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VISION EN RELIEF

pour l'œil gauche un peu plus à droite, et si nous fermons alternativement et un peti rapidement l'œil gauche et l'œil droit l'objet paraîtra vaciller devant la muraille. Il résulte de ce fait, que les images rétiniennes des deux yeux ne peuvent être absolument identiques et que les objets doivent nous apparaître comme enfoncés les uns dans les autres.

Cette différence dans les images des deux rétines n'est naturellement point arbitraire, mais est produite au contraire selon des règles fixes et constantes. Nous pouvons nous imaginer que nous apercevons un espace de deux points de vue diff'érents, et que nous obtenons alors deux images qui paraissent déviées l'une par rapport à l'autre. C'est ce qui se passe en effet à un degré moindre pour la vision binoculaire, car l'œil droit occupe une autre position dans la tête que l'œil gauche.

Nous avons déjà appliqué plus haut, pour un cas particulier, la loi d'après laquelle se fait la déviation des objets que nous apercevons. En général^ de ^deux objets situés l'un derrière l'autre, l'objet le plus rapproché sera beaucoup plus dévié que le postérieur et l'œil droit le déviera plus à gauche et l'œil gauche plus à droite.

Il est très-difficile de figurer la direction et l'étendue de la déviation lorsqu'il s'agit d'un grand espace rempli de beaucoup d'objets. Pour un corps simple cette représentation réussit plus facilement. Prenons pour exemple une pyramide à quatre pans, tronquée par le sommet et que nous regardons par en haut ; elle nous apparaîtra généralement comme elle est représentée sur la figure 39 (P). Mais lorsque nous ne la regardons que de l'œil droit, le carré du sommet nous paraîtra dévié à gauche comme en r, et lorsque nous la regardons dé l'œil gauche seulement le carré nous paraîtra dévié à droite comme en l. Il est entendu que dans cette expérience on tiendra la tête au-dessus de la pyramide de manière que son plan médian perpendiculaire se trouve juste au-dessous du centre P de la pyramide.

Lorsqu'on regarde la pyl-amide simultanément avec les deux yeux, il est évident que l'œil droit perçoit l'image 7^ tandis que l'œil gauche perçoit l'image l : ces deux images diffèrent l'une

de l'autre, mais l'expérience nous démontre que ces deux images se confondent en une seule image en relief.

l Fig 39. r

L'illustre physicien Wheatstone a le premier prouvé que c'est la différence des images perçues par l'œil droit et par l'œil gauche qui constitue la condition essentielle de la vision du relief. Il construisit un stéréoscope très-simple, avec lequel on regarde deux dessins de la façon suivante. Les deux yeux

Fig. 40.

R et L (fig. 40) regardent deux miroirs s et s qui forment un angle droit entre eux et sont placés obliquement par rapport aux yeux. En r se trouve un dessin, par exemple celui de la pyramide telle qu'elle apparaît à l'œil droit, en l on met le dessin do la pyramide telle qu'elle apparaît à l'œil gauche. D'axjrès les lois de la réflexion chaque œil aperçoit sur le prolongement de l'axe visuel l'image qui lui est destinée et ces deux images se combinent en une seule qui présente le relief.

VISION EN RELIEF — STÉRÉOSCOPE iU

Le stéréoscope de Wheatstoiie est remiDlacé actuellement par celui de Brewster, qui se trouve dans toutes les mains. La forme extérieure de cet instrument est suffisamment connue. Sa partie fondamentale est constituée par deux prismes (fig. 41) s et s par lesquels regardent les deux yeux R et L. Les deux images r et l sont les images correspondantes aux deux yeux . Le rayon a 5 de l'image droite est réfracté par le prisme et paraît venir de c ; le rayon correspondant de Tiniage gauche est semblablement réfracté et semble aussi venir du même point c. Les deux images sont donc réunies en p où chaque œil croit aper- /\ P cevoir son image et les deux ima- / \ ges se confondent en une seule / \ image à relief. / \

La photographie a, comme on / \

sait , rendu de très-grands services pour la production d'images stéréoscopiques. Deux chambres obscures, placées comme le sont les yeux, produisent en effet deux images semblables à celles que nous voyons en réalité et ce résultat ne s'obtient pas seulement pour les corps simples, mais aussi pour un grand nombre d'objets groupés diversement dans l'espace.

L'impression du relief que nous obtenons par le stéréoscope est, par cela même, toujours très-frappante.

Nous pouvons aussi obtenir une vue stéréoscopique sans l'emploi d'un instrument; il suffit pour cela de placer les axes des yeux parallèlement, de manière que^ l'œil droit regarde l'image qui lui est destinée et que l'œil gauche regarde la sienne. Il faut alors accommoder sa vue comme si J'on voulait regarder un objet situé derrière les images. Pour y parvenir plus facilement on peut percer un petit trou au milieu de chaque image et tenir les images de telle façon que les deux yeux puissent

Fig. 41.

apercevoir, à travers les ouvertures, le même objet éloigné. Lorsque Ton s'efforce d'apercevoir cet objet avec les deux yeux on remarque que ces deux images se superposent et se confondent en une image stéréoscopiqiie.

En regardant une image stéréoscopique nous laissons promener notre regard (c'est-à-dire la ligne de visée des deux yeux) sur le champ visuel, comme nous le faisons dans la vision habituelle. Le point visé se trouve à l'entrecroisement des lignes de visée. Si nous regardons des points rapprochés , les yeux convergent; si nous en regardons de plus éloignés, les yeux divergent. Lorsque nous regafdons par exemple (fîg. 39) la base a 5 et ai bj de la pyramide, et que nous dirigeons alots notre vue sur l'angle plus rappi?oché cdelcid^, la ligne dé visée de l'œil droit passe de a^ b^ à Ci d^, et la ligne de visée de l'œil gauche de a 5 à c d, c'est-à-dire qu'elle fait un trajet beaucoup plus court; par conséquent ces deux lignes deviendront plus convergentes. De là provient la persuasion que nous avons passé de la contemplation d'un objet éloigné à celle d'un objet rapproché. L'espèce de voyage qu'exécute le point commun de visée des deux yeux est d'une ressource précieuse pour l'évaluation des distances et pour la connaissance de l'espace, et joue aussi le rôle principal dans la vision stéréoscopique. On pourrait donc croire que la vue du relief se produit parce que nous scrutons tout l'espace par des mouvements rapides des yeux, et que, par ce moyen, nous apprenons à connaître ses diinensions. Mais quelque importants que soient ces mouvements, la vue du relief peut ceipendant être obtenue sans que les yeux remuent. On voit le relief des objets au moment d'uii éclairage subit par un éclair ou par la lumière électrique, sans que les yeUx aient eu le temps d'exécuter le moiiidre mouvement. Les expériences de Dove prouvent encore plus exactement ce fait. Ces. expériences consistent à regarder des images stéréoscopiques au moment d'un éclairage électrique instantané. L'impression est en général stéréoscopique, au moins au milieu du champ visuel, tandis que les parties latérales ne peuvent être jugées parce qu'elles sont indistinctes.

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