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DES PERCEPTIONS BASÉES SUR LE MOUVEMENT MUSCULAIRE

En faisant allusion aux propriétés strictement intellectuelles du sentiment de la force musculaire dépensée, nous avons signalé un mode, neutre quant au plaisir ou à la peine, qui nous mettait en face des propriétés du monde extérieur, la résistance, la forcer, etc.

Cette fonction de la sensibilité musculaire naît dans le principe de ce que nous avons conscience des différents degrés de cette sensibilité. Nous n'avons pas seulement un certain sentiment quand nous manifestons une force musculaire, mais nous avons un changement de sensation quand nous élevons et quand nous abaissons la quantité de force. Si nous portons un poids de quatre livres à la main, nous avons un état de conscience qui change dès que nous ajoutons un nouveau poids au premier. Ce changement de sentiment est parfaitement rendu par le mot distinction : c'est le fondement de l'intelligence. Gomme plaisir ou peine, ce sentiment est nul, mais comme premier degré de la connaissance, il est de la plus haute importance.

Les modes d'action musculaire qui nous affectent par leur différence dans le degré sont au nombre de trois. Le premier est la somme d'effort, de force dépensée, qui mesure la résistance à vaincre. C'est l'expérience fondamentale. Le second a trait à la continuation de l'effort, et s'applique aussi bien à la tension qu'au mouvement. Le troisième est un mode de mouvement uniquement ; c'est la rapidité de la contraction musculaire, qui correspond à la vitesse du mouvement du membre. Toutes ces distinctions entrent en jeu quand nous distinguons les qualités des choses extérieures et quand nous formons des notions permanentes du monde extérieur.

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Le sentiment do la résistance est la hase de la notion du corps, la mesure de la force, de l'inertie, du moment, ou de la propriété mécanique de la matière.

Tout sentiment imj)li(jue l'apereeplion du degré ou de l'intensité : Otre all'eclé plus ou moim dans certaines circonstances est une conséquence d'ôtre affecté. Même quand nous éprouvons le plaisir d'un exercice ou la' peine de la fatigue, nous constatons des différences dans les diverses périodes du sentiment. Ces différences sont un des éléments du fait appelé la connaissance, les ressemblances sont l'autre élément.

Par exemple nous avons à exercer notre force musculaire à vaincre une résistance ou à commencer un mouvement ; nous avons un certain sentiment, un état de conscience d'une intensité différente pour chaque degré d'effort; quand l'effort augmente, le sentiment devient plus intense. Nous distinguons parfaitement les degrés et les différences de la force musculaire, et cela nous sert à distinguer les résistances que nous rencontrons, cela nous permet de dire si un corps résiste plus qu'un autre, s'il possède à un plus haut degré la qualité que suivant*les circonstances nous appelons force, moment, inertie, poids, puissance. Quand nous rencontrons deux forces en succession, comme dans une lutte, nous distinguons la plus grande de la plus petite.

Parmi les diverses occasions où le sens de la résistance graduée s'exerce, il faut d'abord faire mention du moment ou force des corps en mouvement. Quand nous avons à arrêter un corps en mouvement, comme une voiture, notre sensibilité pour l'effort dépensé nous laisse une impression qui correspond à la force d'impulsion de la voiture. Si nous venons ensuite à répéter le même acte avec une autre voiture plus lourde ou lancée plus rapidement que la première, nous aurons une impression d'une augmentation d'effort qui sera le signe de notre évaluation de la différence des deux forces. Supposé maintenant la permanence de ces deux impressions, et qu'elles soient susceptibles de se réveiller pour se comparer à quelque expérience nouvelle du même acte, nous pouvons dire laquelle des trois sensations a été la plus forte, laquelle la plus faible ; nous aurons une échelle des impressions correspondantes aux trois degrés différents de force motrice.

Dans d'autres actes tels que piocher la terre, ramer, traîner une voiture lourde, qui ne s'écartent pas trop du type de la tension, il y a un fait d'évaluation de force dépensée. Tous les chevaux de trait savent quelle différence de tirage il y a entre une voiture et une autre, entre un chemin plat ou un chemin rocailleux, entre une montée et une descente. L'animal parvient à associer cette différence avec la vue de la voiture ou avec celle de la route, et à l'occasion il sait manifester ses préférences.

L'appréciation du poids est aussi liée à un sentiment de tension. Nous remarquons une différence entre un poids d'une demi-once et un poids d'une once, entre un poids de cinq livres et un poids de six livres, quand nous les soupesons l'un après l'autre. Beaucoup de gens peuvent même apprécier des différences bien plus délicates. Une main sensible sentirait l'addition d'une petite fraction de l'once à un poids d'une livre. Il y a entre la sensibilité des individus de grandes différences constitutionnelles, sans parler des différences acquises. Nous sommes tous sensibles, mais il y a pour chacun un degré de sensibilité délicate où le plus ou moins cesse d'être senti ; c'est la limite de la sensibilité.

Il y a deux modes d'estimer le poids, un relatif et un absolu. Par poids relatif nous entendons la comparaison de deux ou plusieurs poids présents. Le poids absolu suppose que nous avons un type permanent, et une impression permanente de ce type. Mais cette comparaison absolue implique la persistance et la restitution des impressions de résistance, ce qui est aussi un des éléments de notre esprit. Nous pouvons acquérir une sensation permanente d'un poids quelconque ou d'un degré quelconque de résistance au point que nous pouvons toujours confronter avec un type tous les poids que nous voulons. Un receveur des postes contracte une aptitude réelle à estimer le poids d'une demi-once, et il peut dire en prenant une lettre si elle pèse plus ou moins que cet étalon. Cette aptitude est un ftiit éminemment intellectuel ; le procédé par lequel nous l'acquérons est une propriété fondamentale de l'intelligence. Les impressions qui prennent ce caractère de permanence de façon à pouvoir servir de terme de comparaison, môme en l'absence de la cause qui, une première fois les a produites, sont des phénomènes véritablement intellectuels.

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