VISION EN RELIEF — STÉRÉOSCOPE
Il est très-remarquable qu'on ne perçoit point d'images doubles dans ces expériences, aussi peu que dans la vue ordinaire, quoique en réalité elles doivent exister. Les images doubles ne se produisent donc , que lorsque nous leur accordons de l'attention après une longue contemplation. Cette condition ne peut être remplie pendant un éclairage subit et notre attention en est détournée pendant la vision ordinaire.
Il résulte de ces faits que, dans la vision stéréoscopique, les deux images se réunissent en une seule, mais cette réunion n'est point le produit d'une propriété particulière des deux rétines ou des nerfs optiques, elle dépend au contraire de l'intention de celui qui regarde. Car nous pouvons percevoir les images doubles lorsque nous le voulons, à condition toutefois que nous ayons le temps d'y fixer notre attention. L'image commune ne se produit pas non plus parce que nous négligeons de remarquer l'image destinée à l'un des detix yeilx, et que nous fixons notre attention sur l'autre ; mais les deux images se combinent dans notre conception. Il s'agit ici d'un acte de notre entendement que nous ne pouvons pas encore analyser physiologiquement. Nous devons ajouter cependant, que c'est l'expérience qui nous a appris cette manière de percevoir et que celleci n'existerait certainement pas , si nous n'avions pas appris , par des exercices mille fois répétés, à connaître les dimensions en profondeur de l'espace. Cette connaissance s'acquiert surtout par les mouvements oculaires que nous exécutons continuellement et par lesquels nous évaluons la distance des objets.
La fusion des images doubles contribue considérablement à la vision stéréoscopique. Puisque les deux images sont inégales et puisque nous percevons avec les deux yeux une partie plus grande de la surface d'un corps qu'en le regardant d'un seul œil, ce que nous voyons ne peut être un plan, mais est au contraire, d'après notre expérience, un corps.
Les images stéréoscopiques nous ont appris à connaître plus exactement les lois qui président à la vision des corps. La perception de la forme de la pyramide (fig. 39) s'explique par la diversité des deux images qUe nous voyons. Il est donc
facile d'expliquer comment les images devraient nous apparaître si nous voulions regarder par la base dans l'intérieur de la pyramide. Nous n'avons autre chose à faire qu'à échanger les images comme nous les présente la figure 42. L'œil droit voit alors l'image r où le sommet de la pyramide est dévié à droite; l'œil gauche voit l'image l où la déviation se fait à
dX
Fig. 42.
gauche. L'impression stéréoscopique nous produit alors l'effet d'une vue dans l'intérieur d'un corps creux.
Le même effet se produit pour les images de la figure 43. Les images 1 produisent l'effet d'un cône tronqué dont le
Fis. 43.
sommet est rapproché de nous, les images 2 au contraire l'effet d'un cône tronqué à l'extérieur duquel nous regardons par la base. Lorsque, par une disposition facile à exécuter, on déplace le cercle intérieur des figures de 1 en 2, on peut observer directement la transformation de ces corps de l'un à l'autre.
D'après cette expérience il devient évident qu'en échangeant