SENSATION DU BRILLANT
pression du brillant. On explique ce phénomène de la manière suivante. Un point spécial d'une surface brillante ne peut point paraître également éclairé aux deux yeux, car il ne réfléchit pas la même quantité de lumière dans diverses directions . On reconnaît qu'il en est ainsi parce que le brillant voyage à la surface lorsque nous remuons la tète. C'est sur cette particularité que repose en grande partie l'essence du brillant. Mais le même effet se produit lorsque nous regardons les images précitées qu'un œil voit en blanc et que l'autre œil aperçoit simultanément en noir. Il ne se forme point là de mélange en un gris uniforme ; il se forme au contraire une espèce de lutte d'émulation entre les champs visuels , de façon qu'une fois le clair prédomine et l'autre fois l'obscur, qui évoquent ainsi la perception du brillant. Tandis que l'alternance du clair et de l'obscur sur le même point de la rétine fait naître un papillo-
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tage désagréable, que nous avons expliqué par la fatigue, l'alternance dans la vision du clair et de l'obscur par les deux yeux, produit au contraire une sensation agréable en faisant naître le luisant. Il n'y a point, dans ce cas, excitation intermittente des rétines comme dans l'étincellement ; notre attention se porte au contraire alternativement sur les deux champs visuels et c'est ce changement alternatif qui paraît nous être agréable. Le plaisir que nous procurent les objets brillants semble être inné à l'homme; il ne dure qu'autant que l'objet envoie à nos yeux ces rayons changeants ; il cesse dès que la surface se polit complètement et nous renvoie comme miroir, la vérité nue.
Le brillant est rendu très-fidèlement et d'une manière frap-= pante par les épreuves photographiques pour stéréoscope. Le
reflet du soleil couchant à la surface de la mer ondulée, le brillant des colonnes de marbre, tout apparaît sur l'image stéréoscopique comme dans la nature, et cependant nous ne voyons à l'œil nu sur les images isolées rien autre chose que des endroits clairs et obscurs qui ne peuvent jamais produire l'impression du brillant. Mais si nous y faisons attention, nous verrons sur l'une des images des endroits clairs qui, sur l'autre image, paraissent au contraire obscurs. C'est la combinaison de ces deux apparences qui produit le brillant.
L'antagonisme des champs visuels dont nous avons parlé plus haut, apparaît encore plus évident, lorsqu'au lieu de blanc et de noir nous présentons aux yeux, dans les mêmes conditions, deux couleurs comme le rouge et le bleu. Nous ne voyons point alors une couleur composée, comme on pourrait le supposer, mais une espèce de brouillard vacillant entre les deux couleurs et se déplaçant çà et là. Quelquefois cependant la couleur composée surgit de temps en temps à certains endroits et le tout prend alors un aspect un peu brillant.
On peut aussi faire naître cet antagonisme des champs visuels, en regardant une surface blanche, à travers deux verres superposés de couleurs différentes. Il n'y a point de régularité dans le changement des couleurs, et l'une on l'autre couleur se présente comme une île au milieu de l'autre, sans aucune fixité. Quelques observateurs prétendent cependant pouvoir voir, à volonté, l'une ou l'autre des couleurs, d'où il résulterait que l'on est capable, dans certains cas, de fixer son attention plus particulièrement sur l'image rétinienne de droite ou sur celle de gauche.
Malgré les considérations précédentes, qui contribuent à donner quelques éclaircissements, la réunion des deux images rétiniennes reste cependant un des phénomènes les plus merveilleux du monde des sens. Nous sommes obligés de nous contenter actuellement de poser les conditions physiques et physiologiques qui le produisent. La représentation du monde matériel est un procédé de l'intelligence qui se passe dans le cerveau et qui, en cette qualité, se soustraira encore longtemps à nos hypothèses scientifiques.