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PERSISTANCE DES SENSATIONS MUSCULAIRES

seulement par la représentation des mouvements de son propre corps, mais encore par la représentation des mouvements des autres hommes ou des objets extérieurs. Aussi formule-t-il celte loi qu'il n'y a dans la mémoire aucun mouvement qui puisse être représenté sans une sensation musculaire. La vue du mouvement d'une troupe en marche par exemple éveille en lui la sensation du mouvement correspondant. En résumé, il ne peut se représenter un mouvement quelconque sans qu'il y ait une sensation concomitante dans un groupe musculaire, et sans la sensation musculaire il ne pourrait se représenter aucun changement dans le monde extérieur.

Mais il faut remarquer à ce propos que, chez Stricker, ces sensations musculaires et la mémoire de ces sensations sont extrêmement développées et que les résultats observés par lui sur lui-même font complètement défaut chez d'autres personnes. Ainsi ces sensations sont bien moins prononcées chez les lettrés que chez les personnes habituées aux exercices du corps et elles peuvent être à peu près émoussées chez des hommes très intelligents. Je reviendrai du reste plus loin sur ce sujet.

Quoi qu'il en soit, qu'elles arrivent nettement h la conscience de manière à pouvoir être nettement formulées ou qu'elles restent à l'état vague ou demi-conscient, la mémoire de ces sensations musculaires n'en joue pas moins le plus grand rôle dans la vie motrice de l'individu. Tous les actes que nous accomplissons sont basés sur cette mémoire ; la marche, la parole, tous les exercices musculaires, les métiers manuels, etc., ont pour condition sine qua non la mémoire des sensations musculaires. C'est par une éducation graduelle, répétée, journalière que nous arrivons à cette précision de mouvements qui nous est si nécessaire dans les actes de la vie.

J'ai fait récemment un certain nombre de recherches sur cette question de la mémoire des sensations musculaires. Ces expériences n'ont porté jusqu'à présent que sur l'étendue et la direction du mouvement. Voici en quoi elles consistent et les résultats auxquels je suis arrivé (1). Je dirai d'abord quelques mots des procédés employés.

1° Expériences sur l'étendue du mouvement. — Je trace les yeux fermés ou dans l'obscurité, une première ligne sur un

(1) Ces expériences ont été publiées dans les Bulletins de la Société de psychologie physiologique et dans la troisième édition de ma Physiologie (t. II, p." 793).

tableau noir ou sur une feuille de papier, soit 1 ; puis en conser-

vant toujours les yeux fermés, et sans avoir vu la première ligne, 1, j'en trace à côté, une seconde, 2, à laquelle je cherche à donner la môme longueur exactement qu'à la première. Cette seconde ligne, 2, je la reproduis soit immédiatement après la première, soit au bout d'un temps variable, 5,10, 15,... 50 secondes et au delà. Je vois ainsi au bout de combien de temps disparaît le souvenir du mouvement musculaire qui a tracé la première ligne. Pour pouvoir distinguer plus tard ces deux lignes, je termine la deuxième par un petit crochet, de sorte qu'il sera toujours facile de retrouver celle qui a été la reproduction graphique de la première. Je fais ainsi une série d'expériences en faisant varier la longueur des lignes depuis les plus faibles longueurs jusqu'aux longueurs maxima compatibles avec la grandeur de mon papier ou de mon tableau. Chaque série d'expériences correspond à un môme intervalle déterminé (5, 10 secondes), entre la première ligne et sa reproduction graphique. J'ai ainsi, au bout de quelque temps, un certain nombre d'expériences dans lesquelles la reproduction de la ligne primitive a lieu soit immédiatement, soit au bout d'un certain nombre de secondes. Pour déterminer l'instant où je dois tracer la deuxième ligne, je me sers d'un métronome à sonnerie que je règle en conséquence d'après l'intervalle de temps que je veux avoir.

Au lieu de deux lignes tracées successivement, j'ai employé aussi le moyen suivant qui a l'avantage d'éliminer le rôle de l'élément, sensation tactile. J'inscris deux points à une certaine distance l'un de l'autre, soit: 1 et 1', en plaçant l'index de la main gauche près du point, l: je replace alors le crayon près du point, 1, que je retrouve par la position de l'index gauche. Puis,

au bout d'un temps déterminé, variable, suivant la série d'expériences que je suis en train de faire, je trace deux signes (croix, rond, etc.),' 2, 2' en tâchant que la distance 2 à 2' soit égale à la

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