DOULEURS MÉCANIQUES
peuvent aussi occuper les régions internes et. donner lieu a de véritables sensations d'étranglement, d'étouffement, de suffocation. Une forme spéciale de cette catégorie de douleurs est le pincement qui s'observe surtout dans l'appareil musculaire et principalement au cœur, ainsi chez les sujets atteints d'affections cardiaques ou de simples palpitations.
Les douleurs tormineuses se rapprochent des douleurs tensives, mais avec quelque chose de plus que nous ne pouvons mieux comparer qu'à une torsion. Tel est le caractère des douleurs qui accompagnent les contractions musculaires exagérées et violentes, qu'elles se présentent dans les muscles striés, volontaires ou dans les muscles lisses de la vie végétative. On sait à quel degré d'intensité peuvent atteindre les crampes musculaires, surtout dans quelques maladies, comme le choléra, ou dans quelques empoisonnements (poisons métalliques, champignons). Ces douleurs se localisent en général facilement, grâce à la saillie dure que fait le muscle ou le faisceau musculaire contracturé. Les douleurs dues aux contractions violentes des muscles lisses ont un caractère un peu différent et sont moins facilement localisables à cause de la profondeur des organes contracturés. Un des meilleurs exemples en est donné par les contractions de l'utérus dans l'accouchement, les douleurs comme on les appelle communément ; ces douleurs qui, à l'état léger et au début de l'accouchemen t, sont peu intenses (mouches), deviennent peu à peu extrêmement violentes et il est peu de femmes qui puissent les supporter sans pousser des cris. A ces sensations douloureuses dues à la contraction des muscles lisses de l'utérus viennent se mélanger des douleurs provenant des parties sensibles (col de l'utérus, organes génitaux externes) qui sont tiraillées, froissées et quelquefois déchirées dans l'acte de l'expulsion du fœtus.
Dans les crampes qui siègent dans les tuniques musculaires de l'estomac et de l'intestin, les douleurs (coliques) présentent aussi, dès qu'elles atteignent une certaine intensité, le môme caractère de constriction et de tortillement ; les noms de tranchées, douleurs tormineuses (tormina intestinorum) correspondent aux degrés les plus aigus de ces coliques, que le langage populaire a baptisées du nom pittoresque de coliques de miserere. Dans les coliques dues aux calculs du foie et du rein, aux douleurs déjà excessivement intenses résultant du spasme des conduits, s'ajoutent les douleurs déterminées par l'irritation ou la la déchirure des filets nerveux sensilifs, et ce mélange de sensa-
lions produit les douleurs horribles des accès de coliques hépatiques ou néphrétiques.
Dans les gerçures du mamelon chez les nourrices, dans les fissures de l'anus, le spasme douloureux des muscles des régions correspondantes joue un rôle important dans les sensations douloureuses qui accompagnent ces affections. Il en est de môme dans les douleurs qui caractérisent l'envie d'aller à la garde-robe dans la dysenterie, et le hesoin de la miction dans l'inflammation du col de la vessie, douleurs auxquelles on a donné le nom de ténesme et A'épreintes. Dans la curieuse hypcresthésie vulvaire, connue sous le nom de vaginisme et dans laquelle le moindre contact détermine une douleur intolérable, douleur qui rend tout rapprochement sexuel impossible, ce sont encore les muscles qui interviennent comme dans le spasme des paupières, le spasme du larynx et autres affections du même genre.
J'appelle douleurs divulsives celles dans lesquelles il semble qu'il y ait pénétration dans nos tissus, et par suite divulsion, séparation de leurs parties constituantes. Ces sensations ont évidemment leur point de départ dans les sensations produites par des agents extérieurs piquants ou tranchants, et dont nous avons eu l'occasion d'éprouver et de ressentir les effets. Ces douleurs présentent tous les degrés, depuis le simple picotement jusqu'à ces douleurs dans lesquelles nos organes nous paraissent comme détruits, rongés par une liqueur corrosive ou la dent d'un animal.
Dans le picotement, la sensation douloureuse est tout à fait superficielle, à fleur de peau; la pénétration est à peine accentuée. A un degré plus fort, la douleur est dite pongitive; la pénétration est plus marquée et la douleur offre toutes les transitions possibles, suivant la profondeur de la pénétration, son calibre, sa direction, sa rapidité; car nous sommes bien obligés d'emprunter nos expressions aux instruments ou aux agents qui nous semblent pouvoir déterminer des sensations analogues. Ce sont de fines piqûres comme par des pointes d'aiguille, des élancements (douleurs lancinantes) tels qu'on les ressent dans les névralgies ; nous avons la sensation de quelque chose de très fin qui entre dans nos tissus, qui y pénètre plus ou moins profondément et qui, quelquefois, traverse un organe ou un membre de part en part; ces élancements suivent souvent le trajet des nerfs et marchent dans la direction centrifuge, c'est-à-dire de la racine à la périphérie du membre ; ils peuvent se concentrer, s'accentuer