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PERCEPTIONS BASÉES SUR LE MOUVEMENT MUSCULATRK

La sonsibilito pour le poids relalil" on pour les choses acluclleuKMil couipai'ées outre elles ne sui)pos(» pas une grande sensibililé pour le poids absolu, bupiellc iniplifjue nu degré plus ou moins grand de mémoire.

L'usage de la balance a fait tomber en désuétude le recours au sens du poids que possède le tissu musculaire ; toutefois, ce sens a encore bien des occasions de s'exercer avec précision. Dans beaucoup d'opérations usuelles, on estime les poids sans l'aide de la balance. Quand on lance un projectile vers un but, l'esLimalion du poids est un élément essentiel de calcul de la force à déployer.

Quand on apprécie la cohésion d'un corps tenace, par exemple la densité d'une pâte, la flexibilité d'une argile, c'est encore le sens de résistance qui sert au jugement. C'est ainsi qu'on peut distinguer avec plus ou moins de précision l'élasticité d'un coussin ou la force d'un ressort.

Le second mode d'une action musculaire est la continualnon. Une tension d'intensité fixe étant donnée, nous en sommes diversement aflectés suivant sa durée. Si nous exécutons une poussée d'un quart de minute, et si nous recommençons après un intervalle à pousser pendant une demi-minute, nous sentirons une différence dans les deux efforts. La durée implique une dépense plus grande de force dans un seul mode, et nous avons distinctement conscience de cet accroissement. Nous savons aussi que ce n'est pas la même chose qu'un accroissement dans l'intensité de l'effort. On ne sent pas seulement dans ces deux modes d'accroissement une différence de degré; on y sent une différence spécifique.

L'un est le sentiment et la mesure de la résistance ou force, l'autre la mesure du temps. Toutes les impressions faites sur l'esprit, celles de la force musculaire comme celles des sens ordinaires, donnent des sensations difl'érentes selon qu'elles durent plus ou moins longtemps. Il en est de même des émotions plus profondes. Nous devons distinguer la continuation de l'état mental dès l'éveil même de la conscience. C'est pour cela que l'évaluation du temps est une des premières aptitudes de l'esprit. Elle s'attache à toutes nos sensations.

Ce n'est pas seulement aux résistances passives que s'attache le procédé d'évaluation de la continuation. Quand nous met-

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tons en jeu notre pouvoir de causer du mouvement, par exemple en soulevant un poids ou en manœuvrant l'aviron, nous constatons une différence dans la continuation du mouvement. Nous connaissons que nous faisons du mouvement, et non pas seulement de la résistance. Les deux modes d'exercer notre force ne sont pas confondus dans notre conscience ; nous les tenons pour différents et nous les reconnaissons quand ils se présentent. Or, la continuation d'un mouvement signifie pour nous autre chose que la continuation d'une tension, c'est le cours de l'organe à travers l'espace, il se rattache lui-même avec la nature de l'espace ou étendue. C'est par le fait de la continuation que nous mesurons l'ampleur de la contraction d'un muscle, ce qui est la môme chose que l'ampleur ou l'étendue du mouvement de la partie mue. Du moment que nous avons conscience de la continuation plus ou moins longue d'un mouvement, nous sommes en état d'estimer l'étendue plus ou nioins grande de l'espace parcouru. Voilà le premier pas, le fait élémentaire de sensibilité, dans la connaissance de l'espace. Sans doute pour la perception de l'étendue il faut une combinaison des sensations des sens avec le cours du mouvement, mais la partie essentielle de cette connaissance est donnée par les sentiments du mouvement. Nous apprenons à connaître, par un procédé que nous indiquerons, la différence entre le coexistant et le successif, entre l'espace et le temps; nous pouvons alors par l'amplitude du mouvement musculaire, c'est-à-dire par la continuation de ce mouvement, distinguer les différences de la matière étendue et de l'espace. Cette sensibilité nous permet d'acquérir dès le principe le sentiment de Y étendue linéaire , comme mesurée par le cours du mouvement d'un membre ou d'un organe mû par des muscles. La différence entre six et dix-huit pouces est représentée par des degrés différents de contraction de certains groupes de muscles, ceux par exemple qui fléchissent le bras ou, en marchant, ceux qui fléchissent la jambe. L'impression interne qui correspond à six pouces de long est le résultat du raccourcissement continué d'un muscle. C'est l'impression d'un mouvement musculaire d'une certaine durée; une étendue linéaire plus grande est une durée de mouvement plus grande.

La distinction de la longueur dans une direction quelconque implique évidemment l'étendue en toute direction; pour la

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longueur, comme *i)()ui' la Inrgeur ou pour la hauteur, la perception a précisément le même caractère. Il en résulte que les dimensions de surface et de solidité, le volume ou la grandeur d'un objet solide, ne sont connus que par l'ellet de la sensibilité fondamentale pour la force dépensée. Nous en serons encore plus frappés quand nous étudierons la niuscularité dans sa combinaison avec les sens du tact et de la vue.

Quant à la sensibilité musculaire associée à la contraclion prolongée, nous pouvons distinguer différents degrés de l'attribut appelé espace, en d'autres termes des différences de longueur, de surface, de forme. Quand nous comparons deux longueurs différentes, nous pouvons sentir laquelle est la plus grande, comme lorsque nous comparons deux poids différents ou deux résistances différentes. Nous pouvons aussi, comme pour le poids, arriver à posséder un certain type absolu de comparaison, par suite de la permanence d'impressions répétées en nombre suffisant. Nous pouvons nous graver dans l'esprit la sensation de contraction des muscles du membre inférieur qui correspond à un pas de trente pouces, et nous pouvons dire qu'un autre pas est plus grand ou plus petit que ce type. Selon la délicatesse du fonctionnement des muscles, nous pouvons par une pratique plus ou moins longue décider tout d'un coup si une longueur donnée a quatre pouces ou quatre et demi, neuf ou dix, vingt ou vingt et un. Une sensibilité exquise pour le volume est une conquête dont nous tirons parti dans beaucoup d'opérations mécaniques, comme le dessin, la peinture, la gravure et les arts plastiques.

Jusqu'ici nous avons pris pour exemple le mouvement uniforme, et appelé l'attention sur la faculté de distinguer une continuation plus ou moins grande de ce mouvement. Mais les mouvements peuvent varier de vitesse ; nous avons donc à considérer si l'esprit est ou n'est pas affecté lorsque la vitesse augmente ou qu'elle diminue. Les changements de vitesse sont autant de façons de dépenser une force nouvelle; et il ne nous est pas possible d'accroître la force dépensée sans avoir conscience de l'accroissement. Le seul doute possible, c'est de savoir si nous pouvons distinguer les divers modes d'accroissement tant dans la tension passive à n'importe quel moment que dans la durée

de roflorl, OU dans la durée d'un mouvement, ou dans la vitesse d'un mouvement, de façon à connaître sous quel mode nous sommes au moment même. Si nous confondions tous ces modes d'accroissement sous une impression commune de force augmentée, la distinction que nous devons à notre sens musculaire serait tout à fait insuffisante pour la perception du monde extérieur; il faudrait rattacher notre faculté d'estimer l'étendue à quelque autre point mental. Mais il est certain que nous avons des affections différentes pour chacune de ces situations diverses. Nous n'avons pas le même état de conscience quand nous augmentons la force d'une résistance passive que lorsque nous en prolongeons la durée; ni le même état quand nous prolongeons la durée d'un mouvement uniforme que lorsque nous en augmentons la vitesse. Nous constatons, quand nous accélérons le pas, que non-seulement nous dépensons plus de force, mais que cette force est d'un mode particulier, que nous distinguons des autres modes spéciaux. Ceci supposé, nous prenons connaissance du degré de rapidité de nos mouvements et nous sommes en état d'évaluer une autre propriété du corps en mouvement : la vitesse. Nous évaluons d'abord nos propres mouvements, puis ceux des corps en mouvement que nous rencontrons. Quand nous suivons un objet en mouvement avec la main, ou avec l'œil, ou que nous marchons à côté de lui, sa vitesse passe en nous, et nous l'évaluons*

Le sentiment de la rapidité de la contraction musculaire a une autre fonction : c'est un moyen de plus de mesurer rétendue. Une augmenlalion de vitesse dans le même temps correspond à un accroissement du champ de l'étendue, non moins que la môme vitesse continuée plus longtemps. L'étendue dans l'espace se rattache donc à deux distinctions : la continuation et la vitesse du mouvement.

Les sentiments distincts des diverses formes de l'exercice musculaire que nous venons* d'exposer , par lesquels nous sommes différemment affectés selon que le mouvement est lent ou rapide, ont une grande importance intellectuelle en ce que c'est par eux que nous recevons l'impression caractéristique de toutes les variations de la vitesse. Les mouvements lents par leur douceur, les mouvements rapides par leurs effets excitants, nous {servent à distinguer les degrés de vi-

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tessc d'une manière direcU^ el l'espace d'une manière indirecte (1).

(l) On peut signaler une qualrirnu; variété de distiucliori duc au sens musculaire, qui est d'uu usage iticcssant, à savoir celle qui évalue l'intenf^ilc de la contraction d'un muscle et la position du niciiihre qui en résulte. Nous constatons d'ordinaire, non-seulement que nous émettons une force d'une certaine durée, mais ([uc nous agissons, soit au commencement de la contraction nujsculaire, pour ainsi parler, soit à une époque plus avancée. Cela détermine par conséquent l'altitude ou la position de la partie mue. Nous savons^ quand nous remuons le bras dans l'obscurité, s'il est étendu ou fléchi, s'il est porté en avant ou en arrière. Nous savons quand nous saisissons quelque chose avec la main si la main est ouverte ou bien fermée, et nous pouvons juger des différents degrés de contraction qui déterminent les positions intermédiaires.

Cette sensibilité, exercée par l'expérience, nous permet d'évaluer la grandeur des corps sans mouvoir le bras ou la main ou tout autre organe. Rien qu'en déployant le bras, sans même prendre garde au mouvement qu'il faut faire pour cela, nous mesurons mentalement la longueur d'un objet ou d'un intervalle. Rien qu'en écartant les doigts et le pouce, nous pouvons estintier toutes les longueurs qui tombent dans l'intervalle de ces parties.

On regarde celte distinction particulière comme un sens de l'état de la contraction musculaire et comme la forme primitive et typique du sens musculaire. Or, il faut que la distinction soit un fait originel; on ne voit pas comment elle pourrait être acquise, mais la significrition qu'on y attache, l' interprétation de la position du membre et des grandeurs comprises entre deux parties étendues, est tout à fait acquise. Il faut que nous apprenions par l'expérience quels mouvements correspondent au passage d'un mode de contraction à un autre; il faut d'abord un mouvement pour mesurer l'étendue. Une certaine position fixe des deux bras, des deux jambes, des deux mâchoires, des lèvres, des doigts et du pouce, devient représentative d'une série de mouvements et l'estimation correspondante de l'espace parcouru dans le mouvement. En posant une main sur un côté d'une boîte et l'autre sur le dessus, nous pouvons dire l'inclinaison des deux côtés sans faire de mouvement ^ notre expérience a fait de la sensation d'un certain système de tensions passives un symbole d'une série de mouvements de directions différentes. Si nous voulions de plus avoir une appréciation exacte de l'intensité de la contraction, nous aurions peut-être, dans bien des cas, à répéter les contractions que nous exécutons actuellement.

C'est peut-cire dans l'œil qu'on voit le mieux l'importance de ce mode de distinction. Il joue un rôle dans l'explication de la sensation binoculaire de la solidité.

Nous n'avons pas parlé de ce sentiment dans le texte à côté des distinctions que nous donnent les muscles, parce qu'il nous paraît impliqué dans la sensibilité du mouvement telle que nous l'avons décrite. D'ailleurs, si nous avions admis que le sens de la contraction est un sens primitif, il aurait fallu le placer avant le sens du mouvement, puisque le mouvement suppose que le muscle >e par une série d'états de contraction, et que la représentation de ces

Nous avons passé en revue les trois classes de sentiments musculaires cnumérés au début du chapitre (1).

Nous retrouverons cette sensibilité fondamentale liée à beaucoup d'autres faits; il nous reste beaucoup à dire pour rendre pleincmentcompte de l'origine et du développement des perceptions de l'externalité, de la force, de l'espace et du temps.

contractions successives dans la conscience formerait une série d'états qui constituerait !e fait mental du mouvement. Il se peut que le sens du mouvement consiste dans le sentiment primitif de la force dépensée (donné dans sa pureté, dans la tension), modifié par une sensibilité musculaire naissant du passage d'un état de contraction à un autre. Quoi qu'il en soit, je crois suffisant d'admettre comme distincts et fondamentaux les trois modes de distinction musculaire traités dans le texte.

(1) Hamilton, dans ses dissertations sur Heid, p. 86û, a distingué une faculté « locomotive » du sens musculaire, en soutenant que le sentiment de la résistance, de l'activité, de la force, provient de la faculté locomotive et non du sens musculaire. Par cette faculté il entend le sentiment d'un effort volontaire et il réduit l'application du mot sens musculaire à la sensation passive que nous aurions de l'état de tension du muscle.

« 11 est impossible, dit-il, que la sensation musculaire nous permette d'apercevoir immédiatement l'existence et le degré d'une force résistante. Au contraire, supposé que toutes les sensations musculaires soient abolies, mais que la faculté de mouvoir les muscles à volonté persiste, je pense que la conscience de l'activité motrice de rame, et du plus ou moins d'intensité de cette activité qu'il faut dans diverses circonstances pour accomplir notre volonté, nous permettrait toujours de percevoir le fait^ et dans une certaine mesure de calculer la somme de la résistance que rencontreraient nos mouvements volontaires; néanmoins, la cor.con)ilancc de certaines sensations avec les différents étals de tension musculaire, rend celte connaissance non-seulement plus aisée, mais en réalité l'impose à notre attention. »

Le sens de la force dépensée est à mon avis le fait le plus saillant de la conscience des états musculaires, il se distingue de tous les modes de sensations passives. Par le sentiment qui distingue le degré et la durée de la force, nous recoiniaissons la difféience qui existe entre un déploiement plus ou moins grand de tension musculaire, et il semble que ce sentiment soit le sentiment primaire qui opère dans ce cas. Les autres sensations du muscle, déiivées des fibres sensilives, peuvent nous aider à Hiire d'importantes distinctions entre les différents modes d'accroissement de force que nous avons indiqués.

Nous devons être reconnaissant à Hamilton de ce qu'il nous a donné, une esquisse historique de la doctrine du sens musculaire d.uis la même note; ce n'est pas la moins intéressante des contributions qu'il a p.uces à l'histoire de la psychologie.

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