LE NERP ACOUSTIQUE ET LA PERCEPTION DES SONS
cune de ces fibres pénètre isolément dans un des appareils vibrants qui les mettent en état d'excitation. Lorsqu'un ton déterminé se j)roduit, il est évident que le nerf tout entier n'est pas mis en état d'excitation, mais qu'un certain nombre de fibres seulement (celles qui se rendent aux organes vibrants à l'unisson du ton) sont excitées.
L'audition de tons différents par leur acuité, ne consiste donc en définitive, que dans une excitation de fibres différentes du nerf acoustique. Le cerveau reçoit au moyen de fibres diverses du nerf acoustique l'annonce de tons d'acuité différente et il reconnaît, pour ainsi dire, les organes qui ont vibré à l'unisson des tons produits. Cette reconnaissance est sans doute tout à fait inconsciente, comme beaucoup d'autres capacités que nous avons acquises par l'exercice, comme nous reconnaissons par exemple les nerfs et les muscles que nous faisons mouvoir, sans avoir pour cela le sentiment de l'existence de ces organes.
L'entremise de différentes fibres nerveuses du nerf acoustique pour provoquer la sensation de tons divers, est un procédé qui se relie à des phénomènes analogues dans le domaine de la physiologie des sens. On peut la faire dériver de cette propriété particulière qu'on a nommée énergie spécifique des nerfs sensitifs et que nous avons déjà appris à connaître à l'occasion du nerf optique. On sait que ce dernier nerf répond toujours par une sensation lumineuse aux excitations diverses qui y sont appliquées, qu'elles soient mécaniques, électriques ou lumineuses : on sait encore que ce nerf contient trois sortes de fibres diverses destinées aux trois couleurs fondamentales : le rouge, le vert et le violet. Dans le nerf acoustique ce principe de la division du travail est encore poussé plus loin. Chaque fibre nerveuse de ce nerf est destinée à être irritée par un seul ton, de hauteur exactement déterminée, et ne peut jamais servir à rendre sensibles d'autres tons.
Nous pouvons par conséquent admettre que, si des fibres isolées du limaçon sont irritées par un autre moyen que par le ton, par l'électricité ou par une force mécanique par exemple,
210 LE SENS DE L'OUlE
elles feront naître le ton qu'elles sont destinées à percevoir. On entend en effet des tons et des bruissements lorsqa'on fait passer des courants électriques à travers la tête et que le nerf acoustique est ainsi irrité dans son ensemble. On a en outre observé des malades qui ont perpétuellement la sensation subjective d'un ton spécial dans l'oreille, et l'on a expliqué ce fait par l'irritation de quelques fibres nerveuses des organes de Corti, produite par des altérations morbides. On a encore observé chez certains malades des surdités partielles, ne portant que sur une série particulière de tons, et roi:^ en a conclu que dans ces cas un certain nombre d'organes de Corti étaient détruits.