FONCTIONS DU CERVELET
Les expériences faites sur le cervelet et les conclusions qu'on a cru pouvoir tirer de la comparaison du volume de cette partie de l'encéphale chez divers animaux ont conduit certains physiologistes à y rattacher la fonction de coordonner les mouvements.
a Flourens a enlevé sur des pigeons le cervelet par tranches successives. Pendant qu'il enlevait les couches supérieures, il ne se manifestait qu'un léger affaiblissement et un défaut d'harmonie dans les mouvements, sans aucune expression de douleur. Quand on arrivait aux couches moyennes, une agitation presque universelle se produisait, sans aucun signe de convulsion; l'animal faisait rapidement des mouvements mal réglés; il pouvait voir et entendre. Après l'ablation des couches les plus profondes, l'animai perdait complètement le pouvoir de se tenir debout, de marcher, de sauter ou de voler; les premières mutilations avaient altéré la faculté, du cervelet; l'ablation complète l'abolissait. Placé sur le dos, l'animal ne pouvait se
relever ; toutefois il ne restait pas tranquille et immobile comme les pigeons prives d'hémisphères cérébraux; il était continuellement agité et dans l'impossibilité d'accomplir un mouvement régulier ou défini. Il voyait l'instrument levé qui le menaçait; il faisait mille contorsions pour l'éviter et n'y parvenait pas. La volonté et la sensation restaient; la faculté d'exécuter des mouvements restait; mais celle de coordonner ces mouvements et d'en faire un système d'actions combinées était perdu.
» Les animaux privés de cervelet sont dans une condition assez semblable à celle d'un homme ivre, quant à la faculté de locomotion; ils sont incapables de produire cette combinaison d'action dans différents systèmes de muscles qui est nécessaire pour les mettre en état de prendre et de conserver une attitude quelconque; ils ne peuvent s'arrêter un moment, et, quand ils essayent de marcher, leur allure est chancelante, ils vont d'un côté à l'autre, et leur marche est interrompue par de fréquentes chutes. Les tentatives infructueuses qu'ils font pour se tenir debout ou pour marcher prouvent suffisamment qu'ils possèdent encore un certain degré d'intelligence et la volonté. » (Todd et Bowman, I, 359.)
Quand on coupe la partie supérieure du cervelet, l'animal se meut en arrière; quand on coupe d'un côté, l'animal roule du côté opposé; l'œil du côté sain est tourné en dehors et en bas, l'autre en dedans et en haut. Quelquefois il en résulte des mouvements vertigineux comme si le corps tournait autour d'un axe.
Brown-Séquard nie la conclusion qu'on avait tirée de ces expériences, que le cerveau est le siège exclusif des mouvements combinés. « J'ai constaté, dit-il, que c'est par l'irritation qu'elles produisent sur la base du cerveau que les maladies du cervelet, ou l'extirpation qu'on en fait chez les animaux, cause le désordre des mouvements qu'on a attribué à l'absence d'une faculté régulatrice. En fait la moindre irritation des diverses parties du cerveau avec la pointe d'une aiguille peut amener les mêmes désordres dans les mouvements qui sont la conséquence de l'extirpation du cer.velet. J'ai donc été amené à conclure qu'après cette extirpation, ou après la destruction par la maladie d'une grande ou d'une petite partie de ce centre nerveux, ce n'est pas son absence, mais quelque influence irri-
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tanto sur les parties de l'encéphale qui restent ^ qui cause l'irrégularité des mouvements. » {Lectures^ 79.)
Cette critique a le tort de trop prouver; elle ne tend pas à moins qu'à démontrer que le cervelet n'a aucune fonction. Les idées de Flourens ont trouvé un défenseur dans le professeur Vulpian, qui, })ar la comparaison de faits nombreux, a fait voir que si la maladie ou l'absence du cervelet n'a pas constamment pour résultat une incapacité complète de locomotion, on observe pourtant un défaut de fermeté et une grande tendance à broncher. La conclusion la plus prudente, c'est que le cervelet n'est pas le seul organe d'où dépend la production des mouvements rhythmiques ou combinés^ el; qu'il concourt avec d'autres ganglions à remplir cette fonction. On peut dire de cette faculté comme des facultés supérieures du cerveau, qu'elle a plusieurs moyens à son service.