NERFS SENSITIPS DES MUSCLES
Rauber a décrit, clans les gaines musculaires et clans le tissu connectif de la surface du muscle, des arborisations terminales qui portent des corpuscules de Pacini très variés de forme et de grandeur et de môme structure fondamentale que celle des corpuscules de Pacini de la peau. Ils sont presque toujours superficiels et rarement entourés de tous côtés par les fibres musculaires. Ces mômes corpuscules se retrouvent dans la gaine des tendons et clans les capsules articulaires.
Les observations les plus précises sur cette question sont dues à Golgï. D'après cet auteur, les nerfs des tendons forment un réseau irrégulier à mailles lâches dont les filets nerveux se terminent presque tous au niveau de l'insertion des fibres musculaires au tendon. Golgi décrit pour ces filets deux modes de terminaison. Le premier, spécial au tendon, est constitué par des corps fusiformes appelés depuis corpuscules de Golgi; des deux extrémités de ce corpuscule, l'un est en connexion directe avec la fibre musculaire dont le sarcolemme se con tinue avec la charpente fibriliaire du corpuscule; l'autre, simple ou fourchue, se confond avec la fibre tendineuse. A chaque corpuscule aboutissent crime à quatre fibres nerveuses àmoelle qui pénètren t clans sa partie centrale, puis divergent pour se terminer, après avoir perdu leur moelle nerveuse, clans de petits amas de substance granuleuse situés à la surface du corpuscule. Le deuxième mode de terminaison est formé par des corpuscules analogues aux corpuscules de la conjonctive. Pour Golgi, les premiers seraient en rapport avec la sensibilité fonctionnelle, les seconds avec la sensibilité tactile. Les recherches de Golgi ont été confirmées par Marchi qui a étudié les corpuscules de Golgi sur les tendons des muscles de l'œil.
D'après Bremer, les terminaisons nerveuses en grappe décrites par Tschiriew et Ranvier et regardées par ces auteurs comme des formes incomplètement développées de plaques motrices terminales devraient être considérées comme de véritables terminaisons sensitives.
En résumé, si, au point de vue histologique, l'existence de nerfs sensitifs musculaires tels que les a décrits Sachs est encore l'objet d'un cloute, il n'en subsiste pas moins, et c'est là l'essentiel au point de vue physiologique, qu'il y a dans le muscle tout un système nerveux sensitif qui permet d'interpréter les phénomènes de sensibilité musculaire.
C'est à Sachs que sont ducs les principales expériences qui
tendent à démontrer l'existence de nerfs sensitifs dans les muscles.
Une première catégorie d'expériences consiste à déterminer des mouvements réflexes par l'excitation d'un muscle ou d'un nerf moteur.
Sachs isole le nerf musculaire du couturier sur une grenouille et le secLionne avant son entrée dans le muscle ; la grenouille a été préalablement intoxiquée par la strychnine pour augmenter son excitabilité réflexe. En excitant alors le bout central âa nerf par des courants d'induction, il voit se produire des contractions réflexes des autres muscles et quelquefois de tout le corps. Cette contraction réflexe ne peut tenir à une transmission centripète de l'excitation par les fibres nerveuses motrices, car en excitant les racines motrices elles-mêmes, on n'obtient aucune contraction réflexe. On peut donner aussi une autre forme à l'expérience. On laisse le couturier en rapport avec son nerf, mais on coupe les racines antérieures du sciatique du môme côté; le muscle est donc privé de son innervation motrice, et ne peut plus être en connexion avec la moelle que par des filets sensitifs passant par les racines postérieures; si dans ces conditions on excite le muscle par des courants d'induction, on a des contractions réflexes du côté opposé.
Sachs chercha ensuite à démontrer que la contraction d'un muscle suffit, à elle seule, pour exciter les nerfs sensitifs de ce muscle. Il a utilisé pour cette démonstration une disposition du couturier de la grenouille ; ce muscle est absolument dépourvu de nerfs à ses extrémités. En appliquant de l'ammoniaque sur la coupe d'une extrémité du couturier, le muscle excité se contracte et en môme temps il se produit des contractions réflexes des muscles du côté opposé. Cette expérience prouverait, d'après lui, que la contraction peut ê tre sentie, en tant que contraction musculaire, et qu'il ne peut s'agir là des nerfs sensitifs des tendons, des aponévroses et des articulations, puisque le muscle est tout à fait isolé.
Il a cherché à aller plus loin et à exciter directement les nerfs sensitifs intra-musculaires. Dans certains muscles de grenouille (couturier, cutané de la cuisse, elc), les nerfs se ramifient à la face interne du muscle sous l'aponévrose et on peut, à l'aide de fines électrodes, localiser presque exclusivement le courant et l'excitation clans tel ou tel filet nerveux. En essayant successivement ces filets nerveux, on voit que l'excitation de certains nerfs est suivie d'une contraction tandis que la même excitation