LE LABYRINTHE
transversales, et la première section de la membrane augmentera aussi de largeur de 5 d en b'd'. Il paraît singulier que le sommet du limaçon contienne la partie la plus large, et la hase la partie la plus étroite de la membrane basilaire, car d'après la structure du limaçon on s'imagine que la disposition contraire serait plus rationnelle. ]\Iais toutes les parties de cet organe sont agencées avec tant d'exactitude que la disposition observée n'est assurément pas sans importance.
On a supposé avec beaucoup de probabilité, en tenant compte de la largeur différente de la membrane et de la forme diverse des arcs, que les tons élevés sont perçus à la base du limaçon et les tons graves à son sommet. Car au sommet les fibres les plus longues vibreront à l'unisson des tons graves, tandis qu'à la base les fibres les plus courtes vibreront à l'unisson des tons aigus. On pourrait objecter à cette supposition que les fibres transversales ne peuvent pas du tout se mettre à l'unisson des tons graves parce qu'elles sont toutes extrêmement courtes. La membrane n'a en effet qu'un demi-millimètre de largeur au sommet et à peine un vingtième de millimètre de largeur à la base^, et si nous avions affaire à des cordes de violon de cette exiguïté elles donneraient des tons très- élevés, même si leur tension était très-médiocre. Mais nous devons remarquer que les fibres transversales ne sont point des cordes librement tendues, mais qu'elles sont chargées par les parties avoisinantes et que les arcs de Corti en particulier, qui y sont reliés, opposent par leur tension une résistance aux vibrations. Mais toute charge et tout obstacle de ce genre fait baisser le ton propre d'une corde tendue et l'on peut expliquer par là que les portions les plus larges de la membrane basilaire peuvent posséder un ton propre plus ou moins grave.
1. D'après les mesures de Hensen sur les organes de l'ouïe chez les nouveaux nés.
La membrane basilaire n'est point seulement chargée par les organes de Corti, mais encore par toute la masse des cellules reliées aux arcs et à la membrane et surtout par le liquide labyrinthique. Ce dernier, par sa résistance et son frottement, oppose une résistance aux vibrations et par ce motif encore, certaines fibres de la membrane, malgré leur petitesse, peuvent vibrer dans la même période que l'onde liquide du labyrinthe.
Nous arrivons^ par toutes ces considérations, à la ferme conviction que le limaçon est destiné à la perception des tons musicaux. Cet organe nous rend capables, non pas seulement de reconnaître les différentes hauteurs des tons mais encore de percevoir rapidement les uns après les autres les tons tels qu'ils sont arrangés dans une mélodie. C'est encore, par le moyen de cet organe, que nous pouvons percevoir un ensemble de tons émis en même temps et nous réjouir de leur harmonie.
On a calculé dans quel rapport se trouve le nombre des organes de Corti relativement à l'aptitude que nous possédons de distinguer des différences de tons. Comme nous possédons 3000 organes de Corti, nous pouvons, d'après une estimation de Helmholtz, en distribuer environ 2800 sur les sept octaves qui comprennent tous les tons musicaux usités. Quatre cents arcs de Corti correspondent donc à peu près à une octave et chaque demi-ton en a pour sa part 33 et 1/3. L'intervalle d'un demi-ton est donc représenté par un nombre assez considérable de fibres transverses et d'arcs, dont les mitoyens sont le plus ébranlés et dont les extrêmes sont au contraire agités avec une force décroissante. Les musiciens exercés parviennent à saisir des différences beaucoup plus faibles entre deux tons et E. IL Weber assure même qu'on peut percevoir la différence d'un 1/64 de ton. Deux de ces tons mettront en mouvement deux arcs de Corti voisins et par conséquent la différence do ces tons pourrait déjà se trouver sur la limite de la perceptibilité. En un mot nous voyons avec quelle profusion le limaçon est garni d'appareils vibrants pour la perception des sensations musicales.