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qiio nous faisons en manf^^eant est une de nos pn^mières acquisitions. L'acle d'élever le morceau avec la cuiller ou la fourclu'lle, celui de le porter à la bouche, celui d'ouvrir la bouche .111 bon nionienl, l'action des niùchoires et celle de la lan'^ue, nous ollVenl une série d'actes refilés fixés dans un ordre machinal par le seul l'ait (pie c(^s actes ont été très-fréquenn ment répétés dans le même ordre. L'action de porter la main à la bouche est suivie de celle d'ouvrir les mâchoires, aussi sûrement ([ue les deux actes allernants de la respiration se produisent l'un l'autre.
Dans la plupart des successions machinales, le sentiment de l'eiïet produit à chaque acte est l'anneau qui sert de transition à l'acte suivant. Ainsi, quand on écrit, la vue de la dernière partie formée est le préambule de celle qui vient après, aussi bien que du mouvement exécuté ; dans ce cas nous n'avons pas affaire à une série de purs mouvements, où un mouvement appelle le suivant dans l'ordre habituel. Nous traiterons de ces séries mixtes de sensations et de mouvements dans un chapitre à part; nous voulons maintenant présenter un petit nombre d'exemples de mouvements purs unis ensemble, indépendamment de tout autre élément. Mais si la direction que donne le sentiment est nécessaire pour apprendre un effort mécanique quelconque, la fixation des mouvements en une série qui soit indépendante de cette direction, est le dernier temps, ou le plus haut point de perfection de l'acquisition machinale. Ainsi quand on joue du piano, et qu'en même temps on fait attention à autre chose, on peut dire que la série ne se compose que de mouvements, c'est-à-dire que chaque coup est associé à un coup déterminé, et cela durant toute la durée du morceau. Pourtant, dans ce cas même, il est diflicile de dire s'il n'y a pas des sensations latentes dans les doigts et dans l'oreille, qui agissent en même temps que les sensations du pur mouvement.
Un sourd qui parle doit compter presque absolument sur la succession associée des mouvements ; s'il trouve encore une autre assistance c'est dans les sensations musculaires elles-mêmes qui comptent toujours pour quelque chose. Quand on se récite à soi-même des mots appris par cœur, la série des mouvements articulés est parfaite. Un mot émis appelle le suivant, sans que l'ouïe ou la conscience de l'articulation aient à intervenir. C'est une preuve de l'extrême aptitude pour les mouvements asso-
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cics qui appartient aux organes vocaux. Pas un autre organe du corps, pas môme la main, ne peut acquérir cette perfection de dextérité inconsciente. Dans l'acte de tricoter, il y a probablement aussi une série analogue de mouvements acquise au prix de milliers de répétitions. Après une longue pratique on parvient h exécuter les figures de la danse avec cette sûreté machinale et inconsciente, mais la docilité des membres inférieurs est de beaucoup au-dessous de celle de la main, qui elle-même reste en arrière des organes de la voix.
La difficulté de former une association parfaite de purs mouvements, et la dépendance qui relie la plupart des séries machinales au sens de l'effet produit, se manifeste par des exemples curieux dans les cas de paralysie de la sensibilité. On a souvent parlé de cette femme qui ne pouvait tenir un petit enfant dans ses bras, à moins d'avoir les yeux fixés sur lui. Elle n'avait pas dans les bras la sensation du poids, et l'effort continu des muscles n'était pas suffisamment associé avec l'acte de porter l'enfant par le seul lien musculaire. Le sens de la vue était capable de tenir lieu de la sensibilité qui faisait défaut aux bras; mais ces deux sens manquant à la fois ne pourraient être suppléés.
L'acte de signer un nom nous offre un exemple familier du même fait ; la répétition a fait de cette opération une des plus automatiques, et pourtant, quand nous faisons notre signature sans la regarder, l'exécution en est très-défectueuse.
Cette union des mouvements, si parfaite que, pour succéder l'un à l'autre, ils n'ont pas besoin de l'intervention de la conscience, est ce qui rapproche les acquisitions des instincts. On donne quelquefois à ce genre d'actions associées le nom de secondaires automatiques.
Bien que ce genre d'actions comprenne peu de cas d'acqui^itions machinales, il y a des particularités distinctives dans les caractères qui n'ont pas d'autre fondement que cette facilité d'acquérir des séries de mouvements, qui puissent s'accomplir avec la moindre intervention possible de sensations ou d'idées directrices. Les séries d'actions de cette nature s'elfectuentavecla plus petite fatigue mentale; bien plus, elles peuvent continuer tandis que l'esprit est occupé ailleurs.
Parmi les conditions qui règlent la marche des diverses acqui-
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sillons, quel(in(»s-uii('s soiil ^(în^rales, d'autres spéciales cl génériques.
Voici les conditions générales :
I. Une certaine durée de continuation, ou répélilion de la niatièreà apprendre, est nécessainî; [)lus grande est la continuation, ou plus rré(iuentc est la répétition, et plus grands sont les progrès de celui qui apprend. Si d'autres conditions viennent à manquer, une répétition prolongée doit y suppléer.
II. La concentration de res[)iit est une condition importanteau point de vue matériel ; cette concentration signilie que les forces du système nerveux sont fortement engagées à propos d'un fait particulier, ce qui ne peut se faire que lorsque l'attention est empêchée de s'égarer sur d'autres choses. On sait que la distraction de l'esprit est un obstacle qui empêche de rien apprendre.
Il y a diverses manières d'arriver à la concentration désirée C'est un acte volontaire provoqué par les plaisirs et les peines tant présents que futurs.
Le plus puissant des motifs de concentration est le plaisir que nous donne au moment môme ce que nous sommes en train de faire. Tout exercice qui possède un attrait spécial nous captive par une attraction immédiate; tout le reste est négligé tant que dure le charme. C'est la force propre de la volonté dans sa manifestation immédiate et la plus efficace ; nous y trouvons l'explication de la grande influence de ce qu'on appelle le goût pour une occupation spéciale. Le goût pour la musique, pour la science, pour les affaires, c'est-à-dire le charme de ces occupations, attache exclusivement à ces sujets l'esprit qui apprend, et rend plus rapide la marche de l'acquisition.
Après la satisfaction du moment, vient la satisfaction associée ou à venir, par exemple, lorsque nous nous dévouons à quelque œuvre sans intérêt ou qui est pénible, mais de nature à nous procurer dans l'avenir une satisfaction. En général, on peut dire •que c'est une influence moins pressante, c'est l'influence du plaisir existant seulement en idée; toutefois, on peut y trouver tous les degrés d'intensité du motif, suivant la force delà représentation idéale du plaisir à venir. C'est sous Tinfluence de ce stimulant que nous nous adonnons à des études arides nécessaires à l'exercice d'une profession lucrative ou à la possession d'un objet vivement désiré. Les jeunes gens ne sont pas suffi-
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samment poussés par la perspective d'un plaisir loinlaiii, parce que la représentation idéale de ce plaisir n'a pas chez eux assez de puissance; aussi ne s'engagent-ils que uioUement dans la voie qui conduit au but.
Nous trouvons une troisième forme de concentration dans l'elfet produit par une peine présente infligée en vue de soustraire l'esprit aux causes de distraction ou de le détourner des sujets qui onten eux-mêmes un attrait supérieur. C'est le moyen extrême auquel il faut recourir pour affermir l'attention d'un élève dissipé. C'est un motif d'un ordre inférieur auquel on a recours à titre d'économie, mais dont on ne peut se passer dans les premiers temps de l'éducation. Par l'effet d'un artifice, on rend un objet relativement le plus attrayant. Il en est de même des peines à venir, eu égard aux différences de caractère qu'elles prés.entent, comme pour les plaisirs qui n'existent qu'en perspective.
Une excitation agréable^, pénible ou indifférente, a le pouvoir de produire la concentration intellectuelle. Une idée qui nous excite puissamment persiste dans l'esprit alors même qu'elle est pénible. le souvenir de cette idée s'y imprime profondément. Nous reviendrons bientôt sur ce genre d'influence.
Quand on expose les conditions générales de la rétentivité (ju mémoire, on manque rarement de signaler la vivacité ou l'xintensité d'une impression; c'est par la vivacité de l'impression que nous nous rappelons facilement les effets d'une odeur intense, un discours prononcé avec chaleur, un incendie. Cette condition rentre pourtant dans la concentration de la force mentale et nerveuse due à l'excitation émotionnelle. Séparée des sentiments qui l'accompagnent, une idée est plus ou moins nette et claire, mais à proprement parler elle n'est pas plus ou moins intense. Qu'une impression soit aisément lisible, c'est tout ce que l'intelligence réclame ; l'assistance fournie par l'éclat descaractères, comme par exemple lorsque dans une illumination publique nous lisons des devises écrites en jets de gaz, est une espèce d'excitation qui assure une intensité insolite d'attention ou de concentration d'esprit.
Si nous comparons un objet nettement dessiné avec un autre dont les contours sont effacés et obscurs, la mémoire en reçoit deux impressions qui diflercnt grandement l'une de l'autre; cependant la dilférence n'est pas seulement dans le degré, elle est
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dans l'espôcr. Los mois rlj cl intense ne soni ai)i)li('al)les qu'an (ijj;iiré. A moins (l'nniMliUorencc décisive, c'esl-j^-diic d'nncontraslo, l'espril n'est pas impressionné du tout ; tout ce qui favorise l'apercepti()ndu(U)ntrasleravoriseIe ju<^emenl({nidistingue, et implante pins profondément l'impression. Toutefois ces eonditions api)arli(Muienl à la propriété dUcriminalive de l'intelligence, el nous n'avons pas à les reproduire ici parmi celles qui .se rattachent à la fonction rétentive.
III. Il semble que choque indiuidii ait pour caractère spéci fîque un certain degré de rétentivilé générale, ou une certaine aptitude pour l'acquisition intellectuelle en général. Nous constatons une grande irrégularité dans le progrès d'élèves placés à peu près exactement dans les mômes circonstances. Souvent la différence n'existe que pour certaines branches de l'étude, les arts mécaniques, la musique, le langage; on peut la rapporter à des facultés spéciales et locales, comme la sensibilité musculaire, l'oreille musicale, etc. Cependant il y a beaucoup d'exemples d'individus qui manifestent des aptitudes supérieures dans tous les genres d'acquisition; ils possèdent une faculté qu'on pourrait appeler une faculté générale de rétentivité.
A mesure que nous avancerons nous signalerons les circonstances modificatrices d'une espèce locale particulière à chaque classe d'acquisitions. Pour ce qui est de la classe qui nous occupe, les mouvements, les conditions spéciales semblent être celles qui suivent :
1° La force corporelle ou simple vigueur musculaire doit être considérée comme une condition favorable à l'acquisition. Nonseulement c'est la preuve d'une vitalité considérable des muscles, qui accompagnent probablement leurs aptitudes acquises, mais c'est aussi l'indice qu'ils peuvent, sans fatigue, continuer longtemps les opérations qui leur sont imposées.
2" La spontanéité ou le tempérament actif se distingue de la simple force musculaire ; c'est un penchant naturel à une activité musculaire énergique, il faut y voir non pas une propriété du tissu musculaire, mais des centres nerveux dans la partie active du cerveau. Il y a donc une probabilité, sinon une certitude que cette faculté s'accompagne d'une plus grande facilité dans l'association des mouvements. L'observation s'accorde avec cette manière de voir. On rencontre ordinairement des hommes
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(loués d'une riche activité naturelle, qui font d'habiles artisans, de bons chasseurs, et qui excellent dans le maniement des armes.
3" La délicatesse ou la faculté de discrimination musculaire est d'une plus grande importance encore; cette qualité n'est pa> nécessairement impliquée dans l'une de celles qui précèdent, quoiqu'elle se rapproche beaucoup de la seconde. La faculté de discerner les fines nuances du mouvement musculaire se retrouve à la base de tous les genres d'adresse musculaire. Nous ne manquons pas de faits qui prouvent que partout où la délicatesse delà discrimination se retrouve, il existe aussi une faculté spéciale de retenir ce genre d'impressions. La condition physique de cette propriété est l'abondance des éléments nerveux, fibres et cellules, c'est aussi de là que naît l'aptitude à former des groupes variés et des associations fixes.
Il ne faut pas oublier de mentionner parmi les conditions de la rétentivité la vigueur physique en général, et ceux de ses modes qui sont la contre-partie delà vigueur mentale en particulier. Toutes les autres conditions restant les mêmes, l'acquisition est plus rapide pendant la santé et quand tous les organes sont en bon état. Quand les forces de l'organisation affinent vers le système nerveux en général, il y a une exubérance naturelle de toutes les manifestations mentales; l'activité de l'esprit devient alors compatible avec une grande faiblesse du corps, mais elle ne l'est jamais avec les circonstances qui portent atteinte à la nutrition du cerveau.