GUTTURALES
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trine, il n'y a qu'un gémissement, grave ou aigu, suivant le. degré de tension des cordes vocales. Mais l'association qui unit les notes élevées à un accroissement de l'action des poumons est si intime, qu'il est bien difficile de produire un gémissement avec la force habituelle des mouvements respiratoires.
En appréciant le plaisir qui naît de l'exercice de la voix, ou la sensibilité du larynx pendant qu'il fonctionne, il faut tenir compte de cette action des organes respiratoires, et aussi de la sensation que les sons qui en résultent font éprouver à Toreille. Toutefois, il n'y a guère de doute que lorsqu'on a déduit l'effet de ces deux causes de l'effet général, ii reste encore une source de plaisir très-abondante, qu'on ne doit attribuer qu'aux muscles laryngiens.
Outre les sentiments de plaisir ou de peine qui proviennent de l'appareil vocal, il y a une faculté qui distingue le degré de tension de chaque muscle, et qui peut indiquer les diverses positions du tube aérien et des cordes vocales. Nous avons une sensation pour un degré élevé de tension, une autre pour un inférieur, une troisième quand il n'y a pas de tension du tout, etc. Les sons produits à chacun de ces degrés s'associent aux états musculaires de l'organe qui y correspondent, et nous donnent 'la faculté d'imiter des sons, et de les produire à volonté. L'association entre le son dans l'oreille et la position des parties de l'organe vocal d'une part, avec le mouvement qui les produit d'autre part, nous met en état de rappeler et de rétablir les autres mouvements.
DEUXIEME PAiniE
Allributs fondamentaux de la pensi-e ou intelligence. — Aperception de 1 a dilfércnce, loi de relativité. — r»ctentivitc. — Aperception de la concordance ou similarité. — Utilité de l'étude scientifique des facultés intellectuelles.
Nous allons maintenant aborder l'Intelligence ou la faculté de la pensée. Les diverses facultés appelées mémoire, jugement, abstraction, raison, imagination, sont des modes, des variétés de l'intelligence. Nous ne pouvons pas, il est vrai, exercer cette faculté de l'esprit séparée des autres, c'est-à-dire du sentiment et de la volonté, mais la méthode scientifique nous fait un- devoir de l'étudier à part.
Les attributs primaires ou fondamentaux de la Pensée ou de l'Intelligence sont, comme nous l'avons déjà dit, l'aperception de la différence, l'aperception de la ressemblance, et la retentivité. L'étude de l'intelligence consistera à suivre le jeu de ces diverses facultés; la première partie a été consacrée à l'énumération de tout ce que nous avons d'abord à distinguer, à identifier, à retenir.
1. La première propriété, la plus fondamentale, est l'aperception de la dillerence, ou distinction. Le fait le plus général de la conscience, c'est qu'elle est distinctement affectée par deux ou plusieurs impressions successives. Nous ne sommes pas conscients du tout à moins de concevoir une transition, un changement; c'est ce fait que nous avons appelé la loi de relativité. Quand le fait actuel de conscience est caractérisé par du plaisir ou par de la peine, on dit que l'ét.it de conscience est un sentiment. Quand le caractère saillant du fait actuel de conscience est la distinction de doux modes distincts
'280 HE l'intelligence.
(le transition, ce fait est intellectuel. Entre ces deux étals types, il en est qui servent (rinlerniédiaires, où la conscience est peu occupée de plaisir ou de peine, et n'est attentive (fu'à des transitions, en d'autres termes à des différences. Quand nous avons du plaisir, ou que nous souffrons, nous ne sommes pas absolument privés d'aperception de différence, mais nous ne mettons pas en jeu la fonction du jugement qui distingue el identifie, et nous ne suivons pas attentivement les conséquences d'*un état de sentiment, comme tel, qui tendent à conserver V^ plaisir et à amoindrir la peine par des actions volontaires.
En exposant en détail les sensations du mouvement et les sensations proprement dites, nous avons toujours séparé celles de leurs propriétés qui touchent au sentiment d'avec celles qui sont relatives à l'intelligence. Dans quelques sens, comme ceux de la sensibilité organique, le sentiment est à peu près tout. Dans le goût et l'odorat, le sentiment et la faculté intellectuelle de la distinction se montrent ensemble. Dans le tact et encore plus dans l'ouïe et la vue, il y a des états de conscience agréables et pénibles^ et aussi un grand nombre d'autres états qui sont indifférents sous l'un ou l'autre rapport, mais qui ont pour caractère de mettre enjeu la sensibilité pour la différence ou la concordance; ce sont les sensations intellectuelles proprement dites. Ainsi dans le tact, les degrés de rugosité ou de poli, de dureté ou de mollesse^, ne sont rien comme sentiments, mais sont tout comme connaissance. La chaleur peut par sa quantité aflecter la conscience par un plaisir ou une peine intense ; elle peut aussi ne donner ni plaisir ni peine, et n'occuper l'esprit que par l'aperception du degré. De même les sensions de l'ouïe affectent le sentiment, comme dans le plaisir de la musique, ou l'intelligence, comme dans l'articulation des sons. La lumière, les couleurs et les formes visibles, ont pareillement la propriété d'affecter l'esprit de cette double manière.
Nous avons, en énumérant les sentiments et les sensations musculaires, donné des exemples, presque tous les exemples, du sens de la différence, de la distinction. En tant que moyen de reproduction intellectuelle, c'est-à-dire comme l'une des fonctions directrices de l'Intelligence, appelée ordinairement mémoire, la faculté de distinction se montre sous une seule forme dite le principe associant du contraste. En tant qu'identique avec la loi de la Uelativité de tout sentiment el de toute connaissance.
i)K i;'intki,m(;i:n(:i;. 281
rllc sr montre ^^iir un Irrs-^MMud nonihir de points, cl elle doit «Mre inipliciuée partout.
Il \ aura lieu de j)ai'ler de la raeult('' de distinelion oCY/MiVe, mais c'est une des ajiplieations de la laeulh' rélcntive de l'esprit.
l/aperee[)ti()n de la eoncoi'danee au milieu de la différence est le complément naturel de l'attrihul (jui précède; ensemble ces deux facultés comprenneni toutes les formes primitives de rintellij;ence. Mais dans l'intérêt de l'exposition nous devons donner la première place h la faculté de la retentivité, par la raison que la faculté d'apercevoir la concordance dans ses applications les plus élevées, suppose la totalité de la connaissance acquise, laquelle dépend de la fonction rétentive.
2. La propriété fondamentale de l'intelligence, appelée retentivité, présente à considérer deux points de vue ou deux degrés.
Oabord, la persistance des impressions mentales^ après la suppression de l'agent externe. Quand l'oreille est frappée par une onde sonore, nous avons une sensation de son, cependant l'excitation mentale ne s'évanouit pas parce que le son cesse, il reste un certain effet persistant, en général beaucoup plus faible, mais variant beaucoup selon les circonstances, et dans certains cas atteignant l'intensité de la sensation actuelle. En conséi[uence de cette propriété, Texcitation mentale due aux causes externes l'emporte grandement par la durée sur les causes ellesmêmes ; et grâce à elle nous pouvons ajouter à notre vie d'actualités une vie qui se passe tout entière dans un monde d'idées.
Ce n'est pas tout : nous avons encore la faculté de recouvrer et raviver, sous forme d'idées, toute sorte de sensations et de sentiments passés ou éteints, sans que les originaux soient présents et par l'effet des forces mentales seules (1).
(1) Quoique nous ne puissions pas nous dispenser d'employer les mots recouvrer, raviver, reproduire, rappeler, quand nous traitons des sensations, il faut se figurer qu'il y a une différence radicale entre la sensation et la sensation rappelée, qu'on appelle proprement l'idée. Cette différence fondamentale et indestructible se rattache au sens de la réalité objective qui est la propriété de la sensation, non la propriété de l'idée. La sensation causée par la vue du soleil est une chose, et l'idée ou sensation rappelée du soleil en est une autre ; bien qu'elles se resscmb'ent, elles diffèrent pourtant par cette propriété essen-
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Après que l'impression d'un son a entièrement cessé, alors que l'esprit est occupé d'autre chose, il est possible de rappeler d'un oubli temporaire l'idée ou l'eiret mental, sans reproduire le son actuel. Nous nous rappelons ou nous ramenons dans l'esprit des sensations de la vue, dtssons, des pensées que nous n'avons pas eus depuis des mois ou des années. Cette faculté suppose un mode de rélentivité encore supérieur au précédent; elle fait croire que quelque chose s'est imprimé dans l'organisme mental, qu'il s'est produit un effet de nature telle que les impressions ultérieures n'ont pu l'effacer. Ce qui restaure dans la conscience un certain état déjà passé, c'est la présence actuelle de quelque impression qui s'y est rencontrée souvent e/z compagnie de cet état. Ainsi ce qui nous rappelle un nom, vaisseau, arbre, étoile, c'est la vue de la chose. Le concours préalable du nom et de la chose a noué entre eux une association mentale. Les impressions qui se sontaccompagnées fréquemment l'une l'autre dans l'esprit s'attachent Tune à l'autre de telle sorte qu'en définitive elles deviennent presque inséparables : nous ne pouvons avoir l'une d'elles sans que les autres soient près de revenir. Telle est la Hétentivité dans sa forme la plus élevée, qu'on pourrait appeleTTâ" propriété plastique Tie respriTT^ousen reparlerons longuement sous le n om (ï Asïôcialion par Contiguïté.
3. La dernière propriété de l'esprit est l'aperceplion de la con- XORDANCE ou RESSiiMBLAiiCE. L'csprit cst affccté même par la concordance qui ne provient que d'une différence partielle. La continuation de la même impression ne produit pas d'effet, mais quand après qu'on a éprouvé une certaine impression on a passé à une autre, le retour de la première produit un certain effet ou choc, le choc delà reconnaissance, qui est d'autant plus intense que les circonstances de l'impression passée et de l'impression présente sont plus différentes. Le changement produit uneffet : la distinction; la similarité au milieu du changement produit un effetnouveau et distinct; ce sont les deux modes de
lielle. Dans certains cas, en effet, comme par exemple lorsqus la volonté tend à rechercher ou à éviter, l'idée peut tenir lieu de la sensation; le souvenir des choses répond à la même fin que la présence réelle. Mais il est dans la science qui nous occupe une question dont cette distinction est la clef, c'est celle de. la perception et de la croyance à l'existence d'un monde extérieur. Quand nous la discuterons, nous aurons à examiner de près les caractères qui distinguent une sensation de ridée qui lui sert de pendant.
DK l'intelligence. 283
la sliimilalion intellectuelle, les deux éléments constitiitils de la connaissance. Quand nous voyons dans l'enlant les traits de riioninie, nous sommes iVa|)pés d'une concordance au milieu <rune dillerence.
('elte f;iculté de reconnaili'e, d'identiiier, de découvrir les ressend)lan('es el les dissemblances, est un nouveau moyen de lappelei" à l'espiil les idées passées; on lui donne le nom de principe associant ou î'c/)ro(hictifde la similarité. Nous nous rappelons Tes choses aussi souvent par leur rcssemblnnce avec ({uelque chose de présent, que par leur proximité passée avec qui nous occupe en ce moment. La contiguïté et la similarité sont les deux grands principes ou forces de la reproduction mentale; ce sont des facultés distinctes de l'esprit qui scprésentent à des degrés différents chez les divers individus ; tantôt c'est l'une qui l'emporte, tantôt c'est l'autre. La première préside à l'acquisition, la seconde à l'invention.
Les facultés intellectuelles vulgairement admises, telles qu'elles sont énumérées par les psychologues, non sans de grandes différences, peuvent se ramener, entant qu'elles n'impliquent pas le sentiment ni la volonté, à ces trois propriétés primitives de l'intelligence : la distinction, la rétention, la similarité. La faculté qu'on appelle mémoire est presque exclusivement basée sur la rétention, bien qu'aidée quelquefois par la similarité. Les opératïpni~~îe la raison et de l'abstraction impliquent principalement la similarité ; elles consistent à identifier des choses qui se ressemblent. Ce qu'on appelle jugement se compose d'une part de distinction, et d'autre part du sens de la ressemblance : nous décidons si deux ou plusieurs choses diffèrent ou se ressemblent. Il n'y a pas de jugement qui en dernière analyse ne se résolve en l'une ou l'autre de ces deux fonctions de l'intelligence. Enfin, l'imagination est un produit des trois éléments primaires de l'intelligence, auxquels
I s'ajoute un élément d'émotion.
La description de l'intelligence proprement dite consistera
I surtout en un développement complet des deux opérations de rétention et de ressemblance. Ce sera le sujet des deux premiers chapitres. Un troisième chapitre sera consacré à l'association par contraste. Un quatrième traitera des applications des forces intellectuelles à des constructions nouvelles, c'est-à-dire «le la faculté créative et inventive de l'esprit.
286 r)K l'intelligence.
L'élude scientifique des facultés intellectuelles servira à démontrer les vérités suivantes :
1. L'explication des lois qui régissent le courant ou la succession des pensées est de nature à satisfaire notre curiosité, le désir naturel qui nous porte à connaître les causes des choses. Toute personne qui goûte vivement le plaisir de la connaissance est conduite par ce penchant, à rechercher les lois qui simplifient l'immense complication du monde, surtout celle de l'esprit, dont les opérations sont plus que tous les autres objets de la connaissance de nature à éveiller ce désir.
2. La théorie des facultés intellectuelles fournit un moyen de représenter et d'expliquer les différences du caractère intellectuel des divers individus. Ces différences doivent se rattachera Tun ou à l'autre des attributs fondamentaux derinteUigence, et sont par suite susceptibles de classification.
3. L'art de l'éducation doit être fondé sur une connaissance exacte de la faculté de rétentivité. Nous devons chercher à découvrir les circonstances qui favorisent ou qui contrarient les opérations de l'acquisition mentale.
Ce que Locke appelait la conduite de l'entendement, signifiant l'emploi économique et efficace de toutes nos forces intellectuelles, comprend l'éducation et certaines autres choses aussi; ce qui suppose des méthodes pour diriger et aider nos tîfforts dans les opérations supérieures du raisonnement et de l'invention, et une connaissance de ces instruments qui nous permet de nous en servir avec le plus grand avantage.
6. Il y a des questions d'un intérêt vital dont la solution doit nous faire connaître quelles parties de l'intelligence sont primitives, et quelles sont acquises. Telles sont la perception du monde matériel et foriginc des idées d'espace, de temps et de cause.
5. L'étude des facultés intellectuelles nous donnera les éléments d'une théorie de la connaissance, de ses limites, et de la nature d'une explication légitime. C'était pour constater exactement ce que l'homme peut connaître, que Locke entreprit les recherches qui sont le sujet de son Essai sur l'entendement humain, dont la publication a fait époque dans la science de l'esprit.
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La loi de contiguïté est la base de la mémoire, de l'habitude et des facultés acquises en général. Les psychologues l'ont appelée de divers noms; Ilamilton lui donnait le nom de loi <le c( rédintégration » ; il la regardait comme la loi en vertu de laquelle une partie d'un tout évoque les autres parties, comme par exemple, quand le premier mot d'une citation rappelle le reste, ou que la vue d'une maison dans une rue suggère le souvenir de celles qui viennent après. Les principes d'association appelés ordre dans le temps, ordre dans le lieu, cause et effet, rentrent dans cette loi. On peut dire que c'est la loi d'association proprement dite, d'adhérence, d'adhésivité mentale ou d'acquisition.
On peut donner à ce mode de reproduction mentale la formule générale suivante :
Les actions^ les sensations, les élats de sensibilité, qui se /ti'ésèntent l'un avec l'autre ou l'un immédiatement après Vautre^ tendent à s unir étroitement^ à adhérer l'un à l'autre^ de cette façon que lorsque l'un d'eux se présente par la suite à l'esprit, les autres sont susceptibles d'être évoqués par la pensée. *
Des circonstances ou des conditions diverses règlent l'opération de cette loi de manière à rendre l'adhérence plus ou moins rapide et plus ou moins solide. Dans le cours de notre exposition, nous mettrons peu à peu en relief ces conditions de l'association. En règle générale, la répétition est nécessaire pour attacher fixement dans la pensée toutes les" parties d'un agrégat <i'images, comme par exemple, 'les divers points de vue d'un panorama, avec assez de force pour que l'un d'eux soit capable de suggérer les autres à une époque ultérieure. Le degré de répétition nécessaire dépend de causes diverses, dont l'une est la qualité de l'esprit de l'individu.
286 1^1^ l'imelligenck.