NERFS SENSITIFS DES MUSCLES
reste sans effet sur d'autres. L'expérience est plus frappante encore quand on attend que l'excitabilité du muscle ait diminué et que Le muscle ne réponde plus à l'excitation que par un soulèvement localisé au point irrité. Cette contraction localisée manque pour certains nerfs. Il faut remarquer cependant quelles nombreuses causes d'erreur peuvent se glisser clans des expériences aussi délicates.
Enfin une dernière série d'expériences concerne les expériences de dégénérescence nerveuse. Si on sectionne les racines motrices cbez la grenouille et qu'on attende un certain temps, on trouve au microscope les fibres nerveuses motrices dégénérées en même temps que les nerfs et les muscles sont devenus inexcitables ; mais à côté de ces fibres nerveuses dégénérées, on en trouve toujours quelques-unes intactes qui ne peuvent être que des fibres sensitives. Cependantla contre épreuve de l'expérience ne réussit pas. Si l'on fait la section des racines pos térieures (après le ganglion), on devrait trouver dans les muscles les nerfs moteurs intacts et les nerfs sensitifs dégénérés ; or il n'en est rien ; tous les nerfs musculaires sont intacts. Sacbs explique ce fait en supposant que, clans le cas de section des racines postérieures, la partie périphérique du nerf sensitif continue à recevoir des excitations par le nerf moteur, tandis que, dans le cas de section des racines motrices, les nerfs moteurs ne reçoivent plus aucune excitation.
Les expériences plus récentes de Kowalesld et de Nawrocki ont confirmé sur certains points celles de Sachs. L'un de ces observateurs avait déjà vu chez le chat (curarisé pour empêcher Les mouvements) l'excitation du bout centrai du nerf phrénique augmenter la pression sanguine, et Asp avait observé le même fait par l'excitation des nerfs musculaires de la cuisse chez le lapin. Kowaleswy et Nawrocki, en excitant mécaniquement ou par l'électricité le bout central de l'hypoglosse et du facial chez des chats curarisés, ont déterminé une hausse de la pression artérielle et la dilatation de la pupille. On peut toujours se demander, il est vrai, si, à l'endroit où ces nerfs ont été irrités, ils n'avaient pas déjà reçu de filets sensitifs par anastomose avec des nerfs de sensibilité.
Quoi qu'il en soit, les expériences de Sacbs me paraissent avoir démontré L'existence de nerfs sensitifs dans les muscles et François-Franck, quiarépété quelques-unes des expériences de Sachs, arrive a la môme conclusion et admet la présence dans les muscles de fibres nerveuses centripètes. Nous avons, dit-il, constaté
que l'excitation du bout central du nerf du couturier, qui ne contient pas de fibres allant ailleurs qu'à ce muscle, produit des contractions réflexes comme en produit l'excitation du bout central du sciatique dans lequel se trouvent des filets cutanés. Dans d'autres expériences, il a vu que chez la grenouille légèrement strychnisée l'attouchement de la coupe du muscle couturier tenant encore à son nerf au niveau du tiers moyen provoque également des réflexes généralisés, comme en détermine l'attouchement d'un point de la peau. Pour bien s'assurer que ces réflexes ainsi produits ne résultaient pas d'un ébranlement communiqué aux parties voisines par l'attouchement, il a sectionné le nerf du couturier en laissant le muscle en place, et les réflexes ne se sont plus produits par le contact du muscle. (Dict. encyclopédique, Art. Système nerveux.)
L'existence des réflexes tendineux démontre aussi la réalité des nerfs sensitifs musculaires. Charcot et Vulpian avaient vu en 1862 que chez un malade atteint d'affection de la moelle (sclérose en plaques), si on fléchissait brusquement le pied pour tendre les muscles du mollet et si on maintenait cette tension pendant quelque temps, il se produisait une trépidation du pied due à des contractions musculaires répétées et à laquelle ils donnèrent le nom de trépidation épileptoïde. Eulenburg, Erb, Westphal, etc., constatèrent des phénomènes analogues chez l'homme sain, mais surtout chez des malades atteints d'affection de la moelle épinière. La jambe étant demi-fléchie, un coup bref sur le tendon rotulien déterminait un mouvement brusque d'extension de la jambe ; une distension brusque du tendon produisait le môme effe t. Il ne s'agit pas, dans ce phénomène, comme le croyait Westphal, d'une excitation directe et mécanique du muscle par l'ébranlement ou l'allongement de son tendon, car on ne voit pas la partie inférieure du muscle se contracter avant la partie supérieure, au contraire le muscle se contracte en totalité. C'est donc une con traction réflexe et les expériences sur les animaux prouvent que l'excitation qui détermine les réflexes ne part pas de la peau, mais bien du tendon. Du reste Schultze et Furbringer ont pu isoler le tendon rotulien du muscle et voir le réflexe rotulien persister quand on frappait le tendon. Tous les tendons peuvent de même déterminer le réflexe tendineux pourvu que les muscles soient dans un certain degré de tension (Brissaucb. Ce réflexe tendineux est aboli par la section des racines postérieures des sixièmes nerfs lombaires, chez le lapin, et la destruction de la partie correspondante de la moelle (Tschiriew). Les