CHAPITRE IV
I)crjnitioii (le l'instiiicl. — ^numération des arrangements instinctifs ou primitifs.
Dans les chapitres précédents nous avons énuméré tous les modes primaires de la conscience ; nous allons maintenant examiner les modes originels de I'action chez l'homme, c'està-dire les instincts.
On délinit plus expressément Tinstinct une aptitude non apprise h faire des actions de toute sorte, et plus spécialement celles qui sont nécessaires ou utiles à l'animal. Avec l'instinct un animal possède, au moment de sa naissance, des facultés pour agir de même nature que celles qu'il tiendra plus tard de l'expérience et de l'éducation. Nous appelons instinctifs les actes par lesquels un veau nouveau-né se tient debout, marche, suce le pis de la vache.
J)ans les trois domaines qui composent l'esprit, le sentiment, la volonté et l'intelligence, il y a certaines dispositions primitives et fondamentales, où l'éducation et l'acquisition l)rennent leur point de départ. Toutes nos facultés instinctives rentrent sous les titres suivants.
I. Les actions réflexes. Ce sont des actions soustraites à la sphère de l'esprit et qui présentent pourtant des analogies aussi bien que des contrastes avec les actions mentales proprement dites.
II. Les dispositions primitives pour les actions combinées et harmoniques. Les actes rhythmiques de la marche, du vol, de la natation, etc., en sont des exemples. La volonté peut fournir le stimulus du mouvement, mais c'est une faculté instinctive qui pourvoit au groupement harmonique des mouvements.
m. Les liaisons existantes dès le début entre le sentiment et ses manifestations physiques.
IV. Le germe instinctif de la volUion. Ce que nous appelons le pouvoir de la volonté a son origine dans quelque stimulus inné ou primitif qui rattache ensemble les sentiments et les actions et permet aux uns de contrôler les autres. C'est peutêtre la recherche la plus délicate de la psychologie.
Nous verrons plus tard les bases primitives de l'intelligence quand nous aborderons la seconde partie de cet ouvrage.
V. La description du mécanisme de la voix, qui n'a pas été comprise dans le chapitre consacré au mouvement, trouvera place à la fin de celui-ci.
l. — Les actions réflexes.
Définition des actions réflexes, involontaires ou automatiques; leurs centres nerveux : L Actions réflexes qui régissent les opérations organiques au moyen des muscles involontaires; rhythme du cœur, action vaso-motrice et influence qu'elle exerce sur les sécrétions et les excrétions; mouvements des intestins, déglutition, colique et diarrliée, vomissement. — II. Actions réflexes qui alTectent les opérations organiques par les muscles volontaires; respirât ' on, iou\ , éternument, succion. — III. Actions réflexes qui aflectent les fonctions organiques au moyen des centres cérébro-spinaux et des muscles involontaires; .9a/ù'0^2on, /armes, clignement, mouvement de Yiris. — IV. Actions réflexes qui nécessitent l'action de muscles volontaires stimulés par les centres cérébro-spinaux ; mouvement du muscle ciliaire^ mouvements dans V oreille, mouvements réflexes des sens en général. Actions improprement appelées réflexes. — Lois aujourd'hui acquises touchant l'action réflexe. — Ressemblance de l'action réflexe et de l'action volontaire.
Les actions réflexes ou involontaires ont pour signe l'absence du caractère propre des actions volontaires, c'est-à-dire du stimulus d'un sentiment directeur. Un grand nombre de ces actions sont essentielles à la vie animale. Elles ont pour condition une disposition des nerfs consistant en fibres alférentes et en fibres efierentes unies par un centre de substance grise. (Juelques actions réflexes sont entretenues par le système des nerfs et des ganglions sympathiques, celui de tous les groupes de centres nerveux qui a le moins de connexion avec le cerveau^ c'est-à-dire avec les centres de la conscience; d'autres dépendent de la moelle épinière ; une troisième classe se rattache à la moelle allongée \ d'autres enfin sont mises en jeu par des
LES ACTIONS JlÉFLRXES. 211
centres encore plus élevY's du système cérébro-spinal, comme le Diésocêphnlc et les tubercules qnndrijumeaux. Parfois les ganl^iions (lu syinpatbi(iue et une portion du système cérébro-spinal concourent à la production des mouvements réflexes.
On peut les diviser de la manièi'c suivante.
1. D'abord, celles qui se rattachent aux opérations de la vie organique, et qu'eUectuent les muscles involontaires; ce sont les plus éloignées du domaine mental ou volontaire.
On comprend d'ordinaire le rhytlime du cœur parmi les actions réflexes, mais on n'en peut indiquer sûrement le véritable stinuilant. La force qui l'entretient provient principalement du système du grand sympathique, et d'une manière spéciale des ganglions du cœur même ; le rhythme continue quelque temps encore après que le cœur a été séparé du corps. Cette force est donc de la nature des forces spontanées, réglées ou rhythmiques, plutôt que de celle des actions réflexes. La contraction qui vient de s'accomplir dans une partie de la substance musculaire est le signal du commencement de la contraction d'une autre partie ; on n'y connaît pas d'autre antécédent. Le simple contact du sang sur les parois musculaires du cœur ne peut passer pour un stimulant capable de provoquer une action réflexe. Quand on galvanise certaines parties du grand sympathique dans le voisinage du cœur, les battements s'accélèrent. Par contre, la stimulation du nerf vague a pour eflet l'affaiblissement de l'action du cœur, ce qui s'accorde avec la tendance bien connue des nerfs cérébrospinaux à faire échec à l'influence des centres du sympathique. Toutefois on a vu que l'ablation complète des centres cérébrospinaux a pour effet d'afl'aiblir l'action du cœur, ce qui montre que, somme toute, la force de ses pulsations lire quelque chose d'au delà des limites du système sympathique. Ainsi, l'irritation ou l'excitation de la moelle épinière d'un animal qui vient d'être décapité, accroît la force du cœur en même temps que celle des intestins et d'autres viscères. Nous savons, en outre, que l'excitation mentale, surtout l'excitation joyeuse, s'accompagne d'une plus forte impulsion donnée à la circulation; au contraire, les passions tristes la dépriment; ces deux sortes d'effets opposés dépendent de la force relative des centres du sympathique et du système cérébro-spinal.
A la circulation du sang se rattache encore ce qu'on a appelé
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l'action vaso-motrice ^ par laquelle les plus petites artères qui possèdent des fibres musculaires se contractent ou se dilatent, de façon à modifier considérablement la circulation locale. La contraction de ces fibres, due à l'influence des nerfs du sympathique, diminue le calibre des vaisseaux et l'afflux du sang vers les organes ; leur relâchement augmente le calibre, accroît l'afflux du sang, élève la température et accélère la nutrition de la partie. La contraction permanente qu'entretient dans ces fibres l'action du sympathique est un des exemples de la spontanéité de la force, ce n'est pas simplement un cas de stimulation réflexe.
C'est par l'action vaso-motrice que la force nerveuse affecte puissamment les excrétions et les sécrétions; mais on ne sait pas bien si c'est la seule action qui soumette les opérations de la vie organique aux centres nerveux.
Les mouvements de Xintestin sont plus évidemment réflexes. Le canal intestinal est pourvu dans toute son étendue de fibres musculaires, circulaires et longitudinales, appartenant à l'ordre des fibres lisses, soustraites à la volonté. Une contraction successive des fibres circulaires aidées par les longitudinales chasse la matière alimentaire tout le long du canal, par l'effet d'une stimulation réflexe. Le premier temps de l'opération commence -avec la déglutition qui succède à la mastication. Des trois mouvements de la déglutition, le premier est purement volontaire; l'aliment est poussé dans le pharynx par l'action combinée de la mâchoire inférieure, de la bouche et de la langue ; à partir de ce moment les mouvements sont purement réflexes et involontaires. Dans le second mouvement le contact de l'aliment avec les parois du pharynx met en jeu la contraction rapide des muscles constricteurs de ce canal, à laquelle s'ajoute l'opération des fibres musculaires qui élèvent le voile du palais (muscles stylo-pharyngiens), dont le résultat est de porter en haut les parois du pharynx. Le troisième mouvement de la déglutition se fait dans l'œsophage, dont les fibres circulaires se contractent successivement de façon à former une espèce de vague cheminant de haut en bas, tandis que les libres longitudinales, qui tirent en haut et élargissent le canal, facilitent la descente. Le mouvement particulier appelé vermiculalre ou péristaltique se montre dans toute l'étendue du canal intestinal. Les centres cérébro-spinaux et sympathiques concourent à
reiUrctien de ces mouvements. Le stimulus est le contact de la matière alimentaire et des sucs digestifs, dont le plus actif est la bile.
Cet exemple est le type de l'action réflexe dans sa l'orme la plus simple et la plus répandue, i\ savoir, un contact avec une surface auquel répond une contraction des muscles du point atfeeté. A chaque point, la matière alimentaire stimule les libres circulaires et longitudinales de la partie touchée et celles qui viennent immédiatement après, de sorte que la masse est graduellement poussée en avant. Dans le pharynx, l'action est violente et rapide, car cette partie du tube digestif est sous la dépendance de la moelle allongée; comme la respiration reste suspendue pendant cet acte, il n^y a pas de temps à perdre; en outre, certains muscles accessoires ajoutent leur action à celle du pharynx. Dans l'intestin, l'action est relativement faible et lente; la masse alimentaire ne met pas moins de trois heures à traverser l'intestin grêle dans toute sa longueur.
Tel est le cours régulier de l'action réflexe dans le canal alimentaire. Parmi les actions réflexes qui résultent de stimulations accidentelles et extraordinaires, nous pouvons citer la production de la diarrhée et de coliques par des substances irritantes. Ce sont encore des actions réflexes sous une forme plus aiguë. Une forte irritation agit à une grande distance de la partie affectée, comme par exemple quand il se produit un dérangement intestinal chez les enfants pendant la dentition. Dans ce cas, l'influence irritante se propage le long de la principale chaîne du sympathique au lieu d'être réfléchie par un point unique. C'est la tendance de toute stimulation puissante d'étendre son influence. La même tendance se montre dans l'autre direction, quand l'irritation du canal alimentaire s'étend des ganglions sympathiques aux centres cérébro-spinaux, et produit, chez les enfants, du strabisme et des convulsions, et, chez les adultes, l'épilepsie, par l'intermédiaire de la moelle allongée.
Pour les actions réflexes, qui se rattachent à la digestion, nous avons à noter le vomissement. Le stimulus qui l'excite le plus ordinairement est la présence, dans l'estomac, de substances indigestes, irritantes ou vénéneuses; l'acte réflexe nécessaire au vomissement est quelque peu compliqué, et peut se faire de deux façons, soit par un mouvement antipéristaltique
de l'intestin, ou par une inversion de l'ordre de contraction des fibres musculaires. On peut concevoir que la violence de l'irritation ait cet effet, non par quelque connexion nerveuse spécifique, mais par le simple dérangement du rhythme normal. Les coliques et la diarrhée seraient des effets du môme stimulus perturbateur, soit d'une autre façon qu'on observe le plus fréquemment ; alors le vomissement est l'effet de la contraction des muscles abdominaux. Nous en parlerons dans le chapitre suivant.
II. Dans la seconde classe des actions réflexes, les opérations organiques sont affectées, mais par l'entremise des muscles volontaires. Le principal exemple est la respiration, qui est placée sous la dépendance de la moelle allongée.
Le grand muscle de la respiration est le diaphragme, dont la contraction accomplit l'action la plus difficile, l'inspiration, tandis que l'élasticité naturelle de la poitrine est la principale cause de l'expiration. D'autres muscles viennent en aide au diaphragme dans l'acte inspiratoire; et d'autres, ceux de l'abdomen, les intercostaux internes, les sous-costaux et les muscles du dos, coopèrent avec l'élasticité de la poitrine dans l'expiration.
L'action se compose d'un simple rhythme, ou d'une contraction et d'un relâchement alternants du diaphragme, le muscle inspirateur en chef; en même temps que les muscles assistants, tant qu'ils sont en mouvement, reçoivent pareillement une stimulation alternative.
Quoique nous citions la respiration comme un exemple excellent de l'opération réflexe, il y a des doutes sur la question de savoir quel en est le véritable stimulant. On dit que le commencement de la respiration est dû, au moment de la naissance, à l'effet du froid, spécialement sur la peau de la face, qui se transmet à la moelle allongée par les nerfs de la cinquième paire. Toutefois, nous pouvons supposer, et tout le confirme, que ce centre est doué d'une grande puissance, et qu'il n'attend que la plus légère stimulation pour se décharger avec la vigueur nécessaire. Toute la vie, le froid, surtout à la face, stimule la respiration; l'effet de l'éventail^ si faible qu'il soit, dans une pièce chauffée, ranime l'action allai blie des poumons.
Quand la respiration est une fois établie, on suppose que le
stimulus part désormais (li> la surface interne des poumons sous Taclion du sang veineux, chargé d'acide carbonique et d'autres inipui'clés, et d'ailleurs pauvre d'oxygène; mais, en l'absence de laits décisifs, ou d'une analogie, cette explication doit (Hre regardée comme une simple conjecture. Kn reconnaissant qu'il y a une stimulation réflexe proprement dite, nous pouvons supposer qu'il y a dans ce fait une émanation spontanée considérable que les stimulants modifient, mais qu'ils ne créent point (l).
Le circuit principal de l'action nerveuse comprend le nerf vague (sensitif ou afférent), une petite partie de la face postérieure de la moelle allongée, et le nerf spinal (moteur) qui naît tout près du nerf vague. Le circuit s'étend pour embrasser les nerfs de la cinquième paire qui président à la sensibilité de la face, et les nerfs issus de la moelle épinière qui se répandent dans toute la surface du corps (tactiles et moteurs). Ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, l'opération est peu compliquée ; le grand desideratum est l'énergie de l'impulsion qui accompagne un rhythme très-simple. Tant que l'opération peut être faite par le diaphragme seul, elle est des plus simples : un effort et un repos d'un stimulus défini la constituent tout entière. Les muscles accessoires sont deux groupes opposés, comme les fléchisseurs et les extenseurs du corps ; ralternance
(1) Quand le nerf sensitif qui se distribue à la surface des poumons est coupé en travers, l'action delà respiration est affaiblie, ce qui montre qu'une certaine somme de stimulus provient de l'aclion qui s'opère partout à la surface. De plus, si le cerveau est paralysé par un poison, la respiration est encore plus affaiblie, ce qui nous amène à conclure que le cerveau est pour quelque chose dans l'activité respiratoire. M. Brown-Séquard a été conduit, par l'examen de nombreux exemples, à conclure que la base entière du cerveau joue un rôle dans la respiration. « Tous les faits que je viens de mentionner, dit-il, et beaucoup d'autres, m'ont conduit à abandonner l'idée si généralement admise que la moelle allongée est la principale source des mouvements respiratoires, et à proposer l'idée que ces mouvements dépendent des parties incitn-moirices de l'axe cérébro-spinal, et de la substance grise qui rattache ces parties aux nerfs moteurs qui se rendent aux muscles respiratoires. Le principal stimulus de la respiration est l'action qui s'opère à la surface des poumons, mais les excitations qui proviennent de toutes les parties du corps (par exemple sous l'influence du froid), et des excitations directes portées sur la base du cerveau et de la moelle épinière, qui ont lieu à peu près constamment, contribuent à la production des mouvements respiratoires. » (Lectures, 192.)
(le la slimulation qui les met en jeu tour à tour est une conséquence de la stimulation même. En vertu de la grande loi de conservation que nous signalons en passant, une opération si essentiellement liée aux forces de l'organisme doit étendre la portée des actions qui concourent à la produire, pour mettre en jeu des auxiliaires éloignés et accroître le pouvoir de son principal instrument, le diaphragme.
L'appareil respiratoire est le théâtre de certains actes qui se produisent accidentellement, et dont le caractère réflexe est plus certain que celui de la respiration même. L'un de ces actes est la toux. Quoique cet acte s'accompagne d'une sensation pénible qui donne naissance à une impulsion volontaire, laquelle contribue à le reproduire, il dépend aussi d'une stimulation réflexe, involontaire. Les parties du corps dont l'irritation nous fait tousser sont la glotte, le larynx, les bronches et le pharynx. Les causes irritantes sont les sécrétions morbides des poumons, ou de l'estomac, qui viennent à toucher ces parties, comme aussi les substances solides et liquides qui viennent du dehors, ou bien l'entrée d'aliments ou de boissons dans le larynx, l'inhalation de gaz irritants, et enfin l'air froid. Le premier résultat, le résultat immédiat du stimulus réflexe, est l'occlusion de l'ouverture supérieure du larynx par la contraction des muscles aryténoïdiens. Le second acte est un violent mouvement d'expiration qui force le passage de la glotte et chasse les substances irritantes. Les instruments de ce second temps sont les muscles abdominaux et les autres muscles auxiliaires de la respiration.
L'opération qui nous offre le caractère réflexe avec sa plus grande pureté, c'est le premier acte qui s'accomplit d'après la règle la plus générale de la stimulation réflexe, à savoir une contraction des muscles de la partie affectée. Dans le second acte la cause étend son action, et par l'intermédiaire de la moelle allongée elle se propage, par les nerfs respiratoires, aux muscles qui renforcent l'expiration. L'irritation produit cette sensation particulièrement insupportable qu'on appelle chatouillement, laquelle, sans avoir toutefois le caractère ordinaire d'une douleur aiguë, provoque toujours les mouvements volontaires énergiques qui peuvent la faire cesser. On peut expliquer l'extension de l'action par le malaise qui résulte de la stimulation réflexe engendrée par un léger attouchement sur des parliez
LES ACTfONS lU'lFLFA'ES. 217
très-sonsihUs. I.e second acte-, s'il u*ost pas enlièrcinont volontaire, l'est en partie; il est provoqué en dernier ressort par la tendance (jui nous porte à pourvoir h notre propre conservation, tendance ([ui est la seule origine connue de la volonté.
La toux peut provenir de l'impression de l'air froid sur la peau, du froid aux pieds ou d'un frisson général. Dans la j)lupart de ces cas, sinon dans tous^, rinfluence perturbatrice du froid produit dans les poumons ou dans l'estomac des mucosités qui dans leur marche vers la bouche irritent la glotte ou les parties voisines, et constituent la cause directe de la toux.
Véternument ressemble beaucoup à la toux ; ces deux actes s'éclairent l'un l'autre. Dans l'éternument la surface affectée est l'intérieur du nez. Les irritants sont les gaz piquants et les substances étrangères qui s'introduisent dans les fosses nasales. La réponse immédiate, qui fait le pendant de l'occlusion de la glotte dans la toux, paraît être l'occlusion de l'isthme du gosier, qui permet de faire passer par le nez le courant d'air qui devrait traverser la bouche. L'acte le plus frappant consiste en une inspiration profonde et brusque, suivie d'une explosion à travers les fosses nasales produite par un violent effort expiratoire, et qui chasse l'objet irritant. 11 y a dans le stimulus de cette explosion une part qui revient à la volonté, qui entre en jeu en vue de faire cesser la sensation de chatouillement; en effet, bien qu'on puisse faire éternuer un homme endormi en introduisant dans son nez du tabac ou d'autres substances piquantes, la conscience est éveillée d'abord avant l'acte de l'éternument. Quand une lumière trop vive ou les rayons d'un foyer, en tombant sur la face ou la tête, font éternuer, il y a probablement un premier effet réflexe appartenant à l'espèce des mouvements des muscles vaso-moteurs, dont le résultat est un flux de mucus dans le nez.
L'acte de téter est un acte réflexe qui se transforme en acte volontaire. Le temps préparatoire de cetacte consiste à fermer les lèvres autour du mamelon, opération purement réflexe que stimule le simple contact. 11 y a en outre des dispositions adjuvantes. La langue se porte en avant vers le mamelon. L'accès de l'air dans la bouche par le nez et le pharynx est empêché par un ajustement approprié du voile du palais, de ses piliers postérieurs et de la luette, tandis que la respiration est encore
possible par le nez, excepté au moment de la déglutition. L'acte lui-même consiste en un retrait de la langue pendant que les lèvres font autour du mamelon une fermeture hermétique, en sorte qu'un vide partiel se produit dans la bouche, et que par suite le lait s'y précipite par l'effet de la pression atmosphérique. Toutefois il ne suffit pas de retirer la langue, ce qui peut se faire, comme tout le monde peut le vérifier, sans agrandir la cavité de la bouche en gonflant les joues. 11 faut ou bien bomber les joues par l'action des muscles buccaux, ou bien une inspiration d'un moment, les narines fermées, pour produire le dérangement de l'équilibre atmosphérique sans lequel l'écoulement du lait ne se ferait pas.
Nous avons déjà fait allusion à un mode de production du vomissement par les fibres involontaires du canal alimentaire. Le plus ordinairement il se fait par la contraction des muscles abdominaux. Quand l'anneau musculaire du pylore, situé à la jonction de l'estomac et du duodénum, se contracte fortement, tandis que l'orifice du cardia, situé à l'entrée de l'estomac, s'ouvre, les muscles abdominaux, agissant énergiquement, chassent au delà de la bouche le contenu de l'estomac. L'action est essentiellement irrégulière; le concours normal de tous les actes n'y est pas arrangé d'après un plan préconçu. Quelquefois les fibres du cardia sont contractées, aussi bien que celles du pylore, par l'elfet de la stimulation réflexe du canal alimentaire même; dans ce cas, les efforts de vomissement n'aboutissent pas.
Pour que les muscles abdominaux entrent enjeu, il faut que la moelle allongée soit affectée. Il faut donc que les nerfs pneumogastriques (vagues) soient affectés d'une stimulation suffisamment puissante. Cet effet peut être obtenu par le contact d'une substance irritante avec la surface de l'estomac; c'est la cause la plus ordinaire du vomissement. L'effet peut aussi être le résultat d'une titillation du voile du palais, qui donne lieu à une très-puissante stimulation de la moelle allongée, laquelle se propage aux nerfs qui se rendent aux muscles abdominaux. Certaines sensations du goût sont appelées nauséeuses à cause de leur tendance à exciter l'estomac à vomir; l'impression est transmise à la moelle allongée par le nerf glosso-pharyngien qui s'y rattache. Il est probable que les odeurs nauséeuses agissent par le même nerf; le nerf olfactif porterait l'impression trop loin de la moelle allongée. Certaines sensa-
lions, donl le point d'origine est encore plus éloigné de l'estomar, donnent l'impression nauséeuse qu'on appelle mal au cœur, par exemple un coup violent sur le tibia, le testicule, ou le globe de Vœ'\\. Le siège de l'irritation est alors le cerveau, en premier lieu; rimj)ression part de là pour s'ét(;ndre h la moelle allongée. On dirait la même cbose des émotions violentes, qui peuvent amener le mal au cœur. L'ébranlement du cerveau est aussi une cause du même état. Ces diverses circonstances semblent indiquer que l'effet est dû à une grande perte de force cérébrale et fi une perturbation de quelque état de tension ou d'équilibre , qui permet un appauvrissement local et spécial de stimulus, laquelle ne saurait se produire dans une condition normale. L'exemple du mal de mer s'accorde avec cette manière de voir.
Il est probable que l'aide donnée à la défécation par les muscles abdominaux et expiratoircs est tout à fait volontaire. Les enfants semblent incapables d'effort; par conséquent, chez eux, c'est par les mouvements péristaltiques réflexes que se fait l'évacuation des fèces.
L'expulsion de la liqueur séminale est un acte réflexe opéré par les nerfs sensitifs et les centres cérébro-spinaux; les muscles qui y concourent appartiennent à la classe des muscles volontaires. ^
III. Il y a une troisième classe d'actions réflexes où les fonctions organiques sont affectées par l'intermédiaire du système cérébro-spinal.
La salivation est sous la dépendance du nerf du goût. Un corps sapide qui entre dans la bouche cause un accroissement dans l'écoulement delà salive. Les glandes salivaires ont toutes des rapports avec le système du grand sympathique ; les petites artères dès vaisseaux sont maintenues à un certain point de contraction par la fonction vaso-motrice du grand sympathique. Pour produire une augmentation de l'écoulement, les fibres musculaires se relâchent sous l'influence des nerfs sensitifs, laquelle parait suspendre ou diminuer l'action des ganghons sympathiques. La sécrétion gastrique dans l'estomac est influencée probablement de la même façon, par les nerfs sensitifs de l'estomac, le pneumogastrique (nerf vague). De même l'afflux du lait dans la mamelle de la femelle est augmenté par une irritation du mamelon.
^écoulement des larmes s'accroît quand un corps étranger pénètre dans les paupières. Le même effet a aussi pour cause une forte lumière, une irritation de la conjonctive, de la muqueuse du nez, des branches linguales de la cinquième paire, d'où l'impression est réfléchie sur les ganglions du sympathique. Quand l'écoulement des larmes est stimulé par les perturbations plus éloignées du vomissement, d'une toux violente, du rire, du sanglot, c'est probablement par l'entremise d'une stimulation des fibres de la cinquième paire.
Quand on souffre, l'écoulement des larmes est un soulagement à la congestion du cerveau, et peut-être le résultat forcé de cette circonstance, loin d'être une action réflexe. L'effet de la douleur est d'affaiblir les centres cérébraux et de donner pleine liberté au jeu du grand sympathique, dont l'action prépondérante se manifeste par l'arrêt des sécrétions, comme, par exemple, la salive et le suc gastrique.
Le clignement de Vœil est un acte réflexe qui obéit aux mêmes stimuli que l'écoulement des larmes, à savoir la présence d'un corps étranger, de gouttes d'eau dans les paupières, et une forte lumière : l'impression est transmise par l'intermédiaire du nerf de la cinquième paire, et les autres qui commandent le mouvement sont en partie le grand sympathique, en partie le système cérébro-spinal, et probablement dans ce cas-ci la moelle allongée. L'occlusion complète et énergique de l'œil, comprenant à la fois la fermeture des paupières et le froncement du sourcil, est un acte tout à fait volontaire.
Les mouvements de Y iris sont dus au système sympathique dirigé par les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs du globe de l'œil. L'iris se contracte sous l'influence d'une forte lumière et se dilate quand la lumière faiblit. Si nous raisonnons par analogie, d'après les exemples précédents les ganglions sympathiques auraient sous leur empire des fibres rayonnées qui tiennent la pupille ouverte ; l'affaiblissement de cet empire par l'action sensorielle permettrait aux fibres circulaires qui contractent la pupille d'entrer enjeu. Il est possible aussi que les fibres du nerf de la troisième paire cérébrale, qui se rendent à l'iris, soient stimulés par une influence réflexe de la lumière, par l'intermédiaire de quelque partie du cerveau, comme les corps quadrijumeaux.
JV. Diins la quatrième et dernière classe d'arlions réflexes.
LES ACTIONS RÉFLEXES. Tlî
nous lioiivoiis ([lie les inuscli's plus ou uioius volontaires sont afloctésp-ir rintormétiiairc des centres cérébro-spinaux. Ici nous nous rapprochons dos actes volontaires: le stimulant dans tous les cas est accompagné d'une sensation, et le mouvcîment est de ceux que la volonté pourrait produire.
Nous menlionnerons d'abord la conli'action du muscle ciliaire dans l'adaptation dv l'ccil ;\ la visiou à pclit(; distance. Cette action, sans.que nous le voulions ou le souhaitions avec conscience, se produit comme cflet du défaut de netteté de l'image quand l'objet ({ui affecte l'organe de la vision en est trop rapproché. De concert avec la contraction du muscle ciliaire, se fait le rétrécissement de la pupille et s'arrange la convergence des yeux : trois dispositions qui concourent à produire la vision nette des objets rapprochés. Le nerf qui règle le muscle ciliaire est, à ce que l'on croit, une branche de la troisième paire; la contraction de l'iris peut être due au même nerf, qui gouverne pareillement la convergence des yeux par le muscle droit interne. Le centre nerveux qui est le plus immédiatement intéressé dans ces mouvements est la paire antérieure des tubercules quadrijumeaux, qui reçoit sa stimulation des nerfs optiques.
L'adaptation des tnusc les du tympan s'opère d'une manière analogue à celle des muscles de l'œil. L'analogie s'étend aussi à l'appareil nerveux mixte qui y joue un rôle ; les nerfs du tenseur du tympan viennent du sympathique (comme ceux des fibres rayonnées de l'iris); ceux du muscle de l'étrier, de la cinquième paire cérébrale. D'après la théorie de l'action de ces muscles qui s'accorde avec l'analogie que nous venons de signaler, le tenseur du tympan tend à la fois et la membrane du tympan et celles des fenêtres de l'oreille interne, sous l'influence des ganglions sympathiques, et rend l'oreille extrêmement susceptible pour le son, de môme que les fibres rayonnées de l'iris élargissent la pupille à l'extrême. La sensation d'un son excessif aurait pour effet de relâcher ces parties au moyen du muscle de l'étrier, qui est animé par le nerf facial (moteur).
Nous devons parler ici des mouvements réflexes des sens en général. Nous entendons par là les mouvements spéciaux de l'organe du sens môme, que nous distinguons de ceux qui, sous l'influence d'une sensation vive, occupent une région plus éten-
due. Ainsi, un objet placé dans la main stimule d'une façon spéciale les muscles qui tendent les doigts, et produit en outre des effets plus éloignés qui s'associent à la sensation pour former un fait de conscience. On peut en observer l'effet chez un homme endormi. Une mauvaise odeur affecte spécialement les muscles du nez, un goût amer produit des mouvements de distorsion dans la bouche.
Le mot réflexe ne doit être appliqué aux actes que nous venons de passer en revue qu'avec circonspection et explication. On l'emploie souvent dans des cas où il n'a pas son sens propre, et on ne l'emploie pas dans d'autres cas où il serait à sa place (l).
La notion que ce mot représente est celle d'une action circulaire où l'on peut distinguer une stimulation externe ou périphérique portée par les nerfs a0erents à un centre ganglionnaire et produisant, en manière de réponse, certains mouvements. La stimulation peut être inconsciente, comme dans les intestins , ou consciente , comme dans l'adaptation de l'œil. La distinction est importante, elle marque deux degrés de l'acte réflexe, un degré inférieur et un supérieur ; aussi s'est-on servi de dénominations différentes pour les désigner : on a appelé le premier excito-moteur, et le second sensori-moteur.
Mais on a fait remarquer justement que des actions de l'ordre le plus élevé, à la production desquelles la volonté et l'intelligence concourent, peuvent présenter le caractère réflexe. Un individu qui répond promptement à une question nous offre un exemple d'une action réflexe au sens général du mot. Cependant on ne compte pas les actions de ce genre parmi les actions réflexes que l'on oppose comme un contraste tranché aux actions volontaires de tout genre.
En outre, il y a aussi certains effets qu'on comprend dans la même classe et qui sont évidemment dépourvus du caractère réflexe. C'est ainsi que nous avons vu que certains mouvements
(1) Le mot automatique est employé comme synonyme de réflexe et pour en tenir lieu, mais il convient moins encore à l'usage qu'on en fait. Il devrait servir à exprimer raclivilé spontanée, et nulle autre. Bien expliqué et employé avec les précautions convenables, le nom de réflexe est le plus juste qui ait encore été proposé. Le mot involontaire j bien qu'applicable à cette classe de mouvements, a une signification trop vague.
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sont dus uni([UL'iiient on principalement à l'inlluenee centrale: nous voulons parler des uiouveruents spontanés, auxquels on ne i)eut assi^nei- aucun slinuilus périj)hérique, ou dont le stimulus est insignifiant par rapport à l'énergie de la réponse, laquelle moule el baisse avec l'état ])hysique des masses grises centrales. Les mouvements convulsils que nous voyons se produire dans certaines nudadies, (^ommel'hydrophobie, l'hystérie, la chorée, l'épilepsie, le tétanos, etc., doivent être attribués à des altérations morbides des centres nerveux. Ces mouvements sont involontaires, mais ils ne sont pas, à proprement parler, réflexes. C'est ainsi que nous devons exclure le bâillement, qui provient probablement d'une dépression inégale de l'action nerveuse qui dérange l'équilibre de la tension musculaire. Ce serait abuser de la supposition que de l'appeler action réflexe au sens littéral du mot.
Dans rénumération des actions réflexes^, on comprend souvent un groupe d'effets qui se distinguent de tous ceux dont nous avons parlé: ce sont le rire, les cris, le sanglot, le gémissement, le tressaillement, la crispation, etc. On les a quelquefois appelés sensori -moteurs, parce qu'ils se produisent sous la provocation de sensations. Mais ce nom ne nous en fait pas connaître le véritable caractère. Il est, selon nous, plus convenable de les classer avec les effets de la diffusion émotionnelle ou de l'impression des sentiments. Tout état de conscience s'accompagne d'une onde d'effets qui s'étend au loin, d'effets musculaires et organiques, qui sont plus forts quand le sentiment est plus intense. Les émotions agréables s'accompagnent d'un groupe de manifestations, comme le rire, par exemple; les états de conscience pénibles sont suivis de manifestations d'un autre genre. Les principales émotions de l'esprit, l'admiration, la crainte, l'amour, la colère, etc., ont chacune une expression bien connue.
Ces mouvements, qui font pour ainsi dire corps avec le fait même d'avoir conscience, peuvent être appelés sensori-moteurs, parce qu'une sensation, pourvu qu'elle soit assez puissante, les stimule d'une manière qu'on peut toujours apprécier, en sorte qu'ils sont pour ainsi dire la riposte de l'impression externe. On peut aussi les appeler réflexes par la même raison. En outre, ils sont involontaires, et tout à fait distincts des actes volitionnels. Mais ils sont loin d'être inconscients : ils sont, si
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nous ne nous trompons, inséparables de la conscience. (Juand la conscience est faiblement excitée, ces mouvements sont faibles, si faibles qu'ils échappent quelquefois à l'attention; sous l'inlluence d'une excitation plus forte,, ils montent en proportion de son intensité. Sous une forme perfectionnée par la culture, ils constituent l'expression usuelle ou le langage naturel du sentiment dont aucun homme,, aucun peuple, n'est dépourvu, et que certaines nations portent à un degré remarquable de perfection. Le peintre, le sculpteur, le poëte s'emparent de ces mouvements et s'en servent dans leurs compositions, et ils sont pour beaucoup dans le plaisir que nous cause la présence de nos semblables.
Bornons-nous aux actions réflexes proprement dites, soit cxcito- motrices, soit sensori-motrices, en laissant de côté la spontanéité centrale, la diffusion émotionnelle, et les actions volontaires proprement dites, et essayons de généraliser les faits ou d'établir les lois les plus compréhensives de cette opération vitale.
1. — Dans toute la série du règne animal nous retrouvons une disposition commune, à savoir un lien entre un stimulus périphérique et les mouvements de la partie affectée. C'est la forme la plus simple et la plus généralisée du système nerveux; un cercle composé de fibres afférentes, d'un ganglion central, et de fibres efférentes, qui viennent animer les muscles de la même région. Dans les créatures inférieures qui possèdent un système nerveux, l'appareil et la fonction se réduisent à ce que nous venons de dire. Le mollusque fixé à sa coquille répond à un contact par un mouvement de contraction de son corps. Dans les expériences sur les animaux décapités, l'irritation de la patte s'accompagne de la rétraction du membre.
Malgré les complications qui viennent s'ajouter à ce simple arrangement, d se montre à peu près pur dans la plupart des actions décrites ci-dessus. Les mouvements péristaltiques de l'intestin semblent obéir principalement au contact exercé sur la partie actuellement en mouvement. C'est la même chose dans le pharynx et l'œsophage, et aussi dans le rectum. Dans la toux, l'éternument et la succion, le premier temps est une stimulation réflexe qui met en jeu les muscles des parties irritées. Dans l'opération des divers sens, nous retrouvons un stimulus réflexe analogue, quoique d'ordinaire déguisé cl
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doiiiinr par (1rs iiiriuciiccs [)liis étendues el plus })uissantes, des éuiolionset des volilions.
Nous pouvons Caire rapidement la théorie du mode d'action de ees cercles réllexes simj)les. La stimulation périphéri([ue est ou l)ieii un simple contact, comme l'atloueliement d'un corps solide, ou un contact avec absorption de substances propres à a^ir sur les neris. Dans les deux cas, il y a une perturbation moléculaire des nerfs, qui se propage aux ganglions, s'y renforce des modifications plus actives survenues dans la substance grise, d'oii part un mouvement moléculaire dans les neris alférents ou moteurs. Cependant tous les stimulants n'ont pas la propriété de provoquer l'activité moléculaire; certains, comme le froid, sous certaines circonstances, tendent à abaisser, à réduire, ou à détruire l'activité déjà existante. Les stimuli les plus puissant^, comme nous pouvions nous y attendre, sont les substances nutritives, celles qui en s'unissant à l'oxygène, ou d'autre façon, engendrent de la force. L'élévation de la température, dans ses conséquences directes ou immédiates, vient en aide à la force moléculaire.
2. Immédiatement au-dessus des plus simples mouvements réflexes, nous rencontrons l'alternance de deux mouvements qui portent la même partie d'un côté et de l'autre. Toutes les fois qu'un organe est pourvu d'un couple de muscles opposés, chacun de ces muscles a des rapports avec le ganglion auquel la partie se rattache, chacun reçoit des fibres efférentes, et le stimulus local excite des mouvements dans les deux muscles, qui par le fait de leur opposition, doivent alterner. C'est une propriété de cette disposition anatomique que les muscles passent à cet état de mouvement alternatif, en sorte que la contraction complète de l'un, sans autre stimulus, est l'occasion du commencement de la contraction de l'autre. La contraction alternante des couples opposants, soit . comme riposte à une stimulation externe, soil par l'effet de la simple spontanéité, ou, enfin, comme conséquence d'une sollicitation nerveuse éloignée, est un fait très-général, et très-voisin du simple circuit réflexe du paragraphe précédent.
3. Un degré de complexité de plus et nous arrivons à des actes formés par le concours de plusieurs mouvements distincts. Il faut un concours de plusieurs mouvements pour la déglutition, la succion, la toux, l'inspiration forcée, l'adaptation des
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yeux et la locomotion. La condition qui règle l'action combinée est la tendance à réaliser quelque fin dans l'économie. Nous savons par quels moyens on apprend les mouvements combinés dans l'éducation ordinaire, ce sont des tentatives répétées sous la direction de l'eli'et désiré.
k. Nous ne faisons que signaler en passant la faculté d'ajustement spontané, dont nous parlerons en l'étudiant complètement à propos de la volonté. Les origines de cette faculté peuvent être suivies jusque dans la région que nous avons considérée. La nutrition et d'autres stimuli donnent naissance à la force moléculaire, qui aboutit au mouvement musculaire, lequel à son tour favorise de mille manières l'accès du stimulus nutritif et des stimuli d'autres natures, par où il est de nouveau stimulé.
Dans quelques actions dont nous avons déjà parlé, la conscience ne fait ordinairement pas défaut, par exemple dans la toux, l'éternument, la succion, l'activité- de la respiration accélérée sous l'impression du froid, l'action réflexe des sens et les adaptations spéciales de l'oreille et de l'œil. Quand ces actions se produisent durant le sommeil, on peut les considérer comme indépendantes de la conscience. Mais dans quelques-unes la conscience joue un rôle; elles ont pour but, non de répondre à une stimulation physique, mais d'écarter un malaise ; tel est le clignement des paupières, et l'adaptation des yeux à la vision et de l'oreille au son. Un sentiment obscur de malaise est la circonstance antécédente du clignement. A tous ces mouvements nous devons appliquer la loi fondamentale de la volonté; ils contiennent le fait essentiel de la volition. Ils ne diffèrent des formes plus usuelles de l'action volontaire que parce qu'ils n'absorbent pas l'attention; nous pouvons être occupés d'autre chose tandis qu'ils ont lieu. En cela ils ressemblent aux actions arrivées au degré où elles sont devenues des habitudes consommées.
• Cependant il est impossible de négliger la grande ressemblance que ces opérations réflexes inférieures, qui passent pour n'être point conscientes, ont avec les actions volontaires. D'ordinaire, sinon toujours ou nécessairement, elles tendent à la conservation de l'individu, ce qui est le caractère fondamental de l'action consciente et volontaire. Lorsque plusieurs mouvements sont unis dans un acte, comme dans la succion, c'est
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(lii'ils conviennent le mieux à ((iielqiie fonction de préservalion.
Il ne nous parait pas possil)l(' de lii'cr une W-j^nc. de déniarcalion nclle entre les actes involontaiies réllexes v\ les volontaires; ces deux ordres se conrondcid par des dej^rés insiMisil)les; un même lait ou une même tendance de l'organisme est peut-être ieur racine commune.