IMAGES CONSÉCUTIVES
brusquement le regard sur le papier blanc, on y aperçoit un carré clair qui se déplace avec l'œil et qui disparaît peu à peu au bout d'un certain temps. Le déplacement de ces images, dans la direction du regard, est caractéristique et nous convainc que nous n'avons pas affaire à une réalité, mais à une illusion optique produite par des phénomènes internes de ToBil. Mais ce qu'ily a de plus remarquable dans ces illusions, c'est que, malgré leur mode de production, nous en projetons la cause à l'extérieur parce que nous y sommes poussés à notre insu par l'expérience.
Les images négatives peuvent aussi être aperçues quand nous avons les yeux fermés. Quand nous avons regardé des objets éclairés et que nous fermons les yeux, nous les apercevons encore, mais avec des teintes sombres. Ce fait parut longtemps inexplicable et inconciliable avec la théorie, précédemment exposée, des images consécutives. Mais les recherches instructives que Purkinge avait entreprises déjà au commencement du siècle, avaient déjà prouvé qu'il n'existe point d'obscurité absolue pour notre œil. Dans l'obscurité la plus profonde, même lorsque dans la nuit la plus obscure on éloigne soigneusement toute trace de lumière, l'œil conserve encore une sensation lumineuse {)ropre que l'on a appelée la lumière propre de la rétine. La sensibilité de l'œil augmente considérablement dans cette obscurité, et alors apparaissent sur un champ visuel obscur des vapeurs lumineuses fantastiques qui s'élèvent et s'abaissent, disparaissent et reparaissent. Il est très-probable que ces images sont produites par l'excitation interne que la circulation du sang fait naître sur la rétine.
La lumière propre de la rétine persiste donc même quand nos yeux sont fermés, abstraction faite de la lumière diffuse, qui de jour pénètre à travers les pauj)ières. L'image négative qui se produit lorsque l'œil est fermé, s'explique donc suffisamment parce que les portions fatiguées de la rétine deviennent moins sensibles à ces faibles sensations lumineuses.
Les images consécutives colorées qui se produisent dans l'œil présentent aussi un très-grand intérêt. On sait que certaines associations de couleurs sont agréables à l'œil, que d'au-
très sont au contraire désagréables ou nous paraissent peu jolies. Parmi les combinaisons agréables, nous trouvons celles du bleu et du jaune, celles du rouge et du vert : les combinaisons qui nous paraissent laides, sont par exemple celle du vert et du bleu, celle du jaune et du vert, ou d'autres couleurs qui les avoisinent. On compare quelquefois ces couleurs au sens musical, et on les désigne parfois sous le nom de couleurs harmoniques ou de couleurs disharmoniques.
Lorsque l'on recherche à ce sujet la position des couleurs dans le spectre, on s'aperçoit que les couleurs harmoniques sont presque des couleurs complémentaires , et que les disharmoniques sont au contraire plus ou moins rapprochées dans le spectre.
Mais la cause scientifique de cette harmonie ou de cette disharmonie n'est point expliquée par les faits précédents, et l'on ne trouve une solution satisfaisante du problème que par les expériences suivantes.
Lorsque, pendant un temps assez long, on a regardé une surface verte et qu'on porte alors le regard sur une surface blanche, cette surface paraît pendant quelques instants rouge. Cette observation se présente fréquemment dans la vie ordinaire. Pour lui donner une forme scientifique, mettez un petit carré de papier vert foncé sur une feuille de papier blanc, et regardez-le pendant un certain temps très-fixement d'un seul œil ; si vous regardez alors la feuille de papier blanc, vous verrez un carré rouge se promener avec le regard sur la surface blanche, et ce carré s'effacera au bout d'un certain temps.
Comment se forme cette image consécutive colorée? L'explication est simple : le vert n'a point excité tous les éléments rétiniens sensibles à la lumière, mais seulement les éléments .sensibles au vert, et par conséquent ceux-là seuls se sont fatigués. Si l'on regarde ensuite une surface blanche, toutes les fibres rétiniennes sensibles sont excitées, mais celles qui sont fatiguées moins que les autres, et par conséquent, c'est la couleur complémentaire qui apparaîtra, et dans cette couleur le rouge dominera.
Les images consécutives colorées apparaissent toujours colo-
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rées de la couleur complémentaire. Si l'on a regardé un papier rouge, la surface blanche apparaîtra verdâtre, le bleu donnera une image consécutive jaune, et réciproquement, en un mot, la couleur qu'on regarde et son image complémentaire sont toujours teintes de deux couleurs qui, mélangées, donnent du blanc.
Ces faits donnent un appui important à la théorie des couleurs actuellement admise. Ils s'expliquent facilement lorsqu'on admet que le rouge excite principalement les fibres sensibles à cette couleur, que le vert et le violet excitent au contraire des fibres différentes, et que l'excitation simultanée des trois ordres de fibres produit le blanc.
Il est encore une observation appartenant à cet ordre d'idées et que l'on a l'occasion de faire souvent dans la vie commune. Lorsqu'on a regardé un instant le soleil, il se produit des images consécutives très-intenses et persistant pendant longtemps. Elles sont toujours colorées, mais changent à chaque instant de couleurs. Ceci provient de ce que la lumière blanche du soleil produit une image consécutive dont toutes les couleurs ne disparaissent point également et en môme temps : lors donc qu'une couleur disparaît, le blanc de l'image consécutive disparaît nécessairement, et les autres couleurs apparaissent et s'effacent peu à peu après de nombreuses variations.
Dans les arts on a, dès les temps les plus anciens, comparé les couleurs et les sons, et nous avons déjà parlé précédemment de l'harmonie des couleurs. Mais cette comparaison n'est admissible que jusqu'à un certain point. L'impression que fait un mélange de couleurs, et celle que fait un accord musical, diffèrent complètement entre elles. Une oreille exercée pourra toujours distinguer les sons d'un accord, elle en dissociera les diverses parties, mais une couleur composée fera toujours une impression d'ensemble, et il faut un œil très-exercé pour y démêler les couleurs composantes. Mais il est de toute impossibilité que l'œil puisse démêler dans le blanc les couleurs fondamentales quoique nous soyons certains qu'elles y sont contenues; dans une composition musicale, au contraire, on peut toujours distinguer les sons isolés.