ILLUSIONS DU SENS TACTILE
ressaut de constater que, par une éducation persévérante, l'écavt nécessaire pour obtenir deux sensations diminue considérablement, surtout dans les régions cutanées qui ne sont pas de nature très-sensible et qui montrent des cercles sensibles étendus. Mais si cet exercice vient à cesser, la finesse du toucher diminue de nouveau. On remarque aussi avec intérêt que les aveugles , obligés qu'ils sont de remplacer le sens de la vue par celui du toucher, ont des cercles tactiles notablement plus étroits que les autres hommes et l'on ne peut douter qu'ils aient acquis cette particularité par l'exercice.
De tels faits prouvent avec évidence, que la propriété de la peau de distinguer l'écart entre deux points, est à vrai dire un attribut du cerveau. Par l'exercice, le cerveau parvient à distinguer entre eux deux points voisins de la peau, parce qu'il remarque qu'entre ces deux points il en existe encore un certain nombre d'autres qui ne sont pas excités. Plus la distance est grande, plus aussi l'existence des deux points devient évidente et il existe une limite où les points interposés ne sont plus assez nombreux, pour arriver à la perception. Mais par l'exercice cette limite peut encore être retrécie, c'est-à-dire qu'il faut alors moins de points intercalaires non irrités pour amener la perception de la double sensation. Comme pendant ce temps la distribution des nerfs de la peau est restée la même et que l'exercice n'est qu'une façon d'apprendre, nous apercevons clairement que nous avons affaire ici à des actions cérébrales et que les cercles de sensibilité n'existent en réalité pas dans la peau, mais dans le cerveau.
Une illusion très-intéressante du sens du toucher et que le lecteur connaît sans doute déjà comme jeu, nous fournit une preuve, tout aussi convaincante, de notre manière de voir. Lorsqu'on croise l'indicateur et le médius et que l'on palpe de ces deux doigts un pois couché sur la table, on est fermement convaincu que l'on touche deux pois. Et même quand on regarde et que l'on se convainc que l'on n'a affaire qu'à un seul pois, l'on a de la peine à combattre cette impression. L'illusion est surtout très-forte lorsque l'on fait rouler le pois entre les doigts.
Quelle est maintenant la cause de cette illusion ? Elle s'est évidemment produite parce que nous avons donné aux surfaces sensibles de la peau une position insolite. Si nous avions saisi le pois entre l'index et le médius dans leur position naturelle, nous saurions, par expérience, que nous n'avons affaire qu'à un seul pois. Mais, si nous croisons les doigts, l'expérience ne fait pas que nous abandonner, elle nous illusionne encore sur la sen* sation que nous éprouvons.
La cause de l'illusion est en effet une ^'^* ''■ expérience déjà faite par le cerveau, qui
s'est imprégnée en lui par l'exercice et qui nous induit en erreur dans un cas semblable. Lorsque nous croisons les doigts nous amenons au contact du pois les bords extérieurs des deux doigts. Mais dans les actions habituelles, ces deux bords sont, au contraire, détournés l'un de l'aUtre et lorsque dans cette position ces deux bords sont touchés en môme temps, le cerveau sait, par expérience, que cet attouchement ne peut être produit que par deux corps différents.
Cette expérience devient une règle pour le cerveau dans toutes les circonstances et quelque position qu'on donne auX doigts. Si nous croisons les doigts et que nous touchions uU globule, le sens tactile du cerveau croira que les doigts sont^ malgré cela, dans leur position naturelle et nous transformons dans notre conception la position croisée en positiou naturelle. Ceci fait, notre conceptioii doit aussi transformer en deux pois l'unique pois que nous touchons.
Nous voyons par cela comment l'image de notre corps est solidement imprimée dans le derveau. Le cerveau connaît parfaitement là position naturelle de toutes les parties du corps et le lieu de chaque point sensible, et cette connaissance, il l'a acquise par de longues années d'observations et d'exercices. Il est en outre apte à estimer exactenleUt le plus grand nombre des mouvements des diverses parties du corps. Ijorsque nous