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DÉCOMPOSITION DES TIMBRES — FOURIER

soniiateur constitue donc un appareil de décomposition qui travaille dans le sens du théorème de Fourier.

Mais comment agissent les organes intérieurs de notre oreille lorsqu'un timbre composé vient les atteindre ?

Lorsqu'un violon et une flûte donnent le la' de 440 vibrations, il y aura dans les deux cas des appareils spéciaux de notre oreille qui vibreront par influence et qui feront aussi 440 vibrations par seconde. L'appareil mis en mouvement imitera-t-il exactement une fois les vibrations du ton du violon, une autre fois les vibrations du ton de la flûte, tons qui sont nécessairement différents entre eux, et cette imitation nous fera-t-elle connaître les différences de timbre ?

Nous pouvons assurer avec certitude que les choses ne peuvent se passer ainsi.

Supposons que l'appareil vibrant par influence soit en relation avec une fibre nerveuse déterminée qu'il met en état d'irritation. Nous savons par la physiologie qu'un nerf irrité d'une façon quelconque fait toujours naître le môme eff'et. Irritons un nerf musculaire par des excitants chimiques, électriques ou mécaniques, nous ne produirons jamais autre chose qu'une contraction musculaire. La fibre nerveuse de l'organe vibrant de l'oreille est donc irritée dans les deux cas, sans que cet état d'excitation puisse être diff'érent. Par conséquent la sensation du ton ne peut pas non plus différer dans les deux cas. Nous sommes même obligés d'admettre que si l'irritation avait été produite par des moyens chimiques ou électriques, la sensation eût encore été la même. C'est ce que prouvent encore les tons subjectifs isolés que les malades entendent parfois lorsqu'ils sont atteints par des affections de l'oreille interne et sans qu'il y ait des vibrations sonores. Il faut admettre que, dans ces cas, des ■fibres nerveuses isolées sont excitées par des excitants anormaux.

La vibration par influence d'un seul organe de l'oreille, desservi par une seule ou plusieurs fibres nerveuses, ne peut, en aucun cas, nous faire distinguer le timbre d'un violon de celui d'une flûte. Un ton de 440 vibrations mettra sans doute en vi-

bration le même organe, mais, d'après les lois de l'acoustique» d'autres organes encore devront vibrer par influence, et ce sont justement les organes qui sont accordés pour les tons harmoniques du ton produit.

Qu'un grand nombre de personnes réunies appliquent chacune à leur oreille un résonnateur spécial, la première un résonnateur correspondant au ton fondamental du violon , la seconde un résonnateur correspondant au premier ton harmonique, la troisième un résonateur correspondant au second ton harmonique, etc., autant qu'il existe d'harmoniques dans le ton produit ; il arrivera qu'aucune de ces personnes n'entendra le timbre du violon, si du moins l'accès du ton est empêché d'arriver à l'oreille par toute autre voie que par le résonnateur. Toutes ces personnes n'entendront qu'un ton simple à peu prèS' semblable à celui que l'on obtient en souflant dans le résonnateur , car le ton du violon est décomposé par les résonnateurs, dans ses éléments, et chacun de ces éléments arrive isolément à perception. Supposons que toutes ces sensations isolées se réunissent en une sensation commune et nous obtiendrons une image de ce qui se passe dans l'audition d'un timbre.

Le limaçon de l'oreille est semblable à une série de résonnateurs accordés ; c'est un appareil analytique travaillant rigoureusement d'après le théorème de Fourier et résolvant facilement et pratiquement le problème. L'organe de 440 vibrations s'empare du ton fondamental, l'organe faisant 2 X 440 vibrations s'empare de la première harmonique , l'organe faisant 3 X 440 vibrations s'empare de la seconde harmonique et ainsi de suite. Chacun de ces organes vibre en outre avec une force correspondante à celle des tons harmoniques et il se produit de cette façon une décomposition du timbre en tous ses tons isolés, décomposition que l'on ne pourrait point imaginer plus parfaite.

Mais à cette décomposition succède une combinaison nouvelle exécutée par d'autres organes. Le ton fondamental et tous les tons harmoniques excitent chacun une fibre nerveuse spéciale, et chacune de ces fibres transmet isolément son excitation

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