‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 73 sur 146 · SENTIMENTS IDÉAUX DU MOUVEMENT · texte numérisé non relu

SENTIMENTS IDÉAUX DU MOUVEMENT

rcH'l, nous préseiUcMit un cas nouveau du principe d'association, un cas d'un grand inlérôL et qui nous introduit dans le domaine de la pensée.

Les règles dont nous ne voulons pas nous départir dans notre exposition nous l'ont une nécessité d'étudier d'abord le passage qui conduit du monde extérieur au monde intérieur, de la réalité à l'idée, le plus grand hiatus de la science qui nous occupe. Quel est le siège probable d'une sensation ou d'un sentiment machinal ; comment se (îxent-ils, pour persister après que le l'ait qui les a causés a cessé d'être, ou pour se réveiller en l'absence de toute réalilé? Pour examiner cette question nous sommes obligés d'interrompre pendant quelques pages l'exposition de la loi de l'association par contiguïté.

Tous les sentiments musculaires peuvent durer quelque temps encore après que la cause physique qui les produisait a cessé. Toutes les sensations des sens peuvent durer de même plus ou moins, avec plus ou moins de facilité ; et elles peuvent ensuite être réveillées comme idées par la fonction d'association. Quel est donc le mode d'existence de ces sentiments dépourvus de leur support extérieur et de leur cause première? Sous quelle forme particulière possèdent-ils, occupent-ils le système mental et cérébral? Cette question comporte deux réponses ou suppositions différentes, l'une ancienne et de beaucoup la plus répandue, l'autre nouvelle mais mieux fondée. D'après la notion ancienne, le cerveau serait une sorte de réceptacle des impressions des sens, où elles resteraient accumulées dans un magasin séparé de l'appareil de réception, pour en sortir de nouveau et se manifester à l'esprit quand l'occasion le réclame. La théorie moderne du cerveau que nous avons développée dans notre introduction, suggère une manière de voir tout autre. Nous avons vu que le cerveau n'est qu'une partie du domaine où s'exerce la force nerveuse; que ce domaine comprend les nerfs et les extrémités périphériques des diverses parties du corps; que l'action nerveuse suppose des courants qui parcourent ce domaine, allant des ganglions centraux aux organes des sens et du mouvement, et vice versa; enfin que faute d'une communication complète entre les ganglions centraux et les parties, il n'y a pas d'action nerveuse. L'idée d'une chambre cérébrale fermée est radicalement incompatible avec la véritable manière d'agir des

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nerfs. Si donc unesensation, pour commencer parla sensation, répond des courants nerveux à travers le cerveau en les dirigeant vers les organes d'expression et de mouvement, la persistance de la sensation après la cessation de la cause extérieure ne peut être que la continuation des mêmes courants, moins intenses peut-être, mais ne présentant aucune autre différence. L'ébranlement qui reste dans le cerveau après le bruit du tonnerre doit suivre les mêmes voies et y agir de môme que pendant le bruit actuel. Nous n'avons aucune raison de croire que dans cette condition où l'impression se maintient d'elle-même, l'impression change de siège et passe dans de nouvelles voies qui auraient la propriété de la retenir. Toute partie mise en jeu après le choc doit avoir été mise en jeu par le choc, seulement avec plus de puissance. A cette seule différence d'intensité près, le mode d'existence d'une sensation qui persiste après le fait qui l'a causée, est essentiellement le même que celui qu'elle nous présente pendant le fait ; les mêmes organes sont engagés, les mômes courants circulent. Nous voyons dans la continuation de l'attitude et de l'expression les mêmes phénomènes externes, et ces phénomènes sont les effets de la même force qui se décharge dans le même sens. En outre, l'identité que nou^ constatons dans le mode de conscience implique que l'action à l'intérieur du cerveau n'a pas changé de nature.

Or, s'il en est ainsi des impressions qui persistent après que la cause a cessé, comment envisagerons-nous les impressions reproduites par les causes mentales seules, sans l'aide de l'original, comme dans la remémoration ordinaire? De quelle manière le cerveau est-il occupé par un sentiment ressuscité de résistance, un odorat, un son? Il n'y a qu'une réponse qui semble admissible. Le sentiment renouvelé occupe les mêmes parties, de la même manière que le sentiment original^ et aucune autre partie , ni d'aucune autre manière appréciable. Nous pensons que si les premiers métaphysiciens avait connu le cerveau comme nous le connaissons, ils n'auraient pas admis d'autre hypothèse. En effet, où un sentiment passé pourrait-il être restauré, sinon dans les mêmes organes où le sentiment avait son siège quand il était présent ? C'est seulement par ce moyen que son identité peut être conservée ; un sentiment qui aurait un siège différent serait un sentiment différent.

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Cepciulaiil il y a des l'ails (jiii lucUoiit sons un jour plus vil' l'c'lli' réocrupalioii des lieux s(MisiI)l('s ])ai' des ini|)ressions renouvelées. Prenons d'aljord la uiénioire des inipressionsd'une aelion l'orte, par exemple (juand nous nous rappelons les efforts <[ue nous avons la ils hier. C/esl une ciictonslance bien connu(i que si le souvenir de ces elVorts enlraine une grande excitation, nous avons beaucoup de peine à nous empêcher de les répéter. L'impression aiMivahi les mêmes voies qu elh; avait déjiï parcourues et occupé les mêmes nuiscles ; elle irait jusqu'à les stimuler ellcctivementù produire la répétition des mêmes mouvements. Un enfant ne peut décrire une scène à laquelle il a pris part sans la mimer autant que les circonstances le permettent. Un chien qui rêve remue les})attes et quelquefois aboie. Il ne faut pas moins qu'un elfort exprès de la volonté pour supprimer la scène entière d'une restauration complète, et souvent nous sommes incapables de cet etibrt. Si le souvenir était porté dans une chambre particulière du cerveau, il ne presserait pas de la sorte sur les organes du corps qui ont joué un rôle dans la scène actuelle. Il n'y a qu'une explication possible, c'est que la chaîne de sensations est rétablie dans la môme partie qui a pour la première fois vibré sous le stimulus original, et que notre souvenir n'est qu'une pure répétition, laquelle d'ordinaire ne va pas jusqu'à la reproduction complète de la scène actuelle. Nous ne pouvons en donner de meilleurs exemples que les souvenirs vocaux. Quand nous nous rappelons le souvenir d'un mot ou d'une phrase^, si nous ne les prononçons pas, nous sentons les organes s'agiter jusqu'au moment où ils seraient arrivés au bout. Les parties qui articulent, le larynx, la langue, les lèvres, sont sensiblement excitées; un articulation supprimée est la matière du souvenir, la manifestation intellectuelle, Vidée de la phrase. Il y a des personnes dont les nerfs sont faibles et incontinents, qui ne peuvent guère penser sans marmotter ; elles se parlent à elles-mêmes. L'excitation des parties peut être très -légère, elle peut ne pas aller jusqu'à affecter sensiblement les muscles, mais dans le cerveau et les nerfs qui l'unissent à ces muscles, elle suit les mêmes voies, bien qu'avec une intensité moindre. Les besoins de l'intelligence peuvent ne pas être satisfaits, même après cet extrême affaiblissement des courants, mais leur nature et leur siège n'ont i)as changé. Parce qu'ils ne donnent pas lieu à une prononciation à haute voix, ils n'ont pas abandonné les sentiers de l'articulation

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réelle; ils ne se sont pas réfugiés dans de nouvelles chambre> cérébrales. Nous sentons à chaque instant combien il est aisé do convertir les idées en actions, il n'y faut pas plus que pour rendre un sifflement sensible à l'ouïe, une pure addition de force mécanique suffit. Si l'idée tend à produire le fait, c'est que l'idée est déjà le fait sous une forme plus faible. Penser c'est se retenir de parler ou d'agir. S'il existe une disposition à bâiller, l'idée de quelque façon qu'elle soit introduite, excitera Faction. L'effort suppressif qui accompagne d'ordinaire les idées d'action , qui en fait des idées en les empochant d'être des mouvements, est trop faible dans ce cas, et l'idée devient une répétition complète de la réalité.

Bien que nous soyons engagés dans l'étude qui doit nous expliquer l'association des sentiments musculaires, il nous semble utile de présenter quelques exemples analogues tirés des sensations passives, parce que la doctrine qui nous occupe convient à tous les états de l'esprit. Mûller en a donné plusieurs qu'il a trèsbien choisis, (c La simple idée d'un goûl nauséeux, dit-il, peut exciter la sensation même jusqu'à produire le vomissement. La qualité de la sensation est la propriété du nerf sensilif qui est ici excité sans l'intervention d'aucun agent extérieur. La simple vue d'une personne qui va passer un instrument tranchant sur ^ du verre ou de la porcelaine suffit, selon la remarque de Darwin, pour exciter la sensation bien connue de l'agacement des dents. La simple pensée d'objets susceptibles de faire frémir, quand ils sont présents, suffit pour provoquer la sensation de frisson chez les personnes habituellement irritables. Les sens supérieurs, la vue et l'ouïe, subissent rarement ce genre d'excitation pendant la veille, et très-fréquemment pendant le sommeil et les rêves; en effet, les images des rêves sont vues réellement (sous l'action de l'opium, les images sont vues actuellement) et non-seulement par l'imagination, chacun peuts'en convaincre sur lui-même en s'habituant régulièrement à ouvrir les yeux quand il s'éveille après un rêve. Les images du rêve sont quelquefois encore visibles, on peut les observer tandis qu'elles s'elfacent graduellement. Spinoza l'avait remarqué, et j'en ai fait moi-même l'épreuve, p. 945. » Nous pouvons citer nous-mêmes un autre exemple frappant, c'est le fait que la vue d'un aliment produit chez l'animal affamé un jet de

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