‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 9 sur 146 · BAIX · texte numérisé non relu

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sons (le (Icpoiii'vii (réleiuluc, c'est-à-dire tout ce qui n'est pas la matière ou l'espace. Un arbre qui possède l'étendue est une partie du monde-objet ; un plaisir, une volition, une pensée, sont des faits du monde-sujet, de Tesprit proprement dit.

Ainsi l'esprit peut se délinir par la méthode d'opposition, c'est-à-dire comme un résidu que l'on trouve après que l'on a retranché le monde-objet de la totalité de notre connaissance. 11 est facile de définir, de circonscrire le monde-objet ; nous nous servons pour cela d'une propriété que nous comprenons fort bien^ l'étendue. Par suite, l'autre partie de la connaissance, l'esprit, peut être circonscrite avec autant d'exactitude. Mais il s'en faut que cette définition négative, bien qu'elle soit précise, indique toute la portée de la science de l'esprit. Ce n'est pas tout que de remplacer, pour parler plus correctement, les adjectifs interne et externe par les noms sujet et objet, il faut constater encore que la connaissance de l'objet est une partie de la conscience, c'est-à-dire de Tesprit. Si l'étude des propriétés de l'objet appartient à d'autres sciences, il n'en reste pas moins que les fondements, les racines de ces propriétés, doivent être cherchés dans la science mentale. 11 est possible de résumer toutes les manifestations proprement mentales en un petit nombre de propriétés générales, dont l'énumération, ou pour parler plus rigoureusement, la division, est la seule définition positive que l'on puisse donner de l'esprit.

Les phénomènes de l'esprit sont habiluellemenl répartis en trois classes :

1° Le sentiment qui comprend les plaisirs et les peines et bien d'autres choses. Les mots émotion, passion, affection, sont des synonymes du sentiment.

2" La oolition ou volonté qui embrasse toute l'activité en tant qu'elle est dirigée par les sentiments.

3" La pensée, intelligence, ou connaissance. Les sensations, comme nous le verrons plus tard se rangent en partie dans la classe du sentiment, en partie dans celle de la pensée.

Chacune de ces trois classes de phénomènes a ses caractères distinctifs ; en réunissant ces caractères on a une définition iXo l'esprit au moyen de l'énumération positive de ses qualités les plus compréhensives. 1 n'existe pas un fait ou propriété qui

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('inl)i';iss(' les trois classrs. Nous pouvons les désigner toutes les trois pai' un luènic lioni, nous pouvons appeler cet ensemble, esprit, sujet, substance inétendue, conscience, mais cela ne l'ail |)as (pTune propriété unique l'absorbe tout entier. La volonté est un fait distinct du sentiment bien qu'elle le suppose; la pensée n'est pas nécessairement renlermée dans l'une des deux autres propriétés.

Ouelques remarques éclairciront cette triple définition.

Premièrement. Pour savoir ce que c'est que le sentiment, il faut s'en rapporter à Texpérience personnelle de chacun. La chaleur qu'on ressent au soleil, la douceur du miel, le parfum des fleurs, la beauté d'un paysage, voilà des sentiments.

Les plaisirs et les peines sont tous des faits de cette catégorie; mais beaucoup d'autres états, tant simples que complexes, neutres quant au plaisir ou à la peine, en font aussi partie. Pour connaître toute la catégorie de nos sentiments il faudrait en faire une énumération complète; nous en pourrions tirer une déhnition générale du sentiment. Nous n'avons pas en ce moment à classer les sentiments ni à montrer leurs propriétés caractéristiques. Il nous suffit de déhmiter sommairement cette région de l'être mental, au moyen de la méthode négative que nous venons de voir à l'œuvre à propos de la définition de l'esprit en son entier : en effet, les caractères de la pensée et de la volonté sont assez clairs; ils nous fournissent donc d'excellents moyens de circonscrire le domaine du sentiment.

Remarquons que l'existence du sentiment est le signe de l'esprit qui s'offre le premier et sur la signification duquel on peut le moins se méprendre. Tous les membres du genre humain le possèdent ; tous les ordres du règne animal en offrent la manifestation. Les règnes végétal et minéral en sont dépourvus. Sans doute c'est en nous-mêmes seulement que nous trouvons la preuve directe de ce fait ; personne ne peut voir dans la conscience d'autrui. Mais en retrouvant chez les autres, et à des degrés différents chez les animaux, les apparences extérieures qui servent de cortège au sentiment chez nous-mêmes, nous en concluons naturellement que leur état mental ressemble au nôtre.

Deuxièmement. Tous les êtres doués d'esprit peuvent non-

/l INTRODUCTION.

seulement sentir, mais ofjir. Une manifestation de force en vue d'une fin est un signe de l'esprit. Manger, courir, voler, semer, bâtir, parler, sont des opérations qui s'élèvent au-dessus du sentiment. Elles dérivent de quelque sentiment à satisfaire; et c'est ce qui leur donne le caractère d'actions mentales, (juand un animal déchire avec les dents sa nourri tu re^, chasse sa proie, ou fuit devant le danger, le stimulus de son activité se trouve parmi ses sensations ou ses sentiments. A cette activité suggérée par le sentiment nous donnons le nom de volition.

Il est d'autres actions coordonnées, telles que la respiration, la circulation du sang, les mouvements de l'intestin, qui ne sont pas, comme les volitions, suscitées par le sentiment; ce ne sont pas des actions de l'esprit. On en forme une classe à part sous le nom d'actions réflexes. Examinées de près, on les voit se fondre par degrés insensibles avec les actions volontaires, mais ce n'est pas une raison de ne pas tenir compte de la distinction large et fondamentale qui les sépare ; les actions réflexes sont inconscientes, tandis que les actions volontaires sont conscientes.

Ce n'est pas le moment d'énumérer et de distinguer toutes les variétés de l'activité animale. Qu'il suffise de signaler comme la loi la plus générale de la volonté, que le plaisir provoque l'action pour se prolonger, s'accroître ou se renouveler, et que la peine provoque Faction pour se supprimer, s'amoindrir ou se prévenir.

Troisihneiiioit. La pensée, rintelligence, la coiinaissaMce. comprend les fonctions dites mémoire, raison, jugemeiU cl imagination. Le premier fait qu'elle implique est \\x distinction, le sens de la différence, par lequel nous connaissons qu'une sensation est plus intense qu'une autre, que deux sentiments ne sont pas de même espèce. Un autre fait est la similarité, le sens de l'accord, intimement mêlé au premier dans toutes les opérations de la pensée. L'acte mental qui identifie une impression mentale présente avec une autre passée, séparée de la première par un intervalle, est un fait de similarité. Un troisième fait de l'intelligence est la retcntivité^ communément appelée mémoire; cette faculté est nécessaire à l'exercice des deux autres : nous ne pourrions distinguer deux impressions successives, si la première ne persistait pas dans l'esprit pour être opposée à

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la seconde ; nous ne pourrions non plus identifier un senlinnent présent avec un sentiment qui n'aurait pas laissé de trace dans la pensée. La faculté de retentivité qui comprend tout ce qu'on ai)pelle mémoire, acquis, éducation, habitude, instruction, expérience, ne l'ail i)as délaut aux êtres inférieurs.

Plus un étal de conscience renferme de ces faits appelés distinction, comparaison, mémoire, plus il est un état intellectuel; plus il en est dépourvu, se résolvant alors en un plaisir ou une peine, [)]us il participe de la nature du sentiment. Le même état d'esprit peut avoir un côté intellectuel et un côté émotionnel, c'est ce qui arrive d'ordinaire; ces deux états de la pensée se fondent l'un dans l'autre par degrés insensibles au point qu'il n'est pas toujours possible de tracer entre eux une démarcation. Mais cette difficulté ne prouve rien contre la légitimité de leur distinction.

L'exercice de la pensée est aussi grandement mêlé avec la volonté, mais il est rare qu'on éprouve de la difficulté à distinguer les deux fonctions. 11 ne nous est guère possible d'exister dans un état qui soit exclusif; mais les nécessités de l'explication nous obligent à séparer dans la tbéorie ce qui est uni dans la réalité.

Les trois attributs que nous venons de passer en revue ont été plus ou moins nettement reconnus par les diverses classifications des phénomènes mentais qui ont été présentés jusqu'ici.

Dans l'ancienne division qui ne distinguait que l'entendement et la volonté, il semble que le sentiment ait été omis; il était pourtant compris dans l'une et l'autre de ces classes. La même remarque s'applique à la classification de Reid, double comme la précédente, qui divisait les facultés en intellectuelles et en actives. Le département du sentiment s'y trouvait en partie noyé danjf les facultés intellectuelles (les sens et les émotions du goût), et en partie mêlé dans les facultés actives qui comprenaient les affections bienveillantes et malveillantes.

Brown, qui n'aimait pas cette appellation d'activés, tomba dans l'extrême opposé, et proposa une classification oii le sentiment absorbait tout le domaine de la volonté. Il divisait les états mentais en affections externes, c'est-à-dire les sensations, et en nffertiom internes qu'il subdivisait en états intellectuels

de r esprit et en émotions. C'était faire trois classes : la sensation, l'intelligence, l'émotion. Il mettait en dehors de l'émotion tous les phénomènes ordinairement considérés comme actifs ou volontaires.

Hamilton divisait les phénomènes de l'esprit en trois catégories : les phénomènes de cognition, les phénomènes de sentiment, ou de plaisir ou de peine, et les phénomènes de conation, ou de volonté et de désir, c'est-à-dire qu'il posait l'intelligence, le sentiment et la volonté.

Un physiologiste distingué, M. Sharpey, a divisé les fonctions psychiques du système nerveux en quatre classes : les fonctions purement intellectuelles, opérées par l'organe du cerveau, ne sont pas provoquées immédiatement i^ar un stimulus extérieur et ne se révèlent pas par des actes extérieurs ; les sensations, pendant lesquelles l'esprit devient conscient par l'organe du cerveau des impressions conduites par les nerfs, — les mouvements volontaires, où un stimulus cérébral propagé à travers les nerfs vers la périphérie va exciter les muscles, — enfin, les émotions qui donnent naissance à des gestes, à des mouvements, qui varient avec les différentes affections mentales qu'ils expriment, états involontaires de l'esprit en rapport avec quelque partie du cerveau et influençant les muscles par les nerfs.

C'est une classification en quatre catégories : sensation, intellect, émotion et volonté ; la sensation y figure comme phénomène primaire. Toutefois, à l'exception d'un point important auquel nous aurons à faire attention, il n'y a pas de sensation qui ne rentre ou dans le sentiment ou dans rintelligence.

La première partie de cet ouvrage, sous le nom de mouvements, sens, instincts, comprendra l'étude des sentiments et de la volonté sous leurs formes les plus inférieures, c'est-à-dire sans accompagnement de faits intellectuels ou avec le moins de faits intellectuels. Cette partie comprendra tout ce qu'il y a de primitif ou d'instinctif dans l'esprit. La seconde partie exposera les propriétés intellectuelles.

Avant d'aborder l'étude de l'esprit, il est nécessaire de dire un mot de la grande loi de la relativité que suppose la propriété de la distinction. Nous entendons par celte loi que toute connaissance est double, puisque la conscience a pour condition indispensable un changement d'impression : dans tout senti-

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lucul, il y a deux ('lais (Mi c.onlrasLc, ; dans loiiU^ coiuiaissaiUM^ <l(Mi\ ('h()S(»s conmics en mriiic I(MII})S.

On a loujoiirs iccoiiiiii les cllrls de r-cMIr loi. Le picjnncf Mionionl du passaf^o d'un (Mal à un aiilic est le plus vivenienl seuli, cl la inrinoirc du prciuicr (Mal s'allaiblil à inosurc que s'odacc l'éuioLion ciiusco par le clianf;cuicnt. Les deuiandes incossaiiles do rhani^enieul et de nouveauté, de proj^rès en richesse, en connaissance, en institutions politiques, sont autaid d'exemples de la loi de relativité appliquée au plaisir.

Nous trouvons dans la langue beaucoup de noms essentiellement relatifs : père, enfant; dessus, dessous; nord, sud; vertu, vice; l'un des mots de ces couples implique l'autre, lui réalité, le principe de la relativité s'applique à tout le domaine de la connaissance. Toute chose conçue inqiliquc une autre chose ou d'autres choses en contraste^ corrélation ou négation de cette même chose. Si nous n'avions jamais vu que du rouge, nous n'aurions pas la notion de couleur ; quand nous disons qu'une étoile brille d'une lumière propre, nous affirmons en même temps la négation qu'elle ne brille pas d'une lumière empruntée.

Les applications de la loi de relativité sont nombreuses et importantes. Les arts qui touchent au bonheur humain en sont les produits directs; on la retrouve dans les beaux-arts; elle joue un rôle dans la -transmission du savoir; en métaphysique elle fait échec h la doctrine de l'absolu (1).

(1) Le lecteur trouvera de plus amples explications sur le sujet de la définilion et de la division de l'esprit, en se reportant à l'Appendice A.

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