LIMITES DES SONS GRAVES ET AIGUS
C'est dans l'appareil nerveux de l'ouïe que les vibrations isolées se combinent, pour former un ton. Nous pouvons comparer ce phénomène avec la contraction permanente d'un muscle que nous pouvons produire au moyen d'excitations se succédant rapidement. Lorsque nous faisons par exemple agir huit ou dix secousses électriques par seconde sur un muscle ) ce muscle ne s'allongera pas complètement après chaque secousse, et si nous augmentons encore la rapidité de l'aclion, le muscle restera contracté d'une manière durable pendant tout le temps de l'influence électrique. Le nerf acoustique ne sera pas non plus irrité d'une manière permanente dans l'oreille par les appareils Aubrants, mais il sera irrité avec de rapides interruptions. Mais notre sens auditif, dont nous devons rechercher le siège dans le cerveau, combine ces excitations qui se suivent rapidement, comme le fait le muscle, et c'est de cette combinaison que résulte la perception du son.
Il est encore d'un grand intérêt de savoir quels sont les tons les plus élevés que nous puissions percevoir. Savart a aussi fait des expériences sur ce point, au moyen d'une roue. La roue dentée B est mise en rotation rapide par la roue A munie d'une courroie : les dents de la roue vont frapper le bord d'une carte qu'on en approche au moyen du petit curseur E. La roue qu'employait Savart avait 720 dents et pouvait produire
24,000 chocs par seconde. Le ton produit était très-faible mais encore parfaitement perceptible. Despretz a produit, au moyen de très-petits diapasons, un ton composé de 38,016 vibrations : mais les tons de cette acuité étaient désagréables et môme douloureux pour l'oreille. Nous reconnaissons par là qu'on ne peut indiquer une limite exacte pour la perception des tons très -élevés . Mais nous pouvons certifier qu'au dessus de la septième octave, c'est-à-dire au delà du do"" ^ les tons perdent leur caractère musical agréable et, qu'à partir de cette note, l'estimation d'un ton devient de plus en plus incertaine. Nous pouvons donc admettre avec quelque raison que l'organe destiné à la perception musicale est accommodé pour sept octaves environ et c'est cette organisation que nous avons rencontrée dans les organes de Corti qui se trouvent dans le labyrinthe.
La condition essentielle d'une perception auditive, consiste, d'après ce que nous venons de voir, dans un mouvement qui se répète en périodes régulières et avec une certaine rapidité. Un seul choc ne peut jamais produire un ton : et lorsque la roue de Savart ne présente qu'une dent, il ne se produit point de ton lorsqu'on en approche la carte. Mais on a observé par contre que deux dents, situées l'une près de l'autre, suffisent déjà pour produire un ton et ce ton est absolument le môme que lorsque la série des dents est complète. Il y a cependant une différence, c'est que ce ton n'est pas continu mais qu'il ne se produit que par intervalles. La cause de ce phénomène est évidente, car la période est restée la même quoiqu'elle ne soit occasionnée que par deux chocs. Mais il est intéressant de constater que deux chocs successifs suffisent déjà pour produire la sensation d'un ton et que la rapidité avec laquelle ces chocs se suivent détermine exactement la hauteur du ton.
Pour comprendre maintenant comment il est possible que nous soyons capables de percevoir une si grande série de tons différents, il faut que nous jetions encore une fois un regard sur les organes de Corti et sur la distribution des fibres nerveuses dans ces organes. Le nerf ayant pénétré dans l'axe du limaçon se divise en fibres extraordinairement ténues et cha-