LA CONQUE DE L'OREILLE ET LE CONDUIT AUDITIF Î
servir à reconnaîtrela direction du son. Nous pouvons juger de la direction du son, mais on sait aussi par expérience que nous sommes souvent sujets à de nombreuses illusions sous ce rapport. Nous reconnaissons en effet l'endroit d'où part l'onde sonore parce que nous savons que le son est plus fortement perçu lorsque notre conduit auditif est tourné directement vers la source du son. C'est ainsi que nous tournons la tête dans diverses directions, jusqu'à ce que notre oreille entende le son avec le plus d'intensité. Une seule de nos oreilles est active dans ce cas et il faut que le son se prolonge pendant quelque temps pour que nous puissions l'appi'écier. Mais très-souvent nous reconnaissons immédiatement la direction du son à l'aide de nos deux oreilles, sans faire d'essais, parce que l'oreille dirigée du côté du son l'entend avec plus do force que l'oreille opposée. Dans ce dernier cas, l'audition par les deux oreilles joue un rôle important que nous XDOuvons, en quelque sorte, comparer à la vision binoculaire; à cette différence près, qu'il ne s'agit point d'apprécier une distance, mais simplement Une direction. De môme que nous sommes obligés d'avoir égard aux mouvements de la tête dans la vision avec un seul œil, de môme aussi nous sommes obligés de nous servir de ces mouvements dans l'audition avec une seule oreille. Mais nous ne sommes pas très-certains de déterminer exactement la direction du son, même lorsque nous écoutons des deux oreilles ; nous faisons presque toujours mouvoir notre tête lorsque nous chercbons attentivement la source du son.
La conque de l'oreille rend en effet quelques services appréciables dans cette recherche. Car lorsque nous dirigeons l'oreille vers la source d'un son, la conque se trouve placée dans la direction qui est presque la plus favorable pour réfléchir les ondes vers le conduit auditif. Cette position est moins favorable lorsque le son vient de l'avant , et elle est tout à fait défavorable lorsque le son vient de l'arrière, car alors les ondes sonores qui arrivent en ligne directe sont écartées. Nous pouvons donc juger si un son vient de l'avant ou de l'arrière, surtout lorsque nous connaissons déjà par expérience la force moyenne
Ib8 LE SENS DE L'OUÏE
du son, et encore mieux lorsque nous établissons des comparaisons en faisant mouvoir la tête.
Mais Ed. Weber a aussi soutenu que la conque de l'oreille peut juger de la direction des ondes sonores qui la frappent, parce qu'elle est elle-même mise en vibration et qu'alors nous pouvons apprécier si la surface antérieure ou la surface postérieure de la conque a été touchée par les ondes. Une observation très-intéressante de Weber a été invoquée comme preuve à l'appui de cette explication. Lorsque nous faisons attention à un son venant de l'avant et que nous mettons devant l'oreille nos deux mains courbées de manière à leur faire représenter une espèce de conque, nous éprouvons une illusion et le son nous paraît provenir de l'arrière. Weber croyait que les mains, jouant dans ce cas le rôle de conque, étaient aussi capables de juger si leur surface postérieure se trouvait frappée par les ondes sonores et que nous jugions alors que le son venait de l'arrière. Si cette explication était juste, il faudrait admettre que les nerfs tactiles de la conque et des mains sont capables de sentir les mouvements ondulatoires de l'air, car on n'a point encore trouvé dans ces parties d'appareil nerveux d'une autre nature. Mais le sens tactile de la conque est beaucoup plus faible que celui de la paume de la main, et il est certain que nous ne sentons pas les ondes sonores avec la paume do la main lorsque nous couvrons, par exemple, la partie supérieure d'un tuyau à anche, pendant qu'il résonne. Il n'est donc pas probable que la peau de la conque puisse percevoir la direction des ondes sonores i
La faculté que nous possédons de juger si un son vient de l'avant ou de l'arrière, s'explique beaucoup plus facilement par l'affaiblissement qu'éprouve le son qui vient de derrière, et, dans l'expérience de Weber, les mains placées devant l'oreille ne font probablement qu'étouffer le son et le rendre semblable à celui qui vient de l'arrière.
Weber a encore remarqué que nous distinguons très-mal la direction de devant ou d'arrière lorsque nous appliquons à plat la conque contre le crâne. Ce fait peut facilénlent s'expliquer