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|)(Mil en l'iiiic iiuc classification. Il serait iiumuc possible <\v faire roiUrerla l'aihlesso dans la diversité, j)uis(iiie lafaiblesse n'est ([u'une diiréi'eiice de (Icf/rr, (luaiid ce n'est pas l'effet de qnehpie antre dillérence; mais nons aimons mienx examiner ;\ part les obstacles qui résultent de la faiblesse, après quoi nous aborderons le domaine plus vaste des différences d'autre nature.

La difdcidté ou la facilité de la reviviscence d'une condition passée, sur la suggestion d'une similitude présente, dépen- ■tlra tout à fait de la possession que l'impression passée a acquise; une impression nouvelle ravive bien plus facilement une image familière qu'une qui ne l'est pas. Nous aurons donc à considérer cette condition dans le cours de l'étude que nous allons faire des applications de la loi de similarité.

Nous avons à examiner jusqu'où le caractère naturel, propriété primitive de l'intelligence, entre dans la faculté de réveiller lies semblables, ou de réunir les choses semblables en dépit de la dissemblance des accessoires. Il reste encore beaucoup de choses à expliquer dans les préférences que montrent les différents esprits pour les objets qu'ils remémorent le plus aisément; ces préférences déterminent les variétés de caractère; c'est par elles qu'un esprit est scientifique et un autre artistique. Nous avons commencé à expliquer ces différences par la loi de contiguïté, mais, si nous ne nous trompons, il reste encore une portion du caractère qu'on peut rapporter à l'existence des divers modes et degrés de susceptibilité de l'esprit pour les eftels de la similarité. D'après nos observations, les deux forces d'association par contiguïté et d'attraction des semblables ne montent ni ne baissent parallèlementdans le caractère ; nous pouvons les trouver combinées h tous les degrés et dans toutes les proportions. Nous croyons en outre qu'il existe une faculté puissante qui reconnaît la similarité en général, et que cette faculté est très-féconde en conséquences remarquables. Nous allons aborder l'exposition détaillée de cette propriété de l'intelligence et nous espérons que nous ferons par Aagcr notre conviction au lecteur.

/il^'i DE l'intelligence.

f. — Similarité clan»» la faiblCMMe de rimprcsslon.

Explication des différences individuelles dans les actes d'identification ; condition* locales : délicatesse nature/le du sens, Imbitade prénlnble d'un certain genre de sensation, habitude de porter l'.iltention sur ce {»enre de sensation, ou délicatesse acquise du sens, — condition générale, faculté générale de similarité. — Identification des sensations de la vie organique. — Mentificalion des odeurs. — Ouïe, influence de Phabitude des sensations de l'ouïe. — Identification des objets de la vue au demi-jour. — Acuité des sens des Indiens. — Flair du chien.

Quand une impression nous frappe avec un certain degré de faiblesse, elle ne peut pénétrer jusqu'à la voie qu'elle a ouverte la première fois qu'elle s'est produite. Quand une influence extrêmement faible, au moment présent, réveille les courants anciens, il faut admettre que l'action restauratrice de la similarité s'exerce avec une vigueur exceptionnelle dans l'esprit qu'elle affecte, ou pour ce genre d'impressions. Si, par exemple, nous voyons qu'une faible solution de sel dans l'eau, telle que nous en rencontrons dans beaucoup de sources delà campagne, tait sur la langue une impression qui suffit pour réveiller chez, une personne l'état d'espiMt passé produit par l'acte de goûter le sel, tandis que cette impression ne produit pas le môme résultat chez une autre personne, nous dirons que la première l'emporte sur la seconde par la force attractive de similarité en ce qui concerne le goût. Toutefois cette supériorité paraît tenir à divei\ses circonstances. l^L'acuïté naturelle du goût, telle qu'elle se montre dans la finesse de la discrimination, doit se manifester aussi dans une plus grande promptitude h reconnaître une impression faible. 2° Une personne peut être familiarisée avec ce goût particulier, par suite de la répétition desimpressions et des autres circonstances qui favorisent la rétentivité. 3° Il y a aussi une autre condition, distincte de celle qui précède, bien qu'elle concoure avec elle; c'est l'habitude de concentrer l'attention sur le sens du goût, par suite de quelque intérêt ou motif spécial, k" Ces trois conditions n'impliquent pas une plu* grande force de similarité, mais nous avons des raisons de croire, par analogie avec ce que nous avons dit des conditions de la force retentive, que tout le monde ne possède pas au même degré la faculté de percevoir la similarité. Il y aurait alors une quatrième explication du fait en question.

siMiLAurri: daiNS la faibli:.ssk dk l'imi*iu:ssion. U2'.}

Au lieu (le (X*L exciujjhî pris au hasiud, nous pouirious présenter (le nombreux exemples empruuUîs aux sensations des divers sens. (Les mouvemenls eonsidéi'és i\ part des sensations n'en ollVent j^ut'îi-e). Dans les diverses sensalioiis de; la vie orgam([ue, nous rencontrons des exemples où la reslauialion est diflicile il cause de hi faiblesse de l'impression ([uï la su<^^ère. Il m'arrive (rt'»prouver une sensation p(Miil)lc, que je ne peux d(l'tinir ni reconnaîlie, parce qu'elle est trop faiblement marquée pour reproduireTancieime impression de la mi"; me clioseù laquelle je suis accoutumé. Ce peut être un dérangement de l'estomac, du foie, ou du cerveau, comme j'en ai déjà éprouvé de semblables, mais qui n'est pas assez prononcé pour pénétrer jusqu'aux voies de l'ancienne impression ; il ne me rappelle rien, et je ne puis dire ce qu'il est. Peu à peu il augmente légèrement, et devient assez fort pour restaurer une image passée qui lui ressemble, alors je le reconnais. Les conditions qui favorisent cet effet sont, comme nous l'avons déjà dit, une grande linesse de la sensibilité organique, l'habitude d'un certain genre de dérangement et celle de porter attention aux états organiques du corps, concourant toutes avec la faculté générale de similarité. Une sensibilité organique aiguë est le caractère de certaines constitutions, qui rend les individus très- attentifs aux divers changements de leurs états organiques, et les conduit à l'hypochondrie aussi bien qu'à cet autre état d'esprit qui consiste à passer tour à tour de l'espérance à la crainte au sujet de la santé. Ce caractère prend quelquefois une acuité morbide, par exemple chez ces individus qui ne passentjamais une heure sans se tàter, et sans s'enquérir de la mortalité. La faiblesse du sentiment de ce qui se passe dans les diverses parties de notre corps entraine une négligence dangereuse; au contraire un excès non justifié de soulfrance, et un luxe inutile de précautions, peuvent ôtre le résultat d'une sensibilité trop grande, qu'elle ait son origine dans les sens organiques ou dans l'intelligence.

Nous avons déjà cité un exemple tiré du sens du goût. Il en est de môme au fond pour l'odorat. Quand on reconnaît une odeur très -faible, c'est que, malgré la faiblesse de l'impression, le souvenir des sensations de même nature que nous avons déjà éprouvées a été ramené dans la conscience. Si deux

IM DE L INTLLLJGbNCL:.

personnes sont exposées à l'impression d'une odeur particulière, par exemple lorsqu'elles marchenl ensemble dans un jardin, et que l'une la découvre, tandis que l'autre ne s'en aperçoit pas, il faut demander l'explication de cette différence, comme nous l'avons déjà fait, soit à la faculté générale de similarité, soit à une ou plusieurs'des trois conditions locales, à savoir une délicatesse ou une acuité pi us grande de l'organe du sens, une habitude plus grande de la sensation en question, ou une habitude de concentrer l'attention sur les odeurs en général, ou sur celleci en particulier. Si nous parvenions à constater que ces deux personnes possèdent un odorat d'une délicatesse et d'une pénétration égale, il nous resterait, pour expliquer la différence qu'elles présentent, à recourir aux deux autresconditionslocales, une habitude plus grande de la sensation en question, ou l'habitude de l'attention, ou encore à la faculté de similarité en général. Si nous savons que deux personnes possèdent ces deux qualités locales à un égal degré, ce qu'il est assez facile de constater, puisqu'il est probable qu'elles marchent de concert, la supériorité que l'une de ces personnes révèle prouverait une plus grande délicatesse de l'organe, ou s'expliquerait par la faculté de similarité en général.

Le sens du tact ne paraît fournir aucun fait où la restauration ^de l'impression passée soit rendue difficile par la faiblesse de l'impression actuelle, car nous pouvons d'ordinaire rendre la sensation de contact aussi intense que nous voulons. Mais nous trouvons des exemples parmi les sensations de l'ouïe. Il arrive souvent que les sons sont si faibles qu'ils peuvent à peine être discernée; alors nous observons qu'une personne les entend et qu'une autre n'y prend pas garde. La différence de l'acuïté doit être rapportée, comme nous l'avons déjà fait, à la délicatesse de l'oreille, à l'habitude de la sensation, à la délicatesse du sens qu'engendre l'habitude de l'attention, ou enfin à la faculté générale de similarité. Les sons, plus que tout autre genre de sensations, démontrent l'influence de l'habitude qui nous familiarise avec elles. Que l'on compare par exemple l'impression que les mots de notre langue maternelle font sur Touïe avec celle des mots d'une langue étrangère; tout le monde sait combien il est facile d'attraper un mot de la langue maternelle, même quand il est prononcé à voix basse, et combien il est difficile de saisir dans

SIMILARITK DANS LA KAIIlLK.SSi: DK L IMl»Ili:SSlON. Il2'j

U'^ mêmes circonslaiices le mol «le la laii^iu' (Hraii^ère. iNous rclmuvons un conlraslt' analogue cnlrc une voix qui nous est familière eL la voix d'un étranger; les personnes dures d'oreille reeonnaissent le lanya^e des gens de leur entourage, et ne peuvent comprendre les autres personnes qui parlent sur le môme ton. (if fait se reli'ouve dans toutes les parties du domaine des associations par similaiité; plus l'esprit est complètement habitué à une impression, plus peut être légère l'excitation nécessaire pour la révtMller.

Nous pouirions présenter des exemples du même onlre empruntés au sens de la vue. 11 y a un moment, au demijour du crépuscule, où les objets commencent à faire des impressions douteuses, et ne parviennent plus à restaurer les impressions antérieures correspondantes qui pourraient les faire reconnaître. Le brouillard et la distance produisent le môme effet. Dans ces conditions, une personne reconnaît un objet, tandis que d'autres aussi bien placées pour le discerner ne peuvent l'apercevoir. L'habitude de voir un objet et l'habitude professionnelle de concentrer l'attention sur cet objet suffisent souvent à expliquer cette différence; comme par exemple quand un marin reconnaît dans un point à l'horizon un navire d'une forme particulière. Dans les autres cas, il faut pour expliquer comment une personne discerne mieux qu'une autre, invoquer, soit la sensibilité de l'œil, soit la force de similarité en général.

Quand nous observons dans un sens une acuité très-prononcée, comme chez les Indiens, qui peuvent discerner le pas des chevaux à une grande distance, en appliquant l'oreille sur le sol, et qui possèdent aussi une merveilleuse portée de vue, nous devons expliquer cet avantage par les deux conditions qui jouent un rôle dans l'éducation de l'œil, Thabitude de voir souvent le même objet et celle de concentrer l'attention. Il se peut que l'acuité naturelle des sens soit héréditaire chez les Indiens; mais il ne faut pas douter que la pratique ne soit la prin- <^ipalc cause de cette remarquable différence qui distingue les tribus sauvages du reste des hommes. L'éducation ne consiste pas simplement dans une répétition fréquente de ce genre de sensations, de l'impression du pas des chevaux ou des

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hommes sur l'oreille; il faut de plus qu'en ces occasions lesforces du cerveau se concentrent sur le sens, et déterminent cet effort intense d'attention qui accompagne d'ordinaire l'acte d'écouter. Le degré de l'attention volontaire donnée i\ une observation rend la sensation plus aiguë; Thabitude d'absorber l'attention donne naissance à une délicatesse de sens permanente, aux dépens de l'attention pour les autres choses. Un peintre est d'autant plus impressionné par un paysage qu'il reste sourd au chant des oiseaux, au bourdonnement des insectes, ou au murmure du vent; l'âme tout entière passant dans un sens en augmente la puissance, et affaiblit tous les autres.

On peut expliquer de môme l'acuité des sens chez les animaux. Le flair du chien n'est autre chose que la faculté de reconnaître une impression extrêmement faible. Une exhalaison qui affecte les narines d'un chien d'arrêt, réveille chez cet animal l'impression de l'odeur d'un lièvre, tandis que la même exhalaison n'affecte en rien l'odorat de l'homme. Cette différence ne vient ni de l'éducation, ni de la force de l'association par similarité, mais de la délicatesse de l'organe de l'odorat, tlne odeur quelconque produira une plus forte impression sur un chien que chez un homme. Si par exemple une odeur est assez forte pour être sentie par le chien et par l'homme, comme quand l'homme et le chien sont assez près d'un lièvre pour que ce dernier animal affecte l'odorat de Thomme, celui-ci reste calme, tandis que le chien s'agite et semble fou. Cet exemple nous fait voir que l'organisation de l'organe de l'odorat du chien est telle que les impressions qui l'affectent passent agrandies au cerveau ; il nous montre de plus qu'il est possible que le cerveau reçoive d'une certaine classe de sensations de l'odorat une excitation particulière; il n'y a rien dans la constitution humaine qui corresponde à cet effet.

La longue portée de la vue des oiseaux dépend de Tadaptalion de leurs yeux à la vision des objets lointains. Cest une faculté qui a de l'analogie avec celle des personnes habituées à regarder des objets éloignés, ou avec celle qui chez l'homme est le résultat des modifications séniles des milieux réfringents de l'œil.

Dans les exemples que nous venons de citer, nous aviMi.^ signalé, comme conditions qui affectent le rappel d'impression*

SIMlLAlUTi: DAiNS LA IjIVEUSITÉ. 627

passées par uiio iinpirssion présente, une f'aeullé générale, et trois propriétés locales, il est pi'ohable (pie dans tous ces exemples, les eondilioiH sj)éeiales ont l)(;aneonp pins d'imporlanee ([ne la générale ; mais nous n'avons pas la prétention de décider laquelle de la délicatesse naturelle ou de la délicatesse a(ujuise dim sens joue le plus grand rôle.

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