CHAPITRE PREMIER
Je donne le nom -de sensibilité organique à la sensibilité provoquée ou spontanée que présentent les tissus et les organes, à l'exclusion des organes des sens spéciaux. On lui a donné aussi le nom de sensibilité commune om profonde.
La sensibilité organique peut être provoquée par les différents modes d'excitation qui agissent sur les nerfs et dont j'aurai occasion de parler plus loin à propos de la douleur. Ces excitations déterminent des sensations variées qu'on peut ranger sous les catégories suivantes: sensations tactiles, sensations de température (froid ou chaleur), sensations agréables ou désagréables (plaisir ou douleur), sensations spéciales d'un caractère particulier et ne rentrant dans aucune des catégories précédentes (titillation, etc.). Outre les sensations de plaisir et surtout de douleur, des sensations spéciales de diverse nature peuvent aussi se produire spontanément, autrement dit par des causes internes, état du sang, certains états nerveux, etc.
Je passerai rapidement en revue la sensibilité organique des principaux tissus et des organes les plus importants. Les recherches physiologiques sur ce point sont assez peu nombreuses et la plupart des notions que nous avons sur ce sujet viennent des médecins et des chirurgiens pour lesquels ce mode de sensibilité présente le plus grand intérêt.
Avant de passer à l'étude de cette sensibilité, je rappellerai deux faits principaux sur lesquels je reviendrai à propos de la douleur. Le premier, c'est que les tissus pourvus de nerfs sont seuls sensibles; le second, dont l'importance est fondamentale en médecine, c'est que des tissus qui sont insensibles ou presque insensibles à l'état ordinaire, peuvent, quand ils sont enflammés, acquérir une très vive sensibilité provoquée ou spontanée.
Les tissus épidermiques sont absolument dépourvus de sensi-
bililé. Les douleurs vives qui succèdent à la vésication, aux excoriations, aux brûlures superficielles sont dues à la mise à nu des filets nerveux sous-jacents à l'épiderme.
Les tissus connectifs, ligaments, tendons, aponévroses, présentent au contraire delà sensibilité, mais, dans les conditions ordinaires, cette sensibilité est très obtuse; on peut, comme l'avait déjà constaté Bicbat, couper ou brûler un tendon sans déterminer de signes de douleur; mais il y a pourtant un mode d'excitation qui peut cbez eux produire de la douleur : c'est le tiraillement ou la traction. Il semble que les nerfs des tendons, des ligaments, des aponévroses soient particulièrement sensibles au genre d'excitation qui leur est le plus ordinaire, la distension, et il est probable, comme nous le verrons à propos du sens musculaire, que les sensations à peine conscientes qui partent de ces organes contribuent à régler les contractions des muscles et à assurer la précision des mouvements. Les tendons paraissent aussi spécialement sensibles au.cboc, à la percussion, comme le montre le phénomène du réflexe tendineux. Si, la jambe étant demi-fléchie et pendante, on donne un coup brusque sur le tendon rotulien, il se produit un mouvement immédiat d'extension de la jambe. Un fait observé par Lussana tendrait à démontrer que, dans certaines conditions, les nerfs des tissus connectifs peuvent être le point de départ de sensations tactiles assez nettes. Chez une femme atteinte depuis quinze ans d'une perte de substance de la région externe de la jambe, les sensations de température étaient abolies tandis que les sensations de contact étaient conservées, quoique beaucoup plus faibles que du côté opposé ; la sensibilité à la douleur était conservée aussi.
Les cartilages et les ftbro-cartilages sont insensibles comme les tissus épidermiques.
Dans les os, le tissu compact est tout à fait insensible ; si dans quelques cas il peut paraître sensible à certaines irritations, par exemple au choc, c'est que l'ébranlement se communique à la moelle osseuse. Celle-ci jouit en effet d'une très vive sensibilité, comme on a occasion de s'en assurer quand on introduit dans son intérieur un stylet ou qu'on y injecte un liquide caustique. Le périoste est très sensible aussi, particulièrement au raclage tel qu'on le pratique dans certaines opérations chirurgicales.
A l'état normal, les excitations mécaniques ou chimiques appliquées sur les muscles (piqûre, section, cautérisation, brûlure, etc.) ne produisent aucune sensation de douleur, comme il est facile de s'en convaincre dans les opérations et en particulier dans les amputations des membres. Les muscles sont dépourvus aussi de la sensation de contact ; mais la pression, quand elle est très forte, détermine, abstraction faite de toute sensation cutanée, une sorte de douleur sourde particulière. L'électricité, au contraire, surtout sous forme de courants induits, éveille dans les muscles une sensation vague et faible qui peut, pour des courants assez forts, aller jusqu'à une douleur intense {sensibilité électro-musculaire de Duclienne). Cette sensibilité n'est pas due, comme le croyait Remak, à l'excitation des nerfs de la peau, car Duclienne l'a constatée en électrisant directement le grand pectoral mis à nu dans un cas d'amputation du sein. Cette sensibilité électro-musculaire peut manquer clans certaines maladies (l'hystérie par exemple) malgré la conservation de la sensibilité électro-cutanée et de la sensibilité musculaire ordinaire.
Les sensations qui accompagnent la fatigue musculaire ou les contractions violentes de certains muscles (crampes des muscles du mollet, douleurs utérines, etc.) montrent aussi des exemples de sensations musculaires localisées dans le muscle même. La fatigue musculaire, qui présente toutes les nuances, depuis la simple pesanteur jusqu'à la douleur la plus vive, possède ce caractère particulier de persister longtemps après la contraction qui lui a donné naissance (quelquefois jusqu'à vingtquatre et quarante-huit heures). Cette douleur de fatigue s'exaspère par la moindre pression. Comme le fait remarquer Ch. Richet, cette persistance de la fatigue musculaire est difficile à expliquer clans la théorie classique qui attribue la fatigue musculaire à la production en excès d'acide lactique pendant la contraction.
La douleur des crampes musculaires a été attribuée à la compression des nerfs sensitifs qui traversent les muscles; mais dans ce cas la douleur ne se ferait pas sentir, comme cela a lieu, dans le muscle contracté mais à la périphérie des nerfs qui le traversent en vertu de la loi de l'extérioration des sensations. Cette contracture spasmodique des muscles joue un rôle important dans un grand nombre de phénomènes douloureux, ainsi dans les gerçures du mamelon, la fissure à l'anus, les coliques hépatiques, la photophobic, etc.
La sensibilité des muqueuses est très variable suivant les régions. En général elle est très vive aux orifices par lesquels ces muqueuses se continuent avec le tégument externe, mais elle diminue peu à peu, en acquérant souvent des caractères particuliers, à mesure qu'on s'enfonce dans la profondeur, pour disparaître presque complètement quand on arrive à un certain niveau. Si nous prenons d'abord la muqueuse alimentaire, nous constatons les faits suivants : la face muqueuse des lèvres, la pointe de la langue ont une vive sensibilité qui décroît à mesure qu'on s'éloigne de l'orifice labial. Si l'on explore la sensibilité tactile avec le compas de Weber (1) on trouve les chiffres suivants pour le minimum d'écart des régions de la muqueuse buccale (en millimètres) :
Millim.
Pointe de la langue 1,1
Bord rouge des lèvres .... 4,3 Face interne des lèvres . . . 20,3
Le tableau suivan t, emprun té à Bernhardt, donne la sensibilité de diverses régions de la muqueuse buccale pour la sensibilité générale et la sensibilité à la douleur; l'excitant employé était l'électricité induite fournie par l'appareil à glissement de Du Bois-Reyinond. Les chiffres expriment (en centimètres) l'écartement des deux bobines, le chiffre le plus faible correspondant à la plus forte intensité du courant.
Sensibilité
Sensibilité
générale.
à la douleur.
Pointe de la langue . . .
Gencives
Bord rouge des lèvres . .
La sensibilité de la cavité buccale à la température est assez vive; la pointe de la langue surtout viendrait, d'après Weber, immédiatement après la peau du visage (paupières et joues), au point de vue de la distinction de faibles différences de température. Les
(1) Le compas de Weber est uu compas dont les deux branches sont plus ou moins écartées et dont les deux pointes sont applkpiées sur la peau; on a d'abord la sensation de deux pointes, mais si on les rapproche peu à peu, il arrive un moment, où malgré l'écartement des deux pointes, on n'en sent plus qu'une ; il y a donc une distance minimum des deux pointes ou un minimum d'écart eu deçà duquel les deux pointes ne donnent qu'une seule sensation. Ce minimum d'écart sert à apprécier la sensibilité tactile d'une région.
recherches de Goldscheider lui ont montré que d'une façon générale la sensibilité à la chaleur est beaucoup plus faible que la sensibilité au froid ; la pointe de la langue, sa face inférieure, les lèvres et surtout la lèvre inférieure sont les parties les plus sensibles au froid; cette sensibilité est au minimum sur le plancher de la bouche et diminue graduellement d'avant en arrière sur la muqueuse buccale. Sur la base de la langue, les piliers, le voile du palais, le contact de corps durs ou de corps inaccoutumés détermine une sensa tion spéciale, celle de la nausée, tandis que le contact du bol alimentaire e t môme de fragments d'aliments assez durs ne produit qu'une sensation assez vague de contact ou de pression.
Les sensations de température sont encore vives dans le pharynx, par exemple par l'ingestion d'un liquide brûlant ou très froid ; les sensations tactiles y existent aussi quoique bien moins nettes que dans la bouche. Mais ces deux sortes de sensmilités disparaissent presque complètement dans l'œsophage. Ce n'est que lorsque le bol alimentaire est très volumineux que sa déglutition donne une sensation de gêne pénible qui se retrouve dans le cas de corps étrangers de l'œsophage, mais qui est due probablement à la compression des filets nerveux qui entourent ce conduit plutôt qu'aux nerfs mômes de la muqueuse.
La sensibilité tactile de l'estomac est assez faible. Schiff qui a fait sur ce sujet un certain nombre d'expériences sur des animaux porteurs de fistules gastriques, est arrivé aux résultats suivants en excitant par différents procédés la face interne ou muqueuse de l'estomac. Le contact, la piqûre, la section, la cautérisation ne produisent rien, non seulement chez le lapin, mais encore chez le chien. La compression de la muqueuse entre les doigts détermine quelques signes de sensibilité. Les régions les plus sensibles paraissent être la région pylorique et quelquefois le grand cul-de-sac de l'estomac. Ch. Richet, dans ses observations sur Marcelin (1), a trouvé la muqueuse de l'estomac à peu près insensible au contact; Marcelin ne savait si on la touchait ou non ; il ne savait si son es tomac était plein ou vide, ce qui semble indiquer que le sentiment de plénitude qu'on ressent après un repas trop copieux n'est qu'une sensation cutanée due à la distension plus ou moins considérable de la peau de l'épigastre;, il ne sentait pas la température des liquides qu'on introduisait
(1) Marcelin était porteur d'une fistule gastrique consécutive à une opération de gastrotomie pratiquée pour un rétrécissement infranchissable de l'œsophage. (Voir Ch. Richet, Du suc gastrique, 1878.)
dans son estomac ot la sensation pénible qu'il éprouvait par les liquides très froids n'avait rien de commun avec une sensation de température; cependant les liquides alcooliques, le vin , l'eau-de-vie déterminaient une sensation réelle de chaleur.
La sensibilité de l'intestin paraît analogue à celle de l'estomac. La première partie du duodénum semble un peu plus sensible que le reste et se rapprocherait cle la partie pylorique cle l'estomac. Les sensations de température manquent aussi à l'intestin. Sur un individu atteint d'anus artificiel, Weber pût toucher la muqueuse du gros intestin avec un fer chaud ou avec un morceau de glace sans que le patient accusât cle sensation spéciale. La sensation cle froid que donne un lavement glacé provient vraisemblablement non de l'intestin lui-môme, mais de la peau de l'abdomen.
La muqueuse respiratoire présente cle très grandes différences de sensibilité dans les diverses parties de son trajet.
Dans les fosses nasales, la sensibilité tactile est assez développée clans les parties antérieures, mais dans les parties profondes elle acquiert un caractère spécial, c'est une sorte cle picotement, cle chatouillement particulier qui détermine les réflexes de l'éternuement et de la toux. Dans certains cas pathologiques où la muqueuse nasale est gonflée, le contact des cornets et cle la cloison peut produire des réflexes très intenses, toux, suffocations, accès épileptiformes, troubles cardiaques, qui acquiôren quelquefois une gravité redoutable. Les sensations de température de la muqueuse nasale sont assez faibles, sauf, clans la région des narines. L'inspiration d'an air très froid donne une sensation de froid seulement à l'entrée et au plancher nasal; le contact d'un corps froid n'est guère ressenti qu'aux narines et à la partie inférieure cle la cloison.
La sensibilité cle la muqueuse du larynx a un caractère spécial plus accentué encore que celle des fosses nasales; c'est une sorte de chatouillement, cle titillation qui détermine presque irrésistiblement la toux. Cette sensibilité est beaucoup plus vive au niveau des cordes vocales inférieures que sur le reste cle la muqueuse; pour les bronches, le maximum de sensibilité se trouve au point cle bifurcation de la trachée, tandis que la muqueuse de la trachée et des bronches est au contraire très peu sensible. Cette sensibilité du larynx, peut s'émousser dans certaines maladies cl cette aneslhésie laryngée est toujours un
symptôme grave, à moins qu'elle ne soit de nature nerveuse; c'est ainsi qu'on la rencontre clans les lièvres graves, dans l'agonie et les mucosités peuvent ainsi s'accumuler dans la trachée et jusque dans le larynx sans que des efforts de toux se produisent non seulement par suite de la faiblesse musculaire, mais encore parce que le besoin de tousser ne se fait pas sentir, l'irritation laryngée faisant défaut.
Si nous passons maintenant à la muqueuse des organes génitourinaires, nous trouvons d'abord pour le canal de l'urèthre une sensibilité assez vive, sauf pour le passage de l'urine, à cause de l'habitude qui a émoussé la sensation ; mais quand, au lieu d'un liquide, c'est un corps dur comme une sonde par exemple qui passe dans le canal , il se produit une sensation tactile d'un caractère spécial, plutôt désagréable que véritablement douloureuse et qui disparaît peu à peu si le cathétérisme est fréquemment répété. D'autres fois, spécialement chez certaines personnes nerveuses, excitables, à tempérament érotique, c'est une sensation agréable qui peut conduire à de véritables perversions du sens génital dont on pourra lire les détails et les conséquences dans les recueils spéciaux.
La muqueuse de la région prostatique et de la région membraneuse est beaucoup plus sensible cpie celle du reste de l'urèthre, surtout à la distension.
A l'é tat ordinaire la sensibilité de la vessie est très obtuse. D'après les recherches de Guyon, quand la vessie est saine le contact de la sonde ne détermine ni douleur ni sensation tactile. Des calculs volumineux peuventmôme y séjourner très longtemps à l'insu du sujet quand il n'y a pas d'inflammation. La distension, au contraire, soit par le liquide urinaire , soit par un liquide injecté par l'urèthre, produit, quand elle est modérée, une sensation vague, un peu obtuse, mais quand elle est portée plus loin elle détermine d'abord le simple besoin d'uriner, besoin qui s'exaspère peu à peu jusqu'à la douleur la plus vive quand la distension atteint son maximum.
Les sensations tactiles du vagin sont assez obtuses ; les corps étrangers n'y produisent que des sensations très vagues et on a vu despessairesy séjourner des années à l'insu môme de la femme et sans déterminer d'accidents. L'utérus et le col de l'utérus sont à peu près insensibles au contact ; tous les chirurgiens savent que le col, à moins qu'il ne soit à l'état pathologique, peut être coupé, cautérisé, amputé sans produire de douleur.
Ces organes peuvent, par contre, sous l'influence de l'orgasme vénérien, être le siège de sensations spéciales très vives.
Les séreuses son t en général assez sensibles et le deviennent bien plus encore quand elles sont enflammées. Le péritoine, les membranes synoviales se dis tinguent spécialement par leur vive sensibilité.
Les conduits excréteurs des glandes sont surtout sensibles à la distension et à la déchirure, et l'orifice de ces conduits glandulaires en est la partie la plus sensible. Tout le monde connaît par ouï dire les atroces douleurs des colicpies hépatiques et néphrétiques.
Le tissu musculaire du cœur est insensible et on peut le piquer, le couper, le brûler sans produire de douleur. Mais il n'en est pas de môme de sa face interne, de l'endocarde. François-Franck a montré que les excitations de l'endocarde déterminaient des réactions variables suivant la forme de l'excitation ; ainsi une percussion brusque des valvules sigmoïdes produit l'arrêt du cœur et une chute de la pression artérielle tandis qu'un frottement léger de leur surface interne et de l'aorte produit une accélération du cœur et une augmentation de pression.
Les artères sont insensibles à la piqûre, à la section, à la ligature, sauf les artères viscérales ; cependant l'injection de substances irritantes chez les animaux (acides étendus, encre), amène des cris et des signes de douleur; mais dans ce cas, la douleur est-elle due à l'irritation de la membrane interne des artères ou à la pénétration du liquide dans les dernières ramifications vasculaires et à son action directe sur les filets nerveux des organes ? D'après quelques auteurs, Al. Monro, Ghaussier, la paroi interne des veines serait sensible au contact.
On a beaucoup discuté sur la sensibilité de la dure-mère ou membrane fibreuse des centres nerveux. Cette sensibilité est réelle et marquée surtout à la partie inférieure et latérale. Dans les conditions ordinaires, ceLte sensibilité se traduit par des réactions réflexes de diverse nature qui peuvent s'exaspérer d'une façon notable par l'exposition de la membrane à l'air ainsi que dans les cas pathologiques.
La plupart des organes profonds, rate, foie, glandes, pa-
raissent à peu près insensibles à l'état normal; mais il n'en est pas de môme des deux glandes génitales, le testicule et l'ovaire, dont la pression détermine une douleur aiguë, syncopale, caractéristique, bien connue des médecins. On sait du reste quelles relations intimes ces deux glandes et spécialement l'ovaire ont avec le système nerveux et d'une façon générale avec tout l'organisme.
Parmi les organes des sens il n'y a ici qu'à mentionner le globe oculaire et ses annexes. La conjonctive présente une sensibilité spéciale, très vive. Le moindre contact détermine une sensation pénible de picotement ou plutôt de granulation (grain de sable). Sur la cornée, la sensibilité tactile est très obscure et c'est la sensibilité douloureuse qui domine, mais avec un caractère spécial difficile à définir et bien différent de celui de la conjonctive. Si on touche la cornée avec un poil, la localisation du point touché est assez peu précise, sauf au bord de la cornée, d'après les recherches de Ranvier; avec deux poils, pour que les deux contacts donnent la sensation d'un contact unique il faut les rapprocher à une distance assez faible cpii peut du reste être diminuée par l'exercice. L'iris est peu sensible à la section; son excision détermine peu de douleur, mais la douleur devient très vive quand il est soumis à des contusions ou à un tiraillement continu.
Cette sensibilité organique, dont je viens de passer rapidement en revue les principaux caractères et les principaux sièges ne se révèle pas seulement par des sensations variables, sensations tactiles, thermiques, spéciales, douloureuses, agréables; elle se révèle encore par des réactions de divers genres, réactions motrices dans la sphère de la vie de relation et de la vie végétative (réactions convulsives ou paralytiques, réactions pupillaires, réactions circulatoires, cardiaques, respiratoires, vésicales, etc.), réactions sécrétoires de diverse nature, etc., réactions dont l'élude est de la plus haute importance pour le pbysiologiste et le médecin, mais qui, n'appartenant pas à la catégorie des sensations internes, ne rentrent pas dans le cadre de ce livre (1).
(1) Ces réactions ont été bien étudiées et analysées par plusieurs physiologistes et en particulier par François-Franck clans ses publications et dans ses cours du Collège de France.