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LE TOUCHER ET L'ACTIVITÉ CÉRÉBRALE

ne pouvons ^Das les séparer par un caractère quelconque. Nous nous convaincrons qu'il doit en être ainsi, si, plaçant une saillie linéaire, le Lord aigu d'une plaque par exemple, sur la peau, nous analysons attentivement la sensation qu'elle fait naître. La sensation immédiate que nous éprouvons nous apprend, conformément à l'expérience acquise, que nous sommes touchés par une ligne droite. Cette ligne passe à travers un certain nombre de champs tactiles dans chacun desquels une fibre nerveuse est excitée. Mais si dans les champs voisins de 1 et 2, et 2 et 3, etc., il se formait une sensation isolée, si nous séparions localement les points de 1 des points de 2, il en résulterait que la ligne entière nous paraîtrait composée de points. Mais, comme nous n'éprouvons pas la sensation d'un attouche« ment interrompu, il en résulte que nous ne pouvons pas distinguer entre eux les champs sensitifs voisins. On ne peut guère concevoir une séparation locale que quand il existe au moins un champ inexcité entre deux points excités : car c'est ce champ inexcité qui fait naître dans notre esprit l'idée de Texis^ tence de deux excitations espacées entre elles.

Cependant un seul champ inexcité ne suffit point pour doubler la sensation de deux points excités. Les phénomènes tactiles s'expliquent en admettant avec Ernest Henri Weber qu'il faut Finterposition d'un certain nombre de champs tactiles entre les points excités pour produire la sensation d'un attouchement de deux points divers.

Toutes les sensations dont nous sommes capables ne devieniient dés perceptions qu'au moyen d'opérations intellectuelles éveillées par l'excitation des sens.

Nous faisons souvent l'expérience que, dans certaines conditions, des impressions n'arrivent point à notre connaissance quoiqu'elles aient agi avec une force assez puissante sur nos nerfs sensitifs. Lorsque par exemple une personne se trouve engagée dans une conversation intéressante et qu'on lui pose la main sur l'épaule, il arrive fréquemment que cet attouchement, facilement perçu en d'autres circonstances, n'est point du tout senti ou plutôt qu'il ne produit point son effet habi-

tuel. On dit alors que l'attention était tellement attachée à la conversation qu'elle ne pouvait percevoir d'autres impressions : ou plus simplement qu'on était trop préoccupé par la conversation.

Cette expression est fondée sur une vue de l'esprit, très-juste et que l'on peut admettre en physiologie. L'attouchement de l'épaule a sans doute excité les nerfs de la peau dans le cas précité, et ceux-ci ont certainement transmis leur excitation à la moelle et au cerveau et provoqué en eux la production de la sensation. Mais le cerveau ne se trouvait pas, en ce moment, à l'état particulier dans lequel les irritations apportées du dehors et les sensations produites sont amenées à la connaissance et font naître une perception. Le cerveau se trouvait au contraire en pleine action et les organes de la perception et de la volonté étaient occupés d'éveiller des idées, de les former et de les traduire, au moyen des nerfs moteurs et des muscles, en un langage compréhensible. Tels étaient certainement les phénomènes qui se passaient dans le cerveau et qui ont pour ainsi dire coupé le chemin à la sensation : ils ont amené ainsi un arrêt par lequel l'excitation a été anihilée sans produire son effet.

Nous n'évoquons ici ces considérations que pour montrer comment la perception d'une sensation est intimement liée aux phénomènes de la vie intellectuelle, puisque ces deux ordres d'action se passent également dans le cerveau. Ce que nous venons de faire remarquer pour le sens du toucher en particulier, peut s'étendre à tous les autres sens. Mais le sens du toucher est celui qui nous permet le mieux de prouver, par des expériences intéressantes, que toutes nos sensations ne se produisent jamais dans les organes mêmes, mais toujours dans le cerveau d'où les nerfs de la sensation tirent leur origine.

Ces réflexions éclairent plusieurs observations curieuses que l'on a faites en étudiant les champs tactiles. La grandeur de ces champs est en effet différente pour diverses personnes ; bien plus, elle varie assez considérablement chez la même personne à des époques différentes. Mais il est en même temps très-inté-

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