DOULEURS MÉCANIQUES
Douleurs mécaniques.
Les douleurs grava tiers ou de pression sont en général assez faciles à supporter el n'acquièrent que rarement une intensité exceptionnelle à moins que parleur durée, comme on le voit quelquefois dans la lourdeur de tô te, elles ne deviennent réellement intolérables. Mais cette continuité de la douleur gravative est rare et quand on a, comme on le dit vulgairement, la tête lourde, si la douleur dure longtemps, elle prend peu a peu une autre forme, celle de la construction par exemple qui est beaucoup plus douloureuse. A son degré le plus léger, c'est un sentiment de poids qui a ordinairement son siège dans la région frontale mais qui peut occuper aussi toutes les autres régions du crâne ; ce sentiment est diffus, mal circonscrit et peut s'étendre et gagner les régions voisines. A un degré plus intense, il semble que le poids de la tête ait un peu augmenté et cet état empêche- ou rend pénible tout travail intellectuel.
Ce sentiment de poids, de pesanteur peut se retrouver aussi dans les autres organes. A l'état normal nous n'avons aucune sensation de la présence de nos organes ; nous n'avons conscience ni du foie, ni de la rate, par exemple; mais que pour une cause ou pour une autre ces viscères viennent à se gonfler, à se congestionner, la pression qu'ils exercent sur les organes voisins et spécialement sur la peau et les nerfs cutanés suffit pour déterminer une sensation douloureuse de poids ou de pression. Cette sensation de pesanteur se retrouve encore dans le premier degré de paralysie d'un membre et même dans le simple engourdissement dû à une compression prolongée des nerfs du membre. Cette sensation de pesanteur toujours assez vague, obscure, mal délimitée, mérite du reste à peine le nom de douleur.
Les douleurs tensives ou de tension représentent un degré de plus comme intensité. A la sensation de poids simple, de pression, s'ajoute un sentiment de tension, comme si les tissus étaient tirés et distendus. Un exemple vulgaire en est donné, au plus faible degré, par la plénitude qu'on ressent à la région épigastrique après un repas copieux. Tant que la distension n'atteint que les parois stomacales, ce sentiment est à peine perceptible; il n'acquiert une certaine intensité que lorsque la dilatation' de l'estomac est portée à un degré tel que la peau de l'épigastre se trouve elle-même distendue. La réplétiondela vessie par l'urine, du rectum par les excréments produisent des sensations analogues de plénitude et par les mêmes causes. Ces sensations de
distension peuvent être portées plus ou moins loin suivant le degré de tension des parties et principalement de la peau, mais surtout suivant la rapidité de la distension. Ainsi l'augmentation considérable de tension produite par la grossesse ou par une tumeur abdominale ne se traduit parfois par aucun phénomène sensitif, appréciable, tandis que l'augmentation rapide de tension des tissus dans l'accès de goutte, de la sclérotique dans le glaucome, delà membrane fibreuse du testicule dans l'inflammation de cet organe produit des douleurs intolérables. Tous ceux qui ont eu un panaris savent que la position déclive de la main exaspère instantanément la douleur en augmentant l'afflux sanguin et par suite la tension de la peau dans le doigt malade.
Le tiraillement est une forme spéciale de la distension. On le rencontre dans les affections de l'intestin et de l'estomac, dans certaines coliques, dans la faim. L'arrachement est la sensation de distension portée à l'extrême ; telles sont les sensations qui se produisent au moment de l'avulsion d'une dent, à certaines périodes de l'accouchement, dans certaines opérations chirurgicales ou certaines blessures. La douleur de l'arrachement peut être poussée à son comble et atteindre les dernières limites.
Les douleurs de resserrement ou douleurs constrictwes participent à la fois des douleurs gravatives et des douleurs tensives. Au degré le plus faible c'est un simple sentiment de gêne, de resserrement à peine douloureux, comme au début des œdèmes des membres inférieurs ou dans les gonflements qui précèdent les inflammations. Puis le degré de resserrement s'accentue et devient une véritable constriction, qui, de degré en degré, peut aboutir à une sensa tion excessivement douloureuse. Ces douleurs constrictives sont fréquentes dans la céphalalgie; tantôt c'est une constriction circulaire comme si la tête était serrée par une corde enroulée ; tantôt le resserrement se fait suivant un seul diamètre, comme si un étau cherchait à rapprocher les deux pôles opposés du crâne ; tantôt la constriction s'exerce sur toute la surface du crâne ; elle est concentrique, comme si une calotte de plomb recouvrait et comprimait la tête et cette expression est fréquemment employée par les malades. Ce sentiment de constriction peut du reste se retrouver dans les membres, dans le tronc, au cou avec tous ses degrés d'intensité et toutes ses formes. Ces sensations sont fréquentes aussi dans la poitrine. C'est une barre en travers de l'estomac (barre épigastrique) ; c'est une ceinture qui entoure le thorax et gêne la respiration. Elles