APPAREILS VIBRANTS DANS L'OREILLE
même fait sur d'autres instrumeuts, par exemple sur le violoncelle où l'étouffement est produit par le doigt et sur le physharmonica dans lequel le ton disparaît quand on soulève le doigt. Nous pouvons donc admettre, d'après ces faits, que l'étouffement des sons dans l'oreille n'est point aussi parfait pour les tons graves, que pour les tons moyens et aigus.
Cette observation fournit encore, comme Helmholtz le fait remarquer, une preuve de l'existence d'appareils vibrants dans l'oreille, appareils accordés pour différentes élévations de ton. Car s'il n'existait dans le labyrinthe qu'un seul organe vibrant qui réagirait sur tous les tons, comme le font la membrane tympanique et les osselets, les tons consécutifs se feraient entendre d'une tout autre façon. Cet appareil posséderait alors un ton propre, et dès que l'onde sonore excitante cesserait son action, l'appareil ne produirait plus le même ton consécutif, mais vibrerait dans son propre ton ainsi qu'il est facile de le prouver par les lois physiques. Car lorsque nous imprimons à un ressort un mouvement qui ne correspond point à son ton propre, il passera immédiatement à ce dernier lorsque nous l'abandonnerons à lui-même. Si ce cas se présentait pour l'oreille, les deux tons les plus graves de la cadence ne se confondraient pas, mais il s'y mêlerait un troisième ton, le ton propre de l'oreille. Mais jamais nous n'entendons ce mélange, et comme nous ne percevons jamais un ton propre de l'oreille sauf celui du conduit auditif, les vibrations consécutives des tons graves ne peuvent être produites que par des organes particuliers parfaitement accordés et dont l'existence devient manifeste par cet effet.
Enfin Hensen a fait des observations intéressantes sur les organes auditifs de petits crustacés, observations qui démontrent parfaitement que certains organes vibrent à l'unisson. Ces animaux ont de petits sacs qui contiennent des otolithes et qui sont tapissés à l'intérieur de cils acoustiques . On trouve •en outre à la surface de leur corps, aux antennes et à la queue des cils acoustiques que l'on peut observer directement avec le microscope. En dirigeant les sons d'un cornet à piston sur un
petit bassin rempli d'eau, et dans lequel se trouvaient ces animaux, Hensen put observer au moyen du microscope les vibrations de certains de ces cils et s'assurer que les différents cils étaient accordés pour des tons d'élévation différente. Ce fait prouve, presque jusqu'à la certitude, que les appareils vibrants de l'oreille humaine se comportent de la mêine façon, à cette différence près, que ces organes sont beaucoup plus compliqués, et que par conséquent la sensation auditive est beaucoup plus délicate et plus parfaite que chez ces crustacés.