HARMONIE DES TIMBRES — BATTEMENTS
désagréablement frappée par les dissonances, comme l'œil des personnes bien élevées et sensibles est plus fatigué par le flamboiement d'une bougie que l'œil des personnes peu civilisées.
On a comparé dans le langage ordinaire les couleurs et les tons et l'on parle quelquefois d'une harmonie des couleurs ; en poursuivant cette comparaison on a été amené à comparer le voisinage de deux couleurs non harmoniques à des dissonances. Cette comparaison est très-défectueuse au point de vue physique. Deux couleurs non harmoniques comme le vert et le bleu, nous paraissent désagréables lorsqu'elles sont l'une à côté de l'autre, parce qu'elles ne se font pas ressortir l'une l'autre et qu'au contraire elles s'affaiblissent mutuellement, parce que toutes deux excitent fortement la même espèce de fibres sensibles aux couleurs et qu'elles les fatiguent par conséquent. Le jaune et le bleu nous paraissent au contraire harmoniques , parce que les fibres sensibles au jaune reposent quand on considère le bleu et réciproquement. Le seul point physiologique comparable entre les tons et les couleurs inharmoniques c'est donc la fatigue des nerfs sensibles. Mais cette fatigue est produite de différentes manières ; pour le nerf acoustique, par une excitation interrompue; pour le nerf optique, parce que les mêmes fibres sont excitées par des couleurs différentes.
On peut déterminer le nombre des battements par le nombre des vibrations des deux tons. Lorsque le ton le plus élevé fait une vibration de plus par seconde que le ton le plus grave, la partie ascendante de l'une des courbes et la partie descendante de l'autre ne se rencontreront qu'une fois pendant ce temps. Lorsque la différence est de deux vibrations, la rencontre se fera deux fois, etc. Par conséquent le nombre des battements par seconde est égal à la différence du nombre de vibrations des deux tons.
La sensation d'une dissonance atteint son maximum lorsqu'il se produit un certain nombre de battements. Les battements lents entre deux tons rapprochés ne nous paraissent
point aussi désagréables, lorsque nous les percevons isolément, que les battements plus rapides de deux tons, séparés entreeux d'une seconde ou d'une demi-seconde. Entre le ton si', de 495 vibrations , et la demi-seconde do", de 528 vibrations , il se forme 528 — 4'95 := 33 battements : la dissonance produite est très-forte et atteint même le maximum pour cette partie del'échelle. Mais lorsque nous faisons résonner en même temps les tons graves si et do de la contre-octave qui exécutent réciproquement 62 et 66 vibrations, nous percevons parfaitement quatre battements par seconde , et la sensation de la dissonance est bien plus faible. Par conséquent, les dissonances sont beaucoup moins manifestes pour les tons graves que pour les tons moyens. Les dissonances diminuent aussi un peu pour le même intervalle, entre les tons élevés, en sorte que lemaximum des dissonances se trouve être d'environ 30 battements par seconde.
Jusqu'ici nous nous sommes contentés de ramener à des battements la dissonance de deux tons rapprochés. Une seconde do, ré et plus encore une demi-seconde do dièze sont des dissonances marquées, mais déjà la petite tierce do, mi dièze n'est plus désagréable à notre oreille et forme transition aux consonnances.
Mais nous devons faire remarquer que des tons éloignés l'un de l'autre peuvent donner naissance à des dissonances. La septime do , si est une dissonance très-marquée et presque aussi forte que celle de la demi-seconde si, do'. Ce ne sont plus les battements qui, dans ce cas, peuvent être la cause de la dissonance, car leur nombre est de 115 par seconde; il faut donc rechercher une autre cause de ce phénomène.
Si nous nous rappelons que chaque ton fondamental d'un timbre est accompagné d'une série de tons harmoniques, nous pouvons facilement comprendre que ces tons harmoniques peuvent aussi faire naître des battements, et que ceux-ci ont une certaine influence sur la résonnance simultanée de deux tons. En effet, pour la septime do, si, le premier ton harmonique de do, c'est-à-dire do', exerce une influence manifeste,.