Uo>< iiioiiveiiioiKs (Mkiiibilit'M priiiiitirs
lUiyilinie l'icoiuotcur. — Faits qui prouvent que les combinaisons qui l'assulent naissent de 1 instinct. — Disjiosilions qui assurent l'aciion réciproque de chaque membre et un mouvement alternatif des membres correspondants. — Pro[)agation insensible ou vermiculdire du mouvement. — Mouvements associes ou concourants, consensus des deux yeux — Loi d'harmonie du système musculaire. — Action instinctive d'un sens à la place d'un autre.
L'exemple le plus frappant des mouvements combinés primitifs dans le sujet humain, est le rhythme locomoteur. Le caractère instinctif de la locomotion, si évident chez les animaux^ est moins apparent chez nous, parce que nous ne possédons guère la faculté de marcher qu'un an après la naissance. Néanmoins il y a de fortes présomptions en faveur de la théorie qui explique notre aptitude à la locomotion par une faculté originelle.
1" L'analogie tirée des quadrupèdes inférieurs appuie la probabilité de l'existence d'un rhythme locomoteur dans les membres de l'homme. Il y a entre les vertébrés une communauté de structure assez grande pour entrainer, comme conséquence une propriété aussi intime du système nerveux. Ce que la nature a fait pour le veau, afin qu'il accomplisse un des actes les plus essentiels à l'animal, il n'est pas improbable qu'elle l'ait fait au môme degré pour l'homme. Sans doute il semble bien plus difficile d'organiser un être pour marcher debout, et cet effort paraît excéder les limites extrêmes des arrangements que nous offrent les organismes inférieurs; mais puisque nous retrouvons dans les deux espèces la même alternance des membres, et que la nature a gratifié une espèce de la faculté de les mettre en mouvement tour à tour, nous avons bien le droit d'admettre qu'elle en a aussi doté l'autre.
22V, BKS INSTINCTS.
2° r/csL un fail d'observation que ralternaïK^e des membres inférieurs est instinctive chez l'homme. Nous en appelons aux mouvements spontanés de l'enfance. Remarquez comme l'enfant agile ses jambes quand on le porte dans les bras, ou quand il est couché sur le dos; observez l'action des deux jambes, et vous verrez que l'enfant les lance tour à tour avec vigueur et rapidité. Voyez encore quand il pose pour la première fois le pied sur le sol, longtemps avant qu'il puisse se régler, vous le voyez donner alternativement au mouvement de ses membres toute l'amplitude de la marche. Ce n'est qu'en vertu de cette alternance instinctive que l'enfant peut apprendre aussi vite à marcher. Nulle autre combinaison de même complexité ne pourrait être acquise à la lin de la première année. Dans cette acquisition primitive, il y a à la fois, une impulsion spontanée vigoureuse à mouvoir les membres inférieurs, et une direction rhylhmique ou alternante donnée à cette impulsion.Essayons d'apprendre à un enfant du même âge à marcher de côté, nous échouerons, parce que l'enfant n'a aucune tendance spontanée à marcher de
la sorte.
3° Nous avons vu que le cervelet est probablement le centre dont la fonction est de maintenir la combinaison et la coordination des mouvements. Nous savons que ces combinaisons sont possibles en l'absence du cerveau, mais qu'elles ne sauraient subsister sans le cervelet. Or, il est très-peu probable que le cervelet soit développé chez l'homme, et soit pourtant incapable de faire subsister des mouvements harmoniques que nous retrouvons chez les vertébrés inférieurs.
A moins de trouver une raison qui invalide ces faits, il est raisonnable d'en conclure qu'il existe dans l'homme une adaptation préétablie pour les mouvements locomoteurs ; nous allons essayer de la décrire.
D'abord, cette adaptation suppose une vibration, une alternance, dans le membre. Ne nous occupons que d'un membre; nous y voyons un balancement en arrière et en avant, comme dans la pendule, ce qui suppose l'existence d'une disposition nerveuse, telle que le mouvement en avant qui s'achève amené le commencement du mouvement en arrière et réciproquement. Les deux groupes antagonistes de muscles qui jouent un rùle dans la marche, appartiennent principalement aux deux grandes
MOUVEMENTS CdMRINKS l'fUMITirS. 220
classes (les fléclnsscui-s cl des exlcnscurs. Tout iiicnihiv qui se ment doit avoir i\v\\\ iiiuschvs opposés ou ilcux groupes de niuscles opposés à son service, en sorte (juc par eux il se meut dans les deux sens à volonté. 11 y ;i évideinnicnt un rai)porl. entre les muselés anlaj;onistes en général, (jui donne spoidanémenl aux parties un mouvcMuent oscillatoire ou alternant; en d'autres termes, quand un mend)rc a parcouru toul(! l'étendue de son mouvcmiMd dans une direction, une iuq)ulsion prend naissance et se propai:;e aux muselés opposés pour le ramener dans sa position primitive, ou le porter dans la direction opposée. Naturellement cette réaction se manil'estc le plus énerjjjiquement quand le mouvement reçoit une amplitude plus étendue et une allure plus vive. Ainsi quand le bras est porté perpendiculairement en haut, nous y reconnaissons une tendance des muscles opposants à entrer en action pour le ramener en bas. Tout mouvement de flexion, du bras, de la jambe, du tronc, de la tète, s'il n'est pas entièrement l'effet d'une volition, ce qu'il serait difficile de prouver, doit provenir d'une disposition analogue à celle que nous venons de décrire (1).
(1) Il y a, dit Miiller, dans presque toutes les parties du corps, des muscles opposés l'un à l'autre dans leur action. Les membres ont des fléchisseurs et des extenseurs, des pronateurs et des supinateurs, des adducteurs et des abducteurs, des rotateurs en dedans et des rotateurs en dehors. Il arrive fréquemment que les groupes opposés reçoivent des nerfs différents; ainsi les fléchisseurs de la main et des doigts tirent leurs fibres nerveuses des nerfs médian et cubital ; les extenseurs du nerf radial. Le nerf crural fournit aux extenseurs de la jambe, le sciatique aux fléchisseurs. Les muscles péroniers qui relèvent le bord externe du pied tirent leurs fibres nerveuses des nerfs péroniers; le muscle tibial postérieur qui relève le bord interne d\i pied est desservi par le nerf tibial. Les mouvements convulsils qui, dans les affections de la moelle épinière, vont jusqu'à courber le corps dans une direction particulière, nous apprennent qu'il y a quelque chose dans la disposition des fibres nerveuses des organes centraux qui facilite l'excitation simultanée des groupes musculaires, tels que les flécliisseurs ou les extenseurs, etc. Il ne faut pas exagérer la portée de l'observation que nous avons faite sur la distribution de nerfs différents à des groupes différents; le fait n'est pas constant. Quelquefois le même nerf donne des branches aux muscles opposés par leur action ; le nerf de la neuvième paire, l'hypoglosse, dessert à la fois les muscles qui portent l'os hyoïde en avant et le muscle qui le porte en arrière; le nerf péronier fournit aux muscles péroniers qui élèvent le bord externe du pied, et au tibial antérieur qui s'oppose à ce mouvement. Ajoutons que des muscles antagonistes peuvent combiner leur action avec la plus grande facilité ; ainsi les muscles péroniers et
Dans la marche, il y a aussi une oscillation de la jambe qui provient des causes mécaniques seulement. Gomme tout corps suspendu, la jambe est un véritable pendule, el quand elle a été portée en arrière, elle commence d'elle-même à se mouvoir en avant. De plus, les muscles extenseurs qui maintiennent le corps dans une position droite, ont à combattre le poids des parties, quand dans la danse on monte et descend, le mouvement de descente peut se faire par le simple relâchement de la tension des muscles qui nous soutiennent. De même, la mâchoire tend à s'abaisser d'elle-même.
Secondement, il y a dans la locomotion un mouvement alterne des membres homologues, ou une alternance des deux côtés du corps. Après qu'une jambe a fait son pas en avant, il faut une impulsion pour que l'autre jambe commence son mouvement dans le même sens : il faut qu'il y ait entre les deux côtés du corps une relation telle que la tension complète des muscles d'un côté donne le branle au mouvement de ceux de l'autre. Il ne faut pas moins pour mettre un veau nouveauné en état de marcher; il faut que l'alternance entre les jambes droites et les gauches, à la fois devant et derrière, soit fermement établie dans l'organisme de l'animal, par un arrangement approprié des nerfs et des centres nerveux. Et si la faculté de marcher que possèdent les hommes, est aidée par des penchants et des dispositions primitifs, cette relation spécifique doit nécessairement être comprise parmi ces dispositions.
L'alternance des deux côtés dans la locomotion s'étend audelà des muscles des membres; le tronc tout entier et la tête s'inclinent par un^ mouvement en harmonie avec ceux des membres, tant chez l'homme que chez les quadrupèdes.
Il y a quelques exceptions importantes à cet arrangement alterne; mais elles sont de nature à donner encore plus de valeur aux exemples déjà cités. Les deux yeux se meuvent ensemble et n'alternent jamais. Cette disposition est l'exemple le plus saillant de mouvements simultanés associés, mais il n'est pas le seul. Elle est, sans doute, pour quelque chose dans Tunité de
le tibial antérieur, agissant ensemble, élèvent le pied. Le radial antérieur et le premier radial externe peuvent en combinant leur action porter la main en dehors.
.MOUVEMKNTS COMBINES PRIMITIFS. 231
la vision. Nous trouvons aussi, en observant les premiers nriouvenuMits (les bras de reniant, qu'ils ont plus de tendance à agir ensemble qu'i\ altei'ner; ee (jui nous montre (jue le penehant ù rallernanee n'est pas un instinct aussi enraciné chez l'homme que chez les quadrupèdes.
Les mouvements des muscles de la face sont pour la plupart les mômes des deux côtes de la face.
Troisièmement, la locomotion des animaux qui marchent à ([uatre pattes nous montre la nécessité d'un nouvel arrangement. 11 est nécessaire qu'il y ait quelque disposition qui conserve aux mouvements des jambes de devant et de celles de derrière un rhylhme convenable; nous sommes obligés d'admettre qu il y a dans cette relation des membres de devant avec ceux de derrière quelque chose qui rappelle le mouvement vermicu- .aire du canal alimentaire. Il faut qu'il existe entre les segments antérieurs etlessegments postérieurs une connexion en vertu de laquelle les mouvements de l'un stimulent les mouvements de l'autre, par une propagation nerveuse le long de la moelle allongée jusqu'au cervelet, et aux autres centres qui président aux mouvements rhythmiques primitifs. Chez le serpent qui rampe, il faut évidemment que la contraction musculaire d'un segment fournisse un stimulus à un nerf en rapport avec le segment suivant, lequel est en conséquence dans l'obligation de se contracter et fournit un stimulus au troisième, et ainsi de suite jusqu'au bout du corps, l'action des intestins est à peu près la même. Chez le chien, les mouvements des membres se propagent à la queue. Chaque espèce possède une formule particulière pour ordonner la marche aux membres, formule, qui peut être déterminée en partie par la forme du corps, mais qui est dûment transmise dans la race comme une propriété organique. Le mouvement lourd de l'éléphant ne représente qu'une espèce de rhythme; le cheval au contraire peut passer par toutes les variétés de la marche et du galop. Dans l'acte de grimper, l'alternance et la propagation entrent en jeu comme adjuvants. Dans l'acte de nager, nous retrouvons ces deux rhythmes.
Nous devons maintenant mentionner plus particulièrement les mouvements associés, unis dans un consensus, c'est-à-dire ceux
qui sont unis de manière à se l'aire cnsenrihle. T/exemple le plus parlait que nous en puissions citer, la vision, nous le fournit. Pour que les deux yeux agissent ensemble, il faut que les muscles correspondants de chaque œil soient excités simultanément par les nerfs. Nous empruntons à Millier un extrait sur ce sujet.
« Quelques-uns des faits les plus remarquables de l'association et de l'antagonisme des actions musculaires, nous sont fournis par les muscles moteurs des yeux. Les branches correspondantes du nerf de la troisième paire des deux côtés ont une tendance innée remarquable à agir concurremment, tendance qu'on ne peut attribuer à l'habitude. Les deux yeux, soit qu'ils se meuvent en haut, en bas, ou en dedans, doivent toujours se mouvoir ensemble; il est absolument impossible de diriger un œil en haut et un autre en bas en même temps. Cette tendance à l'action harmonique se manifeste dès la naissance ; il faut donc qu'elle tienne à quelque particularité de structure située à Torigine des deux nerfs. La combinaison d'action que nous remarquons dans cet exemple rend plus frappante l'absence de la tendance à ll'harmonie des mouvements dans les muscles droits externes, et le nerf de la sixième paire. Nous pouvons, il est vrai, dans une certaine mesure faire agir ensemble les deux muscles droits externes, par exemple, quand nous rétablissons le parallélisme des deux yeux dont les axes convergeaient; mais là finit le consensus. Nous ne pouvons jamais faire diverger les deux yeux, quelque effort que nous fassions. Il y a dans les branches correspondantes des nerfs de la troisième paire une tendance innée, un penchant irrésistible à agir de concert, tandis que dans les nerfs de la sixième paire, non-seulement cette tendance manque, mais une action forte de l'un de ces nerfs est incompatible avec l'action de l'autre. Ces tendances innées des nerfs de la troisième et de la sixième paire ont une grande importance dans les fonctions de la vision : en effet, si au lieu du nerf de la sixième paire, les muscles droits externes avaient reçu chacun une branche de la troisième, il aurait été impossible de faire mouvoir l'un de ces muscles sans l'autre : un œil, par exemple, ne pourrait se diriger en dedans, tandis que l'autre se dirige en dehors, de manière à conserver le paralléhsme, ou à produire la convergence des axes; mais ils auraient nécessairement divergé quand un seul muscle droit externe au-
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rail olxMà la voloiilr. Pour icndic possible; le nioiivoiiuMil, do l'œil en dedans, tandis ([uo l'aiitrc est dirii^o en dehors, les muscles droits exiei'iies ont l'ecn des nerfs (jni n'ont j)as de tendance à, ayir de conci'rl. 'roulefois, en C()nsé({nen(;e de la tendance des deux droits internes à associer \onv mouvement, il est nécessaire, quand un (pil se dirige en dedans, et l'autre en dehors, (jue la contraction du droit interne de celui-ci soit assez forte pour surmonter l'action associée du droit interne du même (eil ; dans l'ellort que nous faisons pour diriger un œil complètement en dehors, nous sentons effectivement cette contraction plus forte du muscle droit externe. Ces considérations nous permettent de comprendre parfaitement le fait jusqu'ici sans explication, que, chez tous les vertébrés, le muscle droit externe reçoit un nerf spécial. » (p. 929.)
L'auteur montre ensuite la relation qui unit l'un à l'autre les muscles obliques correspondants, et indique une raison analogue pour expliquer que le muscle oblique supérieur reçoive un nerf spécial.
Il existe une association entre l'ajustement de l'iris et les autres mouvements de l'œil ; ainsi, toutes les fois que l'œJl est tiré volontairement en dedans, l'iris se contracte. Delà provient le fait que nous avons déjà constaté, que l'iris se contracte pendant la vision à petite distance.
Millier fait aussi remarquer que (des mouvements qui sont très-susceptibles de s'associer sans l'intervention de la volonté sont ceux des parties correspondantes des deux côtés du corps. Les mouvements de l'iris, des muscles des paupières, de l'oreille et des membres qui tendent à effectuer des mouvements opposés, sont des exemples de ce genre d'association, d Nous avons déjà fait voir que cette coïncidence de mouvements des deux côtés coexiste, pour les membres au moins, avec une disposition anatomique qui règle l'alternance du mouvement.
Le même auteur fait encore observer que «les associations s'établissent d'autant plus fréquemment entre les mouvements des membres, que l'action du système nerveux est moins parfaite. Ce n'est que par l'effet de l'éducation que nous parvenons à restreindre l'influence de la volition dans la production des mouvements, à un certain nombre de fibres nerveuses qui sortent du cerveau. Une personne maladroite qui fait un
mouvement volontaire, en fait plusieurs autres, qui sont produits involontairement par l'action nerveuse concertée » (p. 928). Mais ceci nous conduirait à des considérations beaucoup plus étendues, et nous amènerait en face du système général des émotions et de la volition.
Un certain nombre de faits permettent de croire à l'existence d'une loi générale &' harmonie qui tient sous sa dépendance le système nerveux tout entier. Quand nous étendons les membres inférieurs, nous sentons en m(3me temps une impulsion qui pousse à étendre les bras, le Ironc, la tête, etles traits du visage. L'acte de bâiller propage un mouvement sur toute la surface du corps. Nous ne pouvons pas affirmer que cette tendance générale s'explique par une similarité d'état qui produirait partout une impulsion similaire, mais les apparences sont en faveur d'une harmonie produite par le système nerveux. Quand l'œil s'arrête attentivement sur un objet, tout le corps s'arrête spontanément, les traits se fixent, la bouche s'ouvre; la même suspension harmonique se fait remarquer dans l'acte d'écouter. Ainsi, un mouvement exécuté dans une partie se propage à une autre, à moins qu'un temps d'arrêt ne lui soit imposé : les mouvements de l'œil retentissent dans tout le corps. L'émission de la voix provoque les gestes. L'allure du mouvement aussi devient harmonique. Les mouvements rapides de l'œil en présence de spectacles excitants accélèrent tous les autres mouvements. Une parole lente s'accompagne de gestes languissants. Dans une marche rapide (avant que l'exercice ait produit sur le cerveau un effet dérivatif) la pensée prend un cours plus rapide.
Il faut classer ces mouvements parmi les tendances primitives qui servent aux fins utiles à l'animal; ils appartiennent à la classe des instincts pratiques dont nous nous occupons en ce moment. C'est par eux que l'animal peut entrer en harmonie avec les circonstances de son milieu, se calmer quand la scène qu'elles forment est tranquille, s'éveiller et se mettre à l'unisson quand la scène est excitante.
Cette propriété fait le caractère des individus. Une personne est lente ou vive; chez elle l'allure du mouvement est la même dans tous les organes, dans l'action et dans la pensée. -Elle fournit des moyens d'exciter et de régler les actions, les pensées, les passions des hommes et des animaux.
MOUVEMENTS COMHTNl^.S PRIMITIFS. 235
Le ci'i (le rhoiimiriM des anim.iux (jiii rorinc un élément de l'expression du seul iinciil, nous ollVf' une ('onihiuaisou primitive (»u uu eoucert de niouv(Muents roniai'ciuahle par sou uniformité. La lension des cordes vocales par les musciiîsdu larynx, l'expiralion forcée et l'ajustiMiient de la houelic s'unissent pour l'accomplissement du même acte. Ce sont peut-être des effets concourants d'une même onde d'émotion, du stimulus diffusé d'un niiMne sentiment énergique.
Il y a des circonstances où nn sens semble agir pour un autre, en agissant avant lui, comme lorsqu'un animal découvre la qualité saine ou insalubre d'un aliment par l'odorat avant de le goûter. Que le sens du goût nous informe de ce qui est bon pour la digestion (ce qu'il ne fait chez l'homme que d'une façon Irès-iniparfaite), cela ne doit pas nous surprendre, puisqu'à la bouche le canal alimenlaire est déjà commencé; nous avons plus de peine à comprendre comment l'odorat possède la faculté de dire d'avance les impressions de la digestion et de la nutrition.
Les exhalaisons des corps sont peut-être pour le nez des spécimens représentatifs de leur substance et des effets qu'elle produirait sur l'estomac; elles ont peut-être un effet analogue sur le système nerveux. Nous savons que l'odeur putride cause le dégoût, et qu'en essayant de manger la substance qui l'exhale nous complétons l'effet commencé par l'odeur. D'autre part, les substances qui émettent un arôme frais ou doux, ne provoquent probablement pas de nausée quand elles arrivent dans l'estomac.
Toutes les fois qu'un sens agit pour un autre, comme en manière d'avertissement ou d'invitation, nous remarquons Tharmonie profonde qui règle le jeu des différents sens; aussi appliquons-nous aux objets de tous les sens des épithètes communes. L'effet que nous appelons « fraîcheur », déterminé par le stimulus des poumons, de la digestion, ou de la tension nerveuse en général, se manifeste dans différents sens. La difficulté consiste à trouver \q même objet extérieur , agissant de la même manière sur deux ou plusieurs sens, comme l'aliment agit sur la vue et l'odorat. Nous croyons qu'un petit nombre seulement de ces coïncidences peuvent être reconnues avant l'expérience, et que la principale sauvegarde de l'animal consiste à faire l'ex-
périence directe de manger ce qu'il rencontre, et de décider d'après les impressions qui en sont la conséquence (1).
Nous devons citer aussi parmi les sensations concourantes, les faits de transmission, de radiation et de réflexion de sensations. Nous avons déjà parlé (actions réflexes, p. 213) de la te.ndance qui portait une stimulation nerveuse violente à étendre sa sphère sur les branches collatérales. Nous connaissons des cas de transmission définie et constante du siège d'une sensation à une région distante. Dans la coxalgie, la douleur se fait sentir au genou. Quand le rein est le siège d'une irritation, la sensation de la douleur se localise dans le talon. Certaines maladies du cerveau s'accompagnent de douleurs dans les membres. (Voy. Physiologie àQ Marshall, t. I, p. 3^7.)