LA CONQUE DE L'OREILLE ET LE CONDUIT AUDITIF
que la nature y a attaché une certaine utilité . Il serait cependant difficile de soutenir scientifiquement une opinion de ce genre qui, il est vrai, avait autrefois un grand nombre de partisans. Nous arrivons au contraire à une opinion différente lorsque, comme cela se fait en physiologie, nous passons de l'homme aux animaux et que nous considérons les diverses formes que présente la conque de l'oreille dans la série.
La conque de l'oreille et le conduit auditif présentent sans contredit la forme d'un entonnoir; chez le cheval surtout, la conque est en effet un entonnoir véritable à parois assez unies. On peut facilement s'assurer de la remarquable intensité qu'un cornet acoustique en forme d'entonnoir communique au son : on n'a qu'à rouler un cornet de papier, à se l'introduire dans le conduit auditif et, pendant que l'on bouche l'autre oreille, écouter le bruissement universel qui existe dans l'air ou, mieux encore, en tâchant de percevoir le tic-tac d'une montre placée sur une table à une petite distance avec ou sans le cornet. Les ondes sonores saisies par la large ouverture du cornet, sont réfléchies à l'intérieur par les parois et par cela l'intensité de l'onde sonore, c'est-à-dire ses condensations et ses raréfactions s'accroissent d'une manière continue. Tandis que les oreilles du cheval remplissent à merveille cette tâche et la remplissent d'autant mieux qu'elles sont mobiles de tous côtés, les oreilles humaines paraissent au contraire peu aptes à faire ce service. D'abord elles s'éloignent beaucoup de la forme d'un entonnoir, car ce n'est que leur portion interne rattachée au conduit auditif, qui s'en rapproche un peu ; puis la conque de l'homme est presque toujours immobile. Il existe cependant des muscles qui pourraient la tirer en haut, en arrière ou en avant. Mais peu d'hommes possèdent le pouvoir de faire mouvoir ces muscles, comme le faisait par exemple le célèbre physiologiste Jean Millier ; aussi considère-t-on la faculté de faire mouvoir les oreilles, comme un grand tour d'adresse.
Nous pouvons expliquer ce manque de mobilité en admettant que les mouvements de la conque n'ont point une grande
utilité, que nous n'avons par conséquent pas de motifs de nous exercer à les exécuter et que finalement la volonté perd son influence sur les muscles qui les produisent. Cet enchaînement de phénomènes nous montre le peu d'importance de la conque humaine, comme cornet acoustique : mais on peut encore s'en convaincre plus amplement en introduisant un petit tuyau dans le conduit auditif. On couvre alors pour ainsi dire uniformément toute l'oreille avec une masse pâteuse, et cependant la finesse de l'ouïe n'est pas sensiblement affaiblie.
Cependant la conque de l'oreille n'est point tout à fait sans influence, car lorsque nous l'agrandissons artificiellement en tenant derrière elle notre main courbée, son influence devient manifeste : c'est pour cela que les personnes à ouïe dure tâchent d'aider ainsi leur ouïe. On a, pour ce motif, cherché si l'angle que fait la conque de l'oreille avec les parois du crâne, n'aurait point quelque influence sur la finesse de l'ouïe et l'on a trouvé qu'un angle de 40 degrés serait le plus favorable pour l'audition. La plupart des hommes renonceraient facilement, pour des motifs esthétiques, à posséder un angle de cette ampleur, d'autant plus que le rapprochement de l'oreille à la tête ou son éloignement ne produit pas une différence bien remarquable dans la finesse de l'ouïe. On a aussi soutenu que la conque dé l'oreille, étant composée d'un cartilage élastique, est apte à recevoir les ondes sonores et de les conduire à travers sa masse jusqu'au conduit auditif et à la membrane du tympan, et que c'est pour ce motif que sa surface est agrandie par des plis si nombreux. Un tel rôle ne peut qu'être très-insignifiant, car lorsque nous bouchons nos oreilles avec de la cire à cacheter, nous nous rendons complètement sourds, et la conque ne nous amène aucun son perceptible. Nous n'entendons pas non plus le tic-tac d'une montre appliquée contre la conque lorsque le conduit auditif est bouché, tandis que si nous l'appliquons sur la saillie osseuse située derrière la conque nous percevons très-bien ce tic-tac. Nous sommes donc obligés d'admettre que la conque de l'oreille est un très-mauvais conducteur du son.
On s'est encore posé la question de savoir si la conque peut