I. — Mouvements
Effets (le la répétition sur les actions spontanées et instinctives. — Acquisition des agrégats et des séries de mouvements. — Conditions qui régissent la marche de l'acquisition, conditions générales. — I, continuation ou répétition; II, concentration mentale; llf, aptitude individuelle. — Conditions spéciales aux mouvements: 1, force physique; 2, spontanéilé; 3, descrirnination musculaire.
Nous commencerons l'exposition détaillée de la loi de contiguïté, en l'appliquant à l'activité musculaire, c'est-à-dire à toutes les espèces de mouvements, d'attitudes et d'efforts de résistance.
Par l'effet de la propriété intellectuelle d'adhérence ou de plasticité, qui s'exprime par la loi d'association par contiguïté, les mouvements peuvent s'enchaîner l'un à l'autre pour former des séries, et s'évoquer les uns les autres en succession, avec la même certitude et la même fixité sériaire que dans les successions instinctives de l'action rhythmique^, déjà étudiées. Les évolutions compliquées de la danse se déroulent spontanément, non moins que les mouvements des quatre pattes de l'agneau qui vient de naître.
Les actions spontanées et instinctives sont affermies et corroborées par la répétition. Quoique un grand nombre d'animaux puissent marcher aussitôt après leur naissance, ils marchent beaucoup mieux après quelque temps de pratique. Cependant il n'est pas facile de démêler dans cet effet la part qui revient au développement des organes, et de la séparer de celle qui revient à l'exercice. Les muscles des membres" augmentent de volume, et les centres nerveux qui stimulent et soutiennent les mouvements rhythmiques acquièrent plus de développement par le seul effet du temps. C'est par la pratique, c'est-à-dire par la répétition, que Tenfant apprend à sucer plu> à l'aise et plus fortement. L'exercice concourt indubitablement avec la tendance alternante des membres au mouvement, à nous apprendre à marcher. Les muscles du corps sont fortifiés par leur développement, et ce développement s'accélère quand les muscles s' exercent régulièrement dans de certaines limites; il en est probablement de même des nerfs et des centres ner-
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Nous avons essayé de démonlici- (juc toutes les actions que nous appelons volontaires sont en fait spontanées à leur début. Les membres, les tiails, les yeux, la voix, la langue, la mâchoire, la tète, le tronc, etc., commencent à se mouvoir par suite d'une décharge sj)ontanée de stimulus émané des centres nerveux, qui s«i })()rte tantôt sur un point, tantôt sur un autre, de sorte que les organes peuvent agir séparément et indépendamment les uns des autres sous l'influence qui les excite. Or, ces mouvements spontanés sont sans nul doute rafl'ermis par la répétition, et rendus susceptibles de revenir plus rapidement à l'avenir. Un mouvement produit par la force centrale laisse, pour ainsi dire, une trace après lui ; il faudra pour le reproduire une somme moindre de force nerveuse. Un courant spontané fi\it fermer les mains ; cet acte détermine un courant ou un penchant dans cette direction, et l'effort suivant en est d'autant plus aisé. Une impulsion fait lever et baisser les bras alternativement, une autre les fait mouvoir en avant et en arrière; après quelques répétitions, la faculté, de cohésion vient en aide au stimulus interne, et les mouvements deviennent plus fréquents et plus nets. C'est par une action spontanée des centres, que les yeux se meuvent dans un sens et dans l'autre, et la répétition rend ces mouvements plus faciles. De même une impulsion du dedans communique à la voix des mouvements variés, et les centres nerveux en déchargeant leur force dans cette direction rendent plus facile chaque mouvement, chaque note, pour la prochaine occasion. La langue est un organe doué d'un grand nombre de mouvements, et tous volontaires; ils commencent d'eux-mêmes, se fortifient et se développent pour ainsi dire par la répétition. Les mouvements d'inclination et de circumduction de la tête et du tronc appartiennent à la même classe. La répétition de tous ces divers mouvements n'en fait pas, au sens propre du mot, des mouvements volontaires, mais les prépare à le devenir par l'elTet d'une acquisition qui se fera plus tard. Elle les rend plus susceptibles de revenir plus souvent et plus rapidement, en élevant l'impulsion spontanée des centres. Vienne une certaine occasion, la voix donne une note élevée. Du premier stimulus de la voix, nous ne pouvons rien dire, si ce n'est qu'à tous les orga-
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nés aclil's est associée une batterie nerveuse qui donne le bianle à leurs mouvements. Après un intervalle, la même note élevée est encore émise par une décharge semblable du centre qui préside à l'émission de la voix. Après plusieurs répétitions, la voix a acquis la propriété d'émettre la note plus facilement, et il faut une tension moindre des centres pour la produire, ou pour la soutenir quand elle est émise. C'est ainsi qu'un grand nombre de mouvements se disposent eux-mêmes pour servir h un usage ultérieur.
L'importance que nous donnons à l'hypothèse de la spontanéité ne paraîtra ni justifiée ni justifiable aux personnes qui n'ont pas réfléchi à la grande difficulté qui s'oppose au développement des mouvements volontaires dans l'enfance, ni au grand travail qu'il nécessite. Mais nous ferons voir plus loin qu'il est impossible d'expliquer le commencement de la volonté sans recourir à cette hypothèse.
Voyons maintenant le procédé d'acquisition des agrégats el des séries de mouvements que nous voyons accomplir dans les opérations mécaniques. Nous supposons un individu déjà capable de commander à ses membres ou à d'autres parties du corps, sous la direction d'une autre personne, ou d'après un exemple qu'il doit imiter.
Le cas le plus simple consiste dans l'union d'un inouvemenl à un autre déjà donné. Prenons par exemple la marche, et supposons que nous voulions communiquer à quelqu'un une position particulière du membre, par exemple celle de tourner les pieds en dehors. Un acte de volonté dirigé sur le muscle qui tourne la cuisse en dehors, donne au pied la position demandée, et l'acle se continue tant que dure le mouvement de la marche. Par ce moyen et avec l'aide du temps, une adhérence se forme entre la tension des muscles rotateurs et les divers mouvements de la marche ; à la longue, ils forment un tout complexe, comme s'ils avaient été unis dans le mécanisme originel de l'organisme.
L'acquisition du langage articulé suppose une grande extension de ce procédé d'agglutination. Chaque lettrea besoin d'un ajustement de la langue, des mâchoires, des lèvres, difficile d'abord, mais à la fin si aisé que nous ne nous apercevons pas que nous exécutons un acte compliqué.
Prenons encore une série de mouvements. La série des acU"^