APPAREILS VIBRANTS DANS L'OREILLE
De quelle manière le nerf acoustique est-il en relation avec les organes de Corti? — Cette question a beaucoup occupé dans ces derniers temps l'anatomie microscopique. On savait de longue date, que le nerf acoustique pénètre dans l'axe du limaçon et qu'à partir de là, il envoyait peu à peu des fibres vers l'extérieur, à travers la lame osseuse. On a pu suivre ces fibres dans cette lame jusqu'au bord externe où s'attache la membrane basilaire, mais à partir de cette limite les fibres se dérobent à une observation précise et opposent de grands obstacles à la recherche de leur parcours. D'après les recherches trèsattentives de quelques observateurs modernes, il est très-vraisemblable que les fibres nerveuses s'unissent aux cellules ciliées (Haarzellen) dont nous avons déjà parlé. On rencontre du moins ces cellules en très-grand nombre dans le limaçon des oiseaux, qui manque d'arcs de Corti, et l'on a pu remarquer avec quelque certitude, chez ces animaux, que les fibres nerveuses pénètrent dans ces cellules.
Il est plus que probable que les extrémités des fibres nerveuses sont irritées mécaniquement par les appareils vibrants du limaçon, parce qu'elles sont tiraillées ou comprimées par les vibrations de ces organes. Toute irritation de ce genre appliquée à un nerf cutané produirait de la douleur, mais l'irritation appliquée au nerf auditif y réveille une sensation spéciale, la sensation auditive, qui n'est perçue que lorsque le nerf a communiqué son excitation au cerveau. Nous poiivons admettre que chaque organe de Corti contient au moins une fibre nerveuse, de sorte que les divers tons sont transportés au cerveau par des fibres diverses, et c'est probablement la raison pour laquelle nous pouvons percevoir des différences si déhcates de ton.
Nous devons encore examiner quelles sont les fonctions des otolithes et des cils, dans le vestibule et dans les ampoules. Nous n'avons évidemment point affaire ici avec des appareils accordés différemment pour la perception des tons- II est donc très-vraisemblable que ces organes ne sont destinés qu'à la perception des bruits, puisqu'ils reçoivent des chocs
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par les mouvements irréguliers du liquide labyrinthique, chocs qui irritent l'extrémité libre des fibres nerveuses. Le liquide des ampoules peut sortir et rentrer par d'étroites ouvertures et Helmholtz s'imagine qu'il y naît de véritables tourbillons qui mettent les cils en vibration. Mais on ne peut admettre que nous puissions percevoir un ton spécial, au moyen de ces organes, puisqu'ils ne paraissent pas être accordés; en tous cas ils ne pourraient distinguer que très-imparfaitement des tons différents. Par contre il est très-facile de comprendre qu'un bruit ou une détonation ébranlent suffisamment ces organes pour irriter les extrémités du nerf acoustique qu'on y rencontre.
Les appareils .résonnants du labyrinthe, et surtout ceux du limaçon, possèdent encore l'importante propriété de ne point produire de sons consécutifs marqués, propriété que nous avons déjà reconnue à la membrane du tympan et aux osselets de l'ouïe. Cette propriété serait, du reste, inutile aux osselets si les organes de Corti ne la possédaient pas. Si ces organes produisaient des sons consécutifs il ne serait pas possible d'entendre exactement des trilles qui se composent habituellement de huit ou dix tons par seconde. Après un huitième ou un dixième de seconde les vibrations d'un ton sont assez effacées pour que le ton suivant ne puisse pas se confondre avec le premier. Ce résultat ne peut être obtenu dans le piano, comme on sait, que par une disposition particulière qui fait toucher la corde par un étouffoir, après chaque coup donné. Les organes résonnants de l'oreille n'ont point besoin d'étouffoir ; ils possèdent, grâce à leur combinaison qui nous est encore imparfaitement connue, la propriété de se mettre rapidement en repos dès que la cause motrice a cessé d'agir.
Cependant Helmholtz a prouvé qu'on peut percevoir dans l'oreille un ton consécutif aux tons graves. Il est en effet remarquable, et ce fait est très-connu des pianistes, que pour des sons très-graves surtout à partir du la A les trilles deviennent très-imparfaits parce que les tons commencent à se mélanger. On pourrait croire que ce fait est dû à l'étouffement imparfait des sons et non à notre oreille. Mais lielmholtz a observé le