‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 139 sur 146 · LES ABSTRACTIONS · texte numérisé non relu

LES ABSTRACTIONS

rompue et fonctionne pur battomenls ou transitions, elle est par lii mônne une conscience du nombre.

Temps. Le temps est une des formes intuitives de l'école àpriori. L'école (^xpéi'imentale en fait une ahslracîtion tirée des cas particuliers. Dans le sentiment du nmiinu^ (juece soit dans le mouvement, la sensation, l'émotion ou l'eUort intellectuel, nous avons une aperception de degré, et cette aperception est le fait appelé temps ou durée. Le temps abstrait est la généralisation de tous les modes du continu, et en dehors d'eux ou antérieurement à eux il n'existe pas. Nous ne pouvons avoir conscience de deux mouvements prolongés différemment, comme par exemple de soulever avec la môme allure un poids à la hauteur d'un pied, et ce même poids à une hauteur de deux pieds, sans avoir une expérience particulière de durée ; nous ne pouvons être privés de cette connaissance sans être privé de notre sensibilité musculaire discriminative. S'il en est ainsi, une forme de pensée qui préexiste dans l'esprit, et corresponde au temps est superflue; elle n'ajouterait rien à nos expériences particulières de durée; et notre faculté de généralisation peut tirer de celles-ci tout ce que signifie le temps en général ou abstrait.

Espace. Nous avons suivi l'origine de la notion de l'Étendu, propriété caractéristique du monde-objet, à ses divers degrés de développement, dans les parties de cet ouvrage consacrées au sentiment musculaire, au tact, à la vue, à la perception. On peut en conclure que nous ne regardons pas l'espace comme une intuition de l'esprit, une forme de la pensée, un élément qui dépasse l'expérience actuelle. Nous avons essayé de montrer comment nous arrivons graduellement à posséder la notion des choses étendues, de l'étendue dans le concret. De cette notion nous pouvons tirer une notion abstraite de l'étendu, de la même manière que nous acquérons toute autre notion abstraite, celle de couleur, de chaleur, de justice.

La doctrine kantienne qui regarde l'espace et le temps comme des formes de la pensée et non comme des produits de l'expérience, a été l'objet d'examens et de réfutations, selon nous décisifs, de la part des divers écrivains parmi lesquels nous pouvons nommer M. Herbert Spencer {Psychohgf/, p. 52-2/i^-309) et M. Bailey {Letters oriMind). Nous ne nous proposons pas de discuter cette question. Nous avons voulu montrer ce qui selon nous constitue la genèse des notions; et si nous avons réussi

à satisfaire le lecteur, nous avons par là même réfuté la doctrine «Vpriori, en montrant qu'elle est superflue. Jamais, à notre avis, on n'a sérieusement réfuté les objcctionsélevées par Locke contre les notions innées ; et depuis Locke, on les a singulièrement renforcées. Toutefois, il est certain que Locke n'avait pas réussi à expliquer l'origine des notions d'espace, de substance et de force. Les cinq sens tels qu'on les conçoit d'ordinaire ne suffisent pas à cette explication. Je suis convaincu qu'en tenant compte du sens musculaire on fait disparaître la difficulté. La notion à-priori de l'espace s'efface et tend à disparaître entre les mains de Hamilton, qui accorde que la connaissance empirique de l'étendue est un élément de Y existence , Qi propose de donner « le non (^'étendue à la connaissance empirique de l'espace, et de réserver le nom d'es/)ace pour l'espace considéré comme forme ou loi fondamentale de la pensée ». Nous avouons qu'il nous est complètement impossible de le suivre dans ses efforts pour faire distinguer une différence entre l'étendue (vide) et l'espace.

L Classification des facultés intellectuelles.

Les facultés intellectuelles ont été classées par Reid de la ma* nière suivante : — sens externe ; mémoire ; conception ; ou appréhension simple; abstraction, à propos de laquelle il discutait les questions du nominalisme, du réalisme, etc. ; jugement^ ou théorie du sens commun en tant que base de la vérité, et distinction entre la nécessité et la vérité contingente, etc.; raisonnement ^ comprenant la démonstration et le raisonnement probable; enfin goût. Il ne réserve pas une place à l'imagination et n'y fait allusion qu'indirectement à propos du goût. - Dugald Stewart ajouta à ce plan la conscience, l'attention, l'association des idées et l'imagination; il omit le goût. Voici rénumération qu'il donne des facultés de l'esprit : conscience, perception externe , attention, conception, abstraction, associationdes idées, mémoire, imagination, raisonnement. Dans le dernier chapitre, le raisonnement, il discute des sujets qui appartiennent à la logique : la nature de la croyance, l'évidence, la démonstration, le syllogisme, l'induction.

Ces deux plans comportent le même reproche, ils ne sont pas le résultat d'une analyse des opérations intellectuelles, ils ne décomposent pas l'intelligence en ses diverses fonctions, en sup-

Page 1