PSYCHIQUE
Je donne le nom de besoins à des états sensitifs spéciaux qui se reproduisent à des intervalles assez fréquents et qui sont caractérisés par une impulsion presque irrésistible à produire certains actes ou certaines manifestations psychiques en corrélation étroite avec l'état sensitif. Les pages suivantes éclairciront et compléteront cette définition.
Les besoins peuvent être naturels ou acquis. Je m'occuperai d'abord des premiers.
Les besoins naturels peuvent être groupés sous trois catégories.
Je placerai dans la première catégorie les besoins clans lesquels l'acte musculaire est l'objet essentiel, l'élément fondamental du besoin. Tels sont par exemple le besoin d'éternuer, de tousser, le besoin d'uriner, et les besoins analogues. — Dans ces cas, l'acte musculaire, quelque simple ou quelque complexe qu'il soit, a pour but de faire disparaître la cause qui produit la sensation désagréable du besoin, mucosité des fosses nasales ou du larynx, urine, etc. Il peut arriver cependant et il arrive souvent, en effet, que l'état sensitif correspondant à un besoin donné, au lieu d'être produit par son excitant habituel, cause ordinaire du besoin, le soit par une cause différente, périphérique ou centrale; c'est ainsi que le besoin de tousser par exemple pourra être produit non seulement par l'irritation de la muqueuse du larynx par un corps étranger, mais par l'irritation du conduit auditif externe, de la plèvre, des fosses nasales ou par une cause centrale comme dans certaines affections cncéphaliques.Mais toujours l'acte musculaire corrélatif du besoin se produit comme s'il y avait un corps étranger a expulser du larynx.
Dans une deuxième catégorie peuvent se placer les besoins
qui dérivent de l'inaction prolongée des organes et des centres nerveux. Cette inaction prolongée s'accompagne au bout d'un certain temps d'un état sensitif désagréable qui ne peut prendre fin que par la mise en jeu de l'activité fonctionnelle de l'organe ou du centre nerveux. Essayez par exemple de rester absolument immobile, sans remuer, et vous verrez que cette immobilité ne pourra se prolonger au delà d'une certaine limite et qu'il se produira un véritable besoin d'activité musculaire et de mouvement auquel vous serez forcé de céder. Il en est de même poulies sensations ; qu'on ferme les yeux et qu'on se place dans l'obscurité complète, on aura au bout d'un certain temps un besoin impérieux de voir le jour et la lumière. La plus grande partie des besoins physiologiques rentrent clans cette catégorie.
Enfin la troisième catégorie comprend un certain nombre de besoins, beaucoup plus limité du reste, clans lesquels l'état sensitif caractéristique du besoin résulte d'une cause contraire, à savoir de l'activité trop prolongée ou de l'excès d'activité d'un organe ou d'une fonction voire môme de tout l'organisme. A cette catégorie des besoins de repos ou d'inaction appartiennent le besoin de sommeil, le besoin de repos musculaire ou de repos sensitif, etc.
Il entre clans les besoins un certain nombre d'éléments constitutifs qui les distinguent des états sensitifs ordinaires et qui les caractérisent.
Le premier caractère, c'est la répétition fréquente, quelquefois môme périodique du besoin et de l'acte qu'il détermine. Les besoins sont très souvent des habitudes et cette répétition s'observe aussi, comme on le verra plus loin et peut-être avec plus de force encore, clans les besoins acquis.
Le second caractère, c'est l'impulsion violente, presque irrésistible qui pousse à exécuter l'acte, volontaire ou involontaire, qui correspond au besoin. Cette impulsion est beaucoup plus forte pour les actes réflexes, comme l'éternuement, la toux, mais elle est encore très puissante pour des actes essentiellement volontaires, tel est par exemple le besoin de se gratter quand on ressent une vive démangeaison à la peau.
Enfin le troisième caractère, c'est que l'acte, ou la série d'actes qui suivent le besoin sont exécutés et coordonnés dans un but spécial et pour une fin bien déterminée.
Le besoin se distingue de Yenvic (quoique le langage vulgaire