SENTIMENTS IDÏ^:AU\ DU MOUVEMENT
salivo. Les physiologistes se procuicnl de la salive; poui' leurs expériences en pliu-anl un morceau savoureux sous les yeux d'un rliien.
(les exemples et d'autres (pi'ou pourrait citer conlirmeut pleiueuHuU ce ([ue nous avons dit (pie dans la sensation réveillée les couianls nerveux retournent exactement dans les voies qu'ils ont déj;\ parcourues. Nous voyons cpic lorstpie le réveil esti)uissanl, il va jusqu'à exciter la surface de l'organe sensible lui-même par une sorte de mouvement rétrograde. L'idée d'un coup sur la main peut aller jusqu'au point d'irriter et d'enflammer edectivement la peau. L'attention fortement dirigée sur un point du corps, le gros orteil par exemple, est capable d'y produire une sensation distincte qui s'explique par la supposition du réveil d'un courant nerveux qui s'y porie, et y produit une espèce de fausse sensation, c'est-à-dire par une impression du dedans qui contrefait les impressions qui agissent du dehors dans la sensation proprement dite. (Voyez les écrits de M. Braid (de Manchester) sur l'Hypnotisme, etc..)
Les émotions et les passions qui se distinguent des sensations, tout en les accompagnant souvent, se manifestent semblables dans la réalité et dans l'idée. La colère produit les mêmes effets dans l'organisme en face d'une personne présente qui la provoque, ou au souvenir d'une personne que l'esprit se représente. On n'a jamais supposé dans ce cas que la passion idéale fût en quelque façon différente de l'actuelle, ou qu'elle eût un autre cours ou un autre siège dans le cerveau. De même pour l'aflection, l'égoïsme, la crainte, ou tout autre sentiment ou passion. Pareillement le souvenir d'avoir été en colère, gonflé de vanité, ou effrayé, réveillera des étals identiques et mettra en jeu la môme partie, quoique l'onde centrifuge qui en résultera ne soit peut-être pas assez forte pour agiter la surface aussi fortement que l'aurait fait une passion originale. Le souvenir des sentiments intenses est nécessairement plus faible que la réalité; les souvenirs de quelques-uns des sensations et des sentiments les moins troublants quand ils sont en action, peuvent être tout à lait égaux à la réalité. Il nous est plus facile de fournir la dépense nécessaire au réveil des émotions douces et gracieuses.
La tendance d'une idée à devenir la réalité est une source
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distincte d'impulsions actives dans l'esprit. Notre principale faculté active est la volonté ; sa nature est de nous pousser au plaisir et de nous détourner de la peine. Mais la disposition à partir d'un simple souvenir, d'une simple imagination, ou d'une simple idée, pour passer à l'action qu'ils représentent, non-seulement à penser un acte, mais à le faire, est aussi un principe déterminant de la conduite humaine, qui se met souvent en opposition avec l'action régulière de la volonté, telle que nous venons de la définir.' La plupart du temps cette tendance est neutralisée ; dans les circonstances ordinaires même, elle ne se manifeste pas avec une grande force ; en sorte que nous pouvons ne pas la comprendre parmi les motifs des actions.Ily a pourtant des circonstances 011 elle joue un rôle considérable et même prépondérant dans la conduite de l'homme. Le somrned rnagnétique__nous en offre le plus bel exemple ; nous y voyons entre autres effets curieux que le sujet est accessible aux idées d autrui, qu'elles s'éveillent en lui, alors que les sens et l'esprit ne sont pas susceptibles de recevoir rien du dehors, et sont complètement plongés dans le sommeil et l'inconscience. L'attention que nous portons aux objets qui nous entourent, occupe le premier rang parmi les circonstances qui règlent nos actions ; l'influence de nos idées est ordinairement subordonnée à celle des réalités présentes. Dans le sommeil l'esprit est mort à la réahté, et plus ou moins éveillé au courant des idées ; dans le somnambulisme et le sommeil magnétique, et à un moindre degré dans les rêves ordinaires, nous accomplissons nos idées jusqu'au bout, tandis que la force qui d'ordinaire fait échec au pouvoir des idées est paralysée.
Dans les moments de veille, il est de règle générale que les idées n'agissent pas elles-mêmes ; leur pression est si faible qu'elle reste toujours sujette de la volonté, et qu'elle suboidonne son opération à celle des motifs de la volonté. Mais il y a des circonstances oii une idée possède l'esprit avec tant d'empire qu'elle agit en opposition avec la volonté et par conséquent en opposition avec les intérêts que la volonté sert, la cessation de la peine et l'avancement du plaisir. Cette possession puissante est d'ordinaire la conséquence d'une grande excitation qui accompagne une idée, ou qui s'empare de l'esprit plus complètement que de coutume, en vertu de laquelle
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l'idéo \\c passe pas (Miiporléc par les (îouraiits inlcllcduels, mais iTsIc cl j)r('Ml()iiiin(' sm- toulc aiilic pensée (pii deiuaiule ratUMilioii.
(Vost dans le^ ell'els «le la crainie (iirmi voil le mieux l'empire (i'ime idée. Uiiand im (>l)iel cause de la riayeiii', l'idée de ce! objet s'imprime sur l'esprit avec une intensité correspondante au (lei;ré de la frayeur. Les actions de l'homme se confor- ' ment h cette idée etnonà ses proprets volitions. ^'oici um; mère frappée de terreur par Tidée d'un danger qui menace son enl'ant ; elle n'est plus capable d'agir pour le mieux, une seule idée exagérée gouverne toute sa conduite. La force qui la fait agir n'est pas la volonté ; c'est une force purement intellectuelle, portée au paroxysme par une seule idée. L'action saine et régulière de la volonté, qui tend à la suppression de la peine et à la production du plaisir, devrait agir pour subjuguer l'étal de terreur de manière à laisser l'esprit dans une condition froide et calme, où il puisse apprécier le danger à sa vraie valeur, et le mettre en balance avec les autres intérêts. Mais la passion de la crainte est trop forte pour la volonté. L'idée gouverne en despote.
Les idées purement pénibles même quand elles ne causent pas la frayeur parviennent à prédominer sur la volonté. Le simple fait qu'une idée est désagréable devrait exciter la volonté à la chasser, et nous y réussissons souvent; mais il arrive aussi que quelquefois l'intensité de la peine est telle qu'elle l'imprime dans l'esprit et que nous ne pouvons nous empêcher de la réaliser à notre détriment môme. Les dégoûts exercent souvent cette prépondérance où la volonté n'est pour rien.
La fascination qu'exerce sur l'homme la vue d'un précipice est un exemple bien connu de la même tendance. L'idée d'un corps qui tombe est suggérée avec tant d'intensité, qu'un effort de volonté est nécessaire pour préserver le spectateur de la réaliser sur sa propre personne.
On a souvent remarqué qu'un souvenir pénible poursuit une personne durant toute la vie. C'est une susceptibilité anormale à subir l'influence d'une idée, une sujétion morbide de l'intelligence à la volonté. La folie est le point culmi- Tiant de cet accident. Les fous sont généralement des victimes d'une impression morbide. Accidentellement cette
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impression peut leur procurer du plaisir, comme lorsque le> idées prennent la forme d'une vanité exorbitante; le plus souvent pourtant l'idée est sombre, et pourtant elle domine les actions.
Nous n'avons pas d'autre moyen d'expliquer le grand luit appelé sympathie, pitié, compassion, désintéressement, que de faire intervenir cette tendance d'une idée à se réaliser. Nous pouvons concevoir les peines d'autrui par l'expérience que nous avons des nôtres ; et, quand nous les concevons, nous nous sentons portés aux mêmes démarches pour les soulager que si elles nous affectaient nous-mêmes. Nous tombons sous la domination de l'idée de peine sans que rien y corresponde ; et cette idée nous porte à agir comme si elle représentait une réalité de notre propre expérience. Voir quelqu'un souifrir de la faim et du froid, c'est concevoir ces états pénibles; la force de l'idée conduit ensuite à soulager la souffrance qui l'a produite. Sans quelque idée dominante, nous ne savons rien dans l'esprit humain qui puisse nous faire sympathiser avec les plaisirs et les peines d'autrui. La volonté tend d'ordinaire à nous procurer des plaisirs et à nous éviter des peines. A la rigueur il n'y a que cela qui nous intéresse. Tout orgariisme est plus ou moins formé pour travailler à sa propre conservation; et il semblerait à première vue qu'il est indifférent d'aller au delà. La pure opération de la volonté, telle que nous l'avons toujours comprise, est limitée à la conservation personnelle. Mais l'intelligence qui peut avoir des idées de la condition mentale des autres êtres vivants, tend à faire de ces idées des réalités, ou bien nous porte à agir comme ces idées nous porteraient à agir si les peines ou les plaisirs affectaient notre personne môme. Voilà ce que sont la sympathie et l'action désintéressée, faits qui appartiennent réellement à la constitution de l'esprit, bien qu'ils ne se manifestent pas également chez les divers individus.
L'ambition et les aspirations de l'homme rentrent plutôt dans le domaine des idées fixes, que dans celui de la volonté que les plaisirs mettent en action. 11 est vrai que les choses auxquelles nous aspirons sont d'ordinaire combinées en vue du plaisir que nous en devons retirer, et pourtant il nous
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ai'rivo souvent de nous ahaiuloimcr à des aspirations idéales irréalisables, ([iw, nous uiépriseiious el rejellerions si nous étions îuailres de nous-nuMnes. Par malheur (U'iiaines notions de pouvoii', de richesse, de grandeur, se sont implantées dans notre es])rit, y ont pris racine, et y pervertissent le cours régulier de la Nolonlé, (jui nous conduisait à renoncer à tout ce ({u'ou ne peut es[)érer de réaliser, ou qui ne vaut pas leseflorts qu'il coùterail. Les ex[)ressions, ambition insensée, idée fixe, fascination irrésistible, servent à désigner ce phénomène trop commun.
Les regrets que nous font éprouver les objets que nous avons perdus sont en général disproportionnés au plaisir que ces objets nous procuraient. Nous pouvons ressentir un regret sincère et profond pour la perte de quelque parent qui était pour nous un lourd fardeau sans compensation d'aucune sorte. A ne considérer que nos plaisirs et nos peines, cette perte ne devrait nous causer que du soulagement et de la satisfaction ; mais il n'est pas si facile de bannir à ce point une idée famihère bien que pénible ; l'oubli augmenterait notre bonheur, mais ce n'est pas une raison pour que nous puissions oublier. Les pensées durent en vertu d'une loi où la volonté n'a point de rôle, et non-seulement elles durent, mais elles interviennent dans le cours de nos actions et dans la poursuite de nos intérêts (1).
La doctrine que nous défendons n'est pas une spéculation vide ; si elle est vraie, elle aura des conséquences pratiques importantes;
(1) A parler correctement, la détermination de l'induence des idées fixes est l'œuvre de deux forces. L'une est la tendance de l'idée d'une action à devenir action; nous l'avons étudiée dans le texte. Celte tendance se manifeste sans alliage d'aucune autre dans la perpétration d'un crime privé, et dans l'action de la sympathie en général.
L'autre force est la tendance d'une idée à persister dans l'esprit, en conséquence de son intensité, ou plutôt de l'intensité du sentiment qui l'accomjjagne. Dans toutes circonstances, une forte excitation mentale contrecarre le pouvoir de la volonté. Il peut être de notre intérêt de bannir une idée parliculière et de donner accès à d'autres idées que nos facultés inlellectuelles sont en état de nous fournir; pourtant quand un sentiment, plaisir ou peine, ou une excitation indifférente au plaisir ou à la peine, s'est allié avec une idée, la force de l'association intellectuelle et celle de la volonté sont également impuissantes à déloger cette idée. C'est ce qui empêche l'homme en proie à la peur de suivre les indications de son propre intérêt bien entendu.
elle nous sera d'une grande ulililé pour déerire la pensée et l'opération de la pensée; elle nous aidera à localiser les mode.'v de celte opération, en sorte que les expressions, qui ailleurs ne seraient que figurées, deviendront littérales. Nous pourrons dire que l'imagination des objets visibles est une opération de vision, l'imagination d'un musicien de l'audition, et que les fantaisies du cuisinier et du gourmand sont des impressions qui chatouillent le goût.
L'identité entre les sentiments actuels et les sentiments réveillés abrège notre travail en nous permettant de rapporter à ceux-ci une grande partie de la connaissance que nous avons de ceux-là. Les propriétés que nous avons reconnues dans la sensation actuelle conviennent sauf quelques réserves à la sensation idéale. Ainsi les qualités du sens de la vue dans une personne, comme par exemple sa faculté discriminative, appartiennent également aux idées visuelles. C'est à ce point de vue qu'on peut dire que les sens sont la clef de l'inlelligence.
Revenons maintenant à l'association des sentiments du mouvement. Il arrive généralement que si nous pouvons faire un mouvement actuellement, nous pouvons aussi le faire mentalement. C'est ainsi que nous pouvons suivre dans l'esprit les s différents mouvements d'une danse, ou en d'autres termes les sensations des évolutions successives qui ont contracté ensemble une association, aussi bien que les mouvements euxmêmes. Toutefois, ce n'est pas à dire que l'association des mouvements actuels et celle des mouvements mentais se déroule d'une manière exactement parallèle et que l'une esl aussi parfaite que l'autre. Il arrive fréquemment qu'un artisan est capable de fair^tous les temps d'une opération, tandis qu'il est incapable de les suivre dans sa pensée; la preuve c'est qu'en les décrivant il en oublie, et qu'il ne se les rappelle que lorsqu'il opère. Dans ce cas, les actions ont plus d'adhérence entre elles que n'en ont leurs traces mentales. Il n'est pas facile de citer un cas qui prouve la contre-partie, c'est-à-dire une série d'actions qui pourrait être répétée mentalement sans pouvoir l'être physiquement; en effet comme les actions mentales s'accomplissent dans les mêmes cercles, il suffit d'ordinaire d'une volition, et souvent seulement de la suppression d'un
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obstacle, |)Oiir les porter au poiiiL où (.'lies inetlcnt eu jeu les nuise] es.
La voix nous Iburnira le plus «•rand nonihi'e (rexemples de l'associai ion des pures impressions d'ac-tion musculaire. La plupart des autres cas sont tellement compliqués de sensation qu'ils ne répondent pas au but ({ue nous avons en vue maintenant. Le langage nous oIFre une succession d'actions fixées en séries par association, et qu'on peut réaliser soit actuellement, soit mentalement i\ volonté, l'action mentale n'étant rien qu'un murmure ou un chuchotement au lieu d'une énonciation à pleine voix. L'enfant peut réciter sa leçon aussi bien à voix basse qu'à haute voix. Nous pouvons même apprendre à parler mentalement et sans donner de la voix le moins du monde, c'est-à-dire nous pouvons nouer entre les mouvements du langage des adhérences mentales. Les écoliers ne cessent pas de le faire, car en lisant leurs livres ils ne prononcent pas les mots avec la voix ; chez eux l'association de l'articulation se fait dès le début dans les cercles de l'idéation. Les enfants qui apprennent leurs leçons à l'école doivent apprendre de cette manière la succession des mots.
En règle générale, il vaut mieux répéter les exercices verbaux à haute voix, s'ils doivent se faire à haute voix, de même que pour les autres opérations mécaniques. Le sens de l'ouïe vient en aide aux liens d'association. Quand on en vient à l'exécution actuelle, on met en jeu un courant à la fois plus énergique et d'une plus grande portée, en ce qu'il comprend la pleine opération des muscles. Dans les premières acquisitions que l'enfant fait à l'école, où chaque mot a besoin d'être prononcé à haute voix par le maître, la répétition sur l'audition est le meilleur procédé qu'on puisse employer; plus tard, quand nous suivons uniquement par la pensée un grand nombre de mots, comme les anneaux d'une chaîne d'actions silencieuses, nous n'avons plus besoin de recourir à la parole à haute voix ; ce serait une perte de temps et d'exercices musculaires tout à fait inutile (1).
(1) Dans la méditation, nous ne cessons de former de nouvelles combinaisons, que nous pouvons retenir d'une façon permanente si nous y avons prêté une attention suffisante. L'n orateur qui médite une harangue compte BAIN. 20
306 tï>i^ l'intelligence.
Les circonstances qui favorisent l'association des idées de mouvement en séries, sont encore celles que nous avons déjà fait connaître à propos des mouvements actuels. Il y faut une certaine répétition, plus ou moins, selon que les autres circonstances, c'est-à-dire les conditions générales de la concentration et de la rétentivité, et les conditions spéciales, la force musculaire, la spontanéité, la distinction, sont plus ou moins favorables.
Il est permis d'admettre qu'il y a chez un même individu un caractère commun à tous les organes actifs, une activité de tempérament qui se révèle dans toute espèce d'efforts, dans les membres, dans la voix, dans les yeux, dans chaque partie qu'un muscle fait mouvoir, ou bien une faiblesse paresseuse qui laisse son empreinte sur toutes les fonctions. Mais ce caractère n'exclut pas les difTérences spécifiques de propriétés que nous observons dans les divers membres et qui rendent les mouvements plus cohérents dans l'un que dans les autres. C'est ainsi qu'un développement spécial des organes de l'articulation, la voix, la langue et la bouche, peut être le résultat de la supériorité qui existe dansles centres correspondants.
, III. — i^en^ations du ineiue $ieu$».
Association des sensations d'un même sens. — Effets de la répétition sur Jes sensations isolées. — Sensations du tact. — Sensations de l'ouïe, succession des sons, musique, articulation, élocution. — Sensations de la vue, formes naturelles, scientifiques, arbitraires et artistiques. — Surfaces colorées. — Conilitions d'où dépend la fixation des apparences visuelles. — Union de ces conditions dans les opérations primiiives de Tintelligence. — Perturbation apportée dans l'opération de la contiguïté par la diversité des combinaisons des impressions. — Difficultés qui résultent de l'étendue et de la complexité des acquisitions ; mo^en de les surmonter.
Nous étudierons d'abord l'association (Jes impressions du même sens, c'est-à-dire des impressions homogènes, comme des tacts associés à des tacts, des sons à des sons, etc. Nous y trouverons des opérations très-intéressantes, la plupart de celles qui composent la première éducation des sens.
sur l'adhérence de ses séries mentales, bien qu'elles ne se composent que do pures idées, qu'il n'a point encore exprimées à haute voix.
SENSATIONS UU MEMIO SICNS. 30 7
Dans les sjmis inlérieurs, nous n'avons pas beaucoup d'exemples à choisir. Dans les sensations organiques, nous pourrions ril(M' l'allcnlc d'une série de sensations pénibles d'après l'appa- •vilion d'une autre série, comme dans une maladie.
Dans le goût môme, il est assez rare de trouver des sensations neltement associées. On pourrait imaginer des séries de goûts, telles que l'un d'eux suggérât les autres; mais les exemples réels en sont rares.
De même pour l'odorat. Si nous éprouvons fréquemment une succession d'odeurs dans un ordre fixe, il se formera une association entre les diverses impressions, et, par suite, quand l'une se présentera, toutes les autres se dresseront rapidement l'une après l'autre, sans le secours de l'expérience actuelle. A force de passer dans un jardin le long du môme sentier, nous pourrions acquérir une succession d'odeurs, et par l'une pressentir la suivante, ainsi que font les chiens probablement.
Nous trouvons rarement dans la conscience des séries de goûts ou d'odeurs. 11 nous est diflicile de les reproduire pleinement; ce que nous reconstituons surtout, c'est le sentiment agréable ou pénible qu'elles causent. Il nous faut un grand effort d'esprit pour que nous parvenions à reconstituer une odeur qui nous est très-familière, celle du café ; nous réussirions beaucoup mieux peut-être si nous étions plus dépendants des idées de l'odorat; néanmoins il faut admettre que la restauration par la mémoire des idées de l'odorat, à Taide d'une simple association mentale, est très-ru dimentaire.
Cette considération nous amène à remarquer Teffet de la répétition/?owr déterminer r adhérence rV une simple impression. Le goût du sucre séparé de tout autre s'imprime de plus en plus dans l'esprit par l'effet de la répétition, et par suite devient graduellement plus aisé à retenir sous forme d'idée. L'odeur d'une rose, après mille répétitions, est plus près d'atteindre la faculté de persister indépendante, sous forme d'idée, qu'après vingt. Il en est ainsi de tous les sens, inférieurs ou supérieurs. Indépendamment de l'association de deux ou de plusieurs sensations distinctes en un groupe, ou en une série, il se fait une opération de fixation qui gagne du terrain chaque fuis que la même sensation se répète, qui la rend plus aisée à retenir quand la sensation originale est effacée, et plus vive quand, par l'effet de l'asso-
dation, elle vient plus tard à se reproduire sous forme d'idée. Cette opération joue un grand rôle dans l'éducation des sens. Les plus simples impressions du goût, de l'odorat, du tact, de l'ouïe et de la vue ont besoin de répétition pour durer par elles-mêmes; même dans le sens dont les sensations ont au plus haut degré le pouvoir de durer, la vue, les impressions qui affectent l'esprit du petit enfant par exemple, et qui n'excitent pas un sentiment énergique, sont de nature à s'évanouir dès que la vue se détourne. Nous pourrions donner des exemples de cette première période de l'histoire de notre faculté rélentive, mais nous n'en connaissons aucune application importante où nous ne retrouvions aussi une opération d'association de plusieurs sensations. Il est cependant à propos de remarquer que l'affermissement des impressions séparées, qui les dispose à exister en idée, ne cesse pas de se faire tout le temps que les anneaux de la chaîne continuent de se fermer.
Dans leta£t, nous avons reconnu plusieurs classes de sensations, les unes purement émotionnelles, comme les contacts doux et les contacts piquants, les autres jouant un rôle dans les perceptions intellectuelles, comme les températures, la rugosité, la dureté, le poids, le volume, etc. Toutes ces sensations ^sont susceptibles de tomber sous l'action du principe d'association; nous nous bornerons cependant à suivre l'action de ce principe sur celles de la seconde classe, c'est-à dire sur les sensations qui contribuent au développement de l'intelligence.
La sensation d'une surface, avec ses détails, est une chose complexe; c'est un agrégat d'impressions faites sur la peau, arrangé d'une certaine manière, et doué d'une certaine intensité. La surface d'une brosse présente un grand nombre d'impressions à la fois; ces impressions doivent contracter une certaine cohésion, pour que la sensation dans son entier survive à l'attouchement actuel. Il faut qu'elles maintiennent leur coexistence, et reparaissent e^ masse après quelque temps. Quand on compare une surface avec une autre, par exemple quand on choisit une brosse à dents, il suffit qu'une impression complexe d'une brosse survive quelques secondes tandis qu'on touche l'autre; quand on compare une brosse avec une autre qui est depuis longtemps hors de service, il faut que la permanence de l'impression soit beaucoup plus ferme. Il en est de même des impressions des