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DE LA FORCE NERVEUSE

La structure de la substance nerveuse et les expériences qu'on a faites sur les nerfs et les centres nerveux mettent hors de doute certaines propriétés de la force mise en jeu par le cerveau. Cette force est de la nature des courants, c'est-à-dire qu'elle est engendrée en un point de l'organisme, transmise par une substance intermédiaire et déchargée sur un autre point. Les dilférentes formes d'électricité et de magnétisme nous ont rendus familiers avec ce genre d'action.

C'est grâce à cette transmissibilité de la force nerveuse que des mouvements éloignés les uns des autres dans le corps peuvent être associés sous l'action d'un stimulus commun. L'impression d'un son, une note musicale par exemple, est portée au cerveau; le résultat est une action correspondante et une excitation qui s'étend à la voix, à la bouche, aux yeux, à la tête, etc. Cette manifestation multiple et variée dans ses parties implique un système de relations entre les centres d'action, de sorte qu'un choc sur un point fait vibrer plusieurs cordes; ces relations sont assurées par les nerfs conducteurs qui vont et viennent d'un centre à l'autre et des centres aux ap])areils musculaires du corps. Supposons que les tubercules quadrijumeaux soient le centre de la vision, une impression qui y arrive propage un mouvement à d'autres centres, en haut aux hémi-

sphères cérébraux, en arrière au cervelet, en bas à la moelle allongée et à la moelle épinière; l'onde qui s'y propage y provoque de nombreux effets qui aboutissent à une série de mouvements dans tout le corps. Ce système de force est donc une partie essentielle de l'organisme physique et mental de l'homme.

Les expériences de du Bois-Reymond montrent que la force nerveuse et l'électricité commune ont la même nature. Des courants électriques existent constamment dans les nerfs et les muscles, leur caractère seulement change durant la sensation et la contraction musculaire. Du Bois-Reymond a examiné avec soin la direction de ces courants, et il est arrivé aux conclusions suivantes :

« Les muscles et les nerfs, y compris le cerveau et la moelle épinière, sont doués durant la vie d'un pouvoir électro-moteur.

» Ce pouvoir électro-moteur agit suivant une loi définie qui est la même dans les nerfs et dans les muscles, c'est la loi de l'antagonisme des deux sections longitudinale et transverse. La surface longitudinale est positive, la transverse est négative.

)) Il faut supposer que toute molécule des nerfs et des muscles agit d'après la môme loi que le nerf ou le muscle tout entier. Le courant total est. en fait, l'effet combiné de ces petits courants qui circulent autour des éléments des tissus.

)) Le courant dans les muscles pendant la contraction, et dans les nerfs pendant la transmission du mouvement ou de la sensation, subit une variation subite ; il perd considérablement de son intensité. On n'a pas constaté si durant la contraction le courant musculaire diminue seulement, ou s'il s'évanouit totalement, ou s'il change de direction, o

Ainsi la force nerveuse proprement dite, c'est-à-dire les courants qui traversent les nerfs durant la sensation et le mouvement, a si bien les mômes propriétés que l'électricité, qu'elle neutralise et renverse les véritables courants électriques qui existent dans les nerfs et les muscles à l'état de repos. C'est tout ce qu'on peut dire dans l'état actuel de la science; D'ailleurs, alors môme que la force nerveuse transmise le long des nerfs durant les opérations mentales serait identique avec l'électricité

voltaïqiie, le caractère de la substance nerveuse créerait certaines différences entre les phénomènes vitaux et une pile électrique. Le pouvoir conducteur des libres nerveuses a pour ellet l'usure du tissu nerveux, (|ui doit constamment se renouveler aux dépens du sang qui alïlue aux nerfs, quoique peutêtre moins abondamment qu'aux cellules.

En comparant cette disposition à l'usure et à l'épuisement avec la durée d'un iil électrique, nous sommes frappés d'un très-grand contraste. Le fd est une masse compacte, résistante, inerte; il faut, pour que la conduction y fonctionne, un certain degré de force électrique, et h une grande distance la conduction cesse. Le nerf est mis en jeu par une influence plus légère qu'il propage en la renforçant aux dépens de sa propre substance. Le fd doit subir l'action à ses deux extrémités par la clôture de circuit avant d'agir ; le nerf prend feu au moindre stimulus comme une traînée de poudre, il s'use par le courant qu'il propage. Par suite, l'influence initiale qui se transmet doit plus aux fibres qui la conduisent que l'électricité ne doit au fd de cuivre. Les fd^res entretiennent et augmentent la force transmise aux dépens de leur propre substance.

La force nerveuse se propage plus lentement qu'un courant électrique à travers un fd. On en a calculé la vitesse à 60 mètres par seconde en moyenne. (11 faut remarquer qu'un nerf n'est pas un simple conducteur, mais qu'il est composé d'un nombre incalculable de molécules dont chacune est le centre d'ui;i courant ou de courants circulaires, qui sont autant d'obstacles à la propagation directe.) Il y a toujours un certain retard à traverser les centres nerveux; un mouvement réflexe prend de 3*iy à ^,- de seconde dans les circonstances favorables, temps plus long que celui qui serait nécessaire pour transmettre une influence à travers un nerf de même longueur s'il n'avait pas d'interruption. Quand le stimulus est faible, il faut un temps relativement plus long pour produire le mouvement correspondant. Il est permis de supposer que ce qu'on appelle excitation est une accélération du courant nerveux.

On admet que la force nerveuse est engendrée par Taction des aliments fournis au corps, et par conséquent qu'elle appartient à la classe des forces qui ont une origine commune et qui sont capables de se convertir les unes dans les autres, à

savoir : le moment mécanique, la chaleur, l'éleclricilé, le magnétisme et la décomposition chimique. La force qui anime l'organisme humain et entretient les courants du cerveau a son origine dans la grande source primordiale de force vive, le soleil, dont l'action sur la végétation produit les organismes qui, en se détruisant dans un organisme animal, donnent naissance à toute la force nécessaire à l'entretien des actes de cet animal. Ce qu'on appelle force vitale n'est pas une force particulière, mais une distribution de forces de la matière inorganique qui soit capable de conserver un organisme vivant. Si nous avions des moyens d'observation et de mesure parfaits, nous pourrions rendre raison de toute la nourriture transformée dans un animal ou dans l'homme ; nous pourrions calculer la somme totale de force dégagée dans les changements qui sont la somme de cette transformation ; en allouer une partie à la chaleur animale, une autre à la sécrétion, une troisième à l'action du cœur, des poumons^ des intestins, une quatrième l'effort accompli pendant ce temps, une cinquième pour l'activité du cerveau, ainsi de suite jusqu'à ce que nous ayons une balance exacte de la recette et de la dépense. La force nerveuse qui provient de la destruction d'une certaine quantité de nourriture est susceptible de se transformer en une autre forme de force animale. Yersée dans les muscles pendant un violent effort conscient, elle accroît l'activité de ces organes; passant dans le canal alimentaire, elle vient en aide à la force digestive; ailleurs elle se convertit en chaleur; enfin elle peut donner naissance à de vrais courants électriques.

La nature de la force nerveuse et son mode d'action nous amènent à modifier l'idée qu'on se faisait autrefois du rôle du cerveau comme organe de l'esprit. Nous avons vu que le cerveau est une masse mêlée de substance grise et de substance blanche, la matière des centres et la matière conductrice. L'une et l'autre sont nécessaires à tout acte cérébral connu. La plus petite opération comprend la transmission d'une inlluence d'un centre à un autre, d'un centre à une extrémité ou l'inverse. Nous ne pouvons donc séparer les centres des branches qui établissent les communications; nous ne pouvons pas davantage séparer les branches des organes du corps qui produisent ou qui reçoivent la stimulation nerveuse. L'organe

(le l'osprit n'est donc pas le cerveau tout seul ; c'est le cerveau uni aux nerfs, aux muscles, aux organes des sens, aux viscères. Quand le cerveau est en action, il y a transmission de l'orce nerveuse, et l'organe ([ui reçoit ou ({ui engendre la force est une partie essentielle du cercle du mécanisme.

Il faut également modifier et corriger la notion que le cerveau est un seiison'um, une chambre intérieure, où les impressions vont s'accumuler. Le cerveau a la propriété de retenir fortement les impressions qu'il reçoit, elles prennent place dans son tissu, elles font partie de son développement. Elles peuvent se reproduire plus tard, et alors ce que nous trouvons c'est une série de courants et de contre-courants, à peu près comme ceux qui existaient quand l'impression a été faite pour la première fois. Quand l'esprit est dans l'exercice de ses fonctions, les actes physiques qui accompagnent son opération sont un va-et-vient d'innombrables courants nerveux. Que ce soit sous l'effet d'une sensation d'un objet actuel, ou d'une émotion, ou d'une idée, ou d'un enchaînement d'idées, l'opération générale est toujours la même. Nous pourrions dire : pas de courants, pas d'esprit. La transmission de l'influence le long des fibres nerveuses d'un point à un autre de l'organisme semble la véritable essence de l'action cérébrale. Cette transmission même ne doit pas se borner au cerveau ; non-seulement aucun mouvement ne pourait être entretenu, aucune sensation reçue par le cerveau seul, mais il est incertain même que la pensée, le souvenir ou les émotions du passé et de l'absent puissent être entretenus sans les communications plus lointaines entre le cerveau et le reste du corps, les organes des sens et du mouvement.

La source la plus immédiate de la force nerveuse est l'arrivage abondant du sang. L'arrêt de la circulation cérébrale par la cessation des battements du cœur ou par une pression sur la tête est suivi de la perte de la conscience. D'autre part, une rapidité excessive de la circulation rend plus rapide le cours des pensées et des sentiments, en d'autres termes, produit une excitation, qui peut aller jusqu'au délire. De plus, la qualité du sang infiue sur la pensée ; l'acide carbonique en excès, l'urée ou d'autres impuretés que les organes sécréteurs doivent expulser dépriment la fonction mentale ou la détruisent; le manque de nourriture produit le même effet. Par contre, l'a-

bondance de la nourriture, le fonctionnement régulier des organes sécréteurs et la présence dans le sang des agents reconnus comme stimulants, en affectant la qualité du sang, donnent de la fraîcheur et de la vigueur aux fonctions mentales.

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