‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 140 sur 146 · CLASSIFICATIONS DICS FACULTÉS INTELLECTUELLES · texte numérisé non relu

CLASSIFICATIONS DICS FACULTÉS INTELLECTUELLES

posant qu'elle en ail plusieurs. Ils ne conliennonl ([ue les désii;nati(3ns vulgaires appliqu('^cs à rexcrcico des l'acultés intelleo liielles dans certains (lé|)artements distincts de leur activité. Par exenii)le, l'imagination vent dire les beaux-arts, le raisonnement la science, la mémoire l'acquisition intellectuelle en général. En outre, l'un et l'autre comprennent des sujets qui ne l'ont pas partie de la science de l'esprit.

On peut surtout accuser Reidd'avoircommisl'inconséciucnce de comprendre le sentiment du beau etc., dans l'intelligence. Le seul remède à ces défauts consistait à adopter la division en trois classes.

Stewart a commis la faute de comprendre un exercice de la volonté parmi les facultés intellectuelles, à savoir, l'attention. En y introduisant l'association des idées, il est tombé dans l'erreur signalée par M. liailey {Letters on the Mind, V série, p. 72), de faire double emploi. L'association des idées, si elle est bonne à quelque chose, doit remplacer la mémoire, la raison, l'imagination, etc., etc., en expliquant tous les phénomènes que ces noms comprennent. Elle ne peut donc être une faculté coordonnée avec les autres.

Hamilton reconnaît six facultés intellectuelles : la. présenfatioe, comprenant les sens, et la conscience de soi, c'est-à-dire la connaissance des phénomènes mentais; Idiconservative, ou mémoire ; la reproductive^ qui repose sur les lois de l'association ; Y élaborative, ou abstraction et raisonnement; la représentative^ ou imagination; entin la régulatiue, qui comprend les origines instinctives de la vérité. La première de ces facultés reconnaît les sens comme la source première de nos idées, et, en l'admettant, Hamilton fait servir la sensation de préface à l'intelligence ; le second département de la faculté présentative se rapporte à la connaissance des états mentais, ou subjectifs, comme la sensation se rapporte à des états objectifs. C'est par la même raison que Stewart croyait nécessaire d'indiquer l'origine de la connaissance mentale en plaçant Inconscience en tête de sa liste. Par là, il parvenait à être complet en théorie; mais l'explication détaillée de la nature de la faculté introspective, ou conscience de soi, est insuffisante chez Hamilton comme chez Stewart. C'est un sujet d'une extrême délicatesse. J'ai essayé de le traiter de mon mieux à la fin de la partie de ce volume consacrée à l'intelligence (p. ^02-Z^03). La faculté conservative d'Hamiiton

fc66 APPENDICE.

n'est guère, pour lui, qu'une autre forme de la mémoire ou rétentivité. Mais quand nous la comparons à la troisième sur la liste, la reproductive, qui comprend les lois d'association, nous avons à faire une objection très-sérieuse. Nous ne connaissons pas de conservation séparée de la reproduction. Quand je dis que j'ai quelque chose dans la mémoire, je veux dire que sous une certaine impulsion je peux la reproduire, ou la rendre présente. La conservation sans la reproduction serait une non-existence ; la reproduction entraîne avec elle tout ce que nous entendons par conservation. La critique que nous venons défaire de la faculté d'association des idées dans la classification de Stewart, s'applique aussi à Hamilton. S'il fait de la reproduction une faculté intellectuelle, au sens que nous donnons à l'association, il peut s'en servir pour expliquer la faculté élaborative ou scientifique, et la représentative ou imagination. Par faculté régulative^ Hamilton entend ce que Reid appelle le sens commun, ou les jugements instinctifs, et ce qui a aussi été appelé la liaison, en un certain sens particulier, où ce mot rend Tacceplion du mot grec Noù;, et de l'allemand Vernunft. C'est l'origine des principes à-priori de l'esprit, et Hamilton traite de cette faculté sous le nom de u loi du conditionné » qu'il développe plus spécialement sous la forme d'une théorie de la croyance instinctive à la causalité. Cette loi correspond pour la plus grande partie au principe de la relativité universelle, principe que M. Spencer applique pareillement à la théorie de la cause.

Nous avons donné dans l'appendice A la classification de M. Samuel Bailey. Il propose une division en quatre genres contenant chacun des espèces. L Le Discernement, comprenant le discernement qui se fait par les sens, et le discernement qui ne se fait pas par eux. Le premier genre correspond à la faculté présentative de Hamilton. Dans la seconde espèce de discernement, je pense qu'il comprendrait l'instrospection et la conscience de soi. H. La Conception, c'est-à-dire la faculté d'avoir des idées ou des représentations mentales. Cette faculté comprend trois espèces : 1° Conception sans reconnaissance individuelle, 2° remémoration, conception, avec reconnaissance individuelle, ii° imagination ou conception dans des combinaisons nouvelles. 111. La croyance, l^SfUr preuve, et T sans preuve. IV. Le raisonnement, de deux espèces, contingent et démonstratif.

CLAS^^II ICATION DKS FACULTES INTELLECTUELLES. f);*)?

C-oiniuc M. Bailcy n'a pas fait (le ce plan la base trunedescriplioii complète de l'espril, nous ne sommes pas en état d'en bien juger les mérites. Je serais disposé à m'écarter de ce plan, et à ne pas placer la croyance parmi les opérations int(îllectuelles, pour des raisons cpie j'ai exposées ailleurs. Cela dit, ajoutons que cette classillcalion comporte la môme objection (si c'en est une pour M. Bailey) que les précédentes. Il n'y a pas d'analyse des propriétés, ou fonctions dernières et irréduclibles de Tintelligence ; les divisions ne sont pas absolues. L'imagination et le raisonnement ne sont pas des fonctions séparées, mais les mêmes fonctions avec des applications diiférentes. Il me paraît nécessaire de faire d'abord cette analyse afin de voir ce que nos facultés sont réellement, et ensuite de suivre l'opération de ces facultés dans les opérations que l'on appelle mémoire, raisonnement, imagination.

M. Herbert Spencer dans ses Essais (IP série, 139), a indiqué une classification. 11 désigne l'intelligence sous le nom de co- GNiTiONS qu'il définit des relations subsistantes entre nos sentiments, et qu'il divise en quatre sous-classes : I. Cognitions présentatioes^ c'est-à-dire celles qui localisent les sensations dans le corps, comme lorsqu'on sait, quand on se fait mal, quelle est la partie lésée. II. Cognitions présenlatlves représcntoMves^ c'està-dire perception des choses dans leur totalité, d'après la sensation de quelqu'un de leurs éléments, comme lorsque la vue d'une orange rappelle à l'esprit tous les autres attributs de ce fruit. III. CogniUons représentatives comprenant tous les actes de remémoration. IV. Cognitions re-représentatives^ comprenant les plus hautes abstractions formées par le secours des symboles, comme dans les mathématiques.

Je ne doute pas que lorsque M. Spencer exposera cette classification en délail, il ne fasse beaucoup pour porter la lumière sur les opérations de l'intelligence. Mais avec toute la déférence que je professe pour un penseur aussi pénétrant, je crois que cette classification est l'eflct d'une erreur, et que M. Herbert Spencer ne s'est pas placé au véritable point de vue. Dans la science de l'esprit, nous avons à nous occuper non de cognitions de choses connues, ou de produits de la connaissance, mais des facnlfcscognitivcSj des îorces^ des fonctions, des attributs, de rintelligeiice. Une classification de nos connaissances peut porter la lumière sur nos facultés cognilivcs, il faut que nous y

BAIN. [i2

recourions pour y prendre des exemples, mais ce que nous avons surtout h faire, c'est de montrer les opérations, les moyens d'arriver à ces connaissances. Les moyens sont, je crois, et M. Spencer ne le contesterait pas, les trois facultés primaires, de différence, de concordance, et de rétentivité. En conséquence, j'estime que l'exposition du mécanisme de l'intelligence consiste dans l'exposition systématique de ces facultés et des rapports qu'elles soutiennent avec les facultés vulgairement reconnues. Je ne connais pas d'autre plan qui soit plus susceptible de comprendre la totalité des phénomènes. Le plan de M. Spencer répondrait à certaines fins partielles; il réglerait une fois pour toutes le débat qui porte sur certaines notions, telles que l'espace, le temps, questions importantes qui ne sont pas étudiées dans cet ouvrage en un seul endroit, mais morcelées et éparpillées en plusieurs. Pourtant, tant que M. Herbert Spencer, n'aura pas montré que son plan est susceptible d'embrasser complètement et systématiquement tout ce que je regarde comme essentiel à une étude de l'intelligence, je douterai qu'il puisse les y comprendre.

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