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NOTION DE DISTANCE ET DE DIRECTION

Maintenant comment du continu hétérogène de sensations passons-nous au continu homogène de la représentation idéale de l'espace? Faut-il y voir, comme le dit Wundt, un effet des sensations d'innervation centrale et n'est-ce pas plutôt un résultat de l'activité psychique qui, peu à peu, retire des sensations hétérogènes tout ce qui est dissemblahle et accidentel pour n'en conserver que ce qui est irréductible à l'analyse et n'estce pas là simplement une des formes primordiales de la pensée?

Les notions de distance, de direction, déposition se rattachent à la notion de l'étendue.

La notion de distance (Taine) consiste en une série de sensations musculaires entre deux corps A et B vus ou touchés ; la distance est plus longue si la série des sensations musculaires est plus prolongée. Donc le temps , comme le dit Taine, est le père de l'espace et nous ne concevons la grandeur simultanée que par la grandeur successive. Dans un parcours il y a trois termes, la grandeur de la force motrice, la longueur du temps employé et l'étendue de l'espace parcouru et chacun d'eux est déterminé par les deux autres ; or nous trouvons en nous-mêmes les deux premiers et ils équivalent ensemble au troisième (p. 87). C'est à l'origine seulement qu'on trouve dans l'idée de distance une série plus ou moins longue de sensations musculaires du bras ou de la jambe; puis ces sensations musculaires deviennent des symboles comme les mots.

Notre appréciation des distances repose en grande partie sur des sensations musculaires et surtout sur notre aptitude à discerner les degrés divers de mouvement de l'œil, donc sur des sensations de mouvement. Mais il faut que ces sensations musculaires soient aidées par d'autres sensations. Aussi, quand elles sont réduites à elles seules, l'appréciation exacte des distances est assez restreinte. C'est ce qu'on observe dans l'appréciation des distances par l'accommodation seule.

Voici ce quen ditHelmholtz dans sonOptique physiologique. « Une personne qui a beaucoup étudié les variations de son accommodation et qui connaît la sensa tion de l'effort musculaire qu'exigent ces changements est cà même de dire si elle accommode pour une distance grande ou petite au moment où elle fixe un objet ou une image optique. Mais l'évaluation de la distance à l'aide de ce moyen c^st excessivement imparfaite. Wundt a fait des expériences sur ce sujet. Il regardait avec un œil, à travers une ouverture pratiquée dans un écran fixe, vers un fil

f.EAUNIS.

noir tendu verticalement. Un tableau blanc formait le fond. Le fil était mobile le long d'une échelle divisée horizontalement et pouvait être mis à une dislance déterminée de l'observateur. Dans ces conditions, il n'était possible de donner sur la dislance absolue du fil que des indications à peu près nulles ;mais quand on lui donnait successivement deux positions différentes , la variation de l'accommodation permettait bien de reconnaître si on avait rapproché ou éloigné le fil. Cependant on distinguait plus nettement le rapprochement que l'éloignement ; le premier de ces mouvements était accompagné d'un effort actif de l'appareil d'accommodation, mais à mesure que l'œil se fatiguait, l'incertitude augmentait également dans la perception du rapprochement. Pour deux fils tendus simultanément à des distances différentes, les résultats furent les mômes que pour un seul fil qu'on déplaçait en le rapprochant. »

Dans la vision binoculaire, clans laquelle intervient le sentiment du degré de convergence des lignes du regard suivant que nous fixons un objet éloigné ou rapproché, les résultats sont plus précis ; mais là encore l'appréciation delà distance absolue d'un objet est très difficile et sujette à de nombreuses erreurs et Helmholtz cite un certain nombre d'illusions visuelles qui dérivent de cette incertitude.

11 n'en résulte pas moins que les sensations musculaires de la vue interviennent d'une façon prédominante dans nos appréciations ordinaires de la distance et de la longueur des objets. Mais chez les aveugles-nés, il ne peut en être ainsi et, comme le fait remarquer Stuart Mill, chez eux le temps tient lieu d'espace ; c'est par la vitesse et la rapidité des sensations successives qu'ils reconnaissent les longueurs. Laura Bridgmann mesurait les distances très exactement. J'ai souvent essayé, dit le Dr Howe, de déterminer de quelle manière elle estimait la distance et la longueur. Je lui mettais dans la main des corps polis ou rugueux que je tirais à moi ; ainsi en lui mettant dans la main une canne et la tirant, elle disait que la canne était longue ou courte suivant que le mouvement était plus ou moins rapide et suivant la durée de l'impression.

Quant à la forme des objets, elle se ramène, comme le fait remarquer Taine, à l'idée déposition qui se ramène elle-même à l'idée de distance jointe à l'idée de direction.

La notion de la profondeur peut être dérivée aussi des sensa-

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