CONCLUSION
lui donne l'énergie pour affronter le péril, le dirige vers la recherche désintéressée du vrai, le rend avide de tous les progrès et le passionne pour l'idéal. Elle est la force qui crée, qui enrichit, qui propage, opposée au resserrement égoïste, qui stérilise et détruit.
Les poètes anciens, pour immortaliser les exploits légendaires de leurs héros, réclamaient cent bouches et cent voix ; il les faudrait pour chanter dignement l'hymne de la générosité ; il faudrait les audaces du lyrisme, la magnificence des images et l'impétuosité de la poésie. Et c'est un regret poignant, pour qui ose essayer d'en parler, de sentir l'inanité des mots et la faiblesse de l'hommage. Un autre plus vif encore, c'est que la générosité n'est pas un sujet d'amplification verbale, qu'il faut d'abord la réaliser en soi, que c'est là le tout, et qu'on se demande avec effroi, si on ne l'adore pas des lèvres plus que du cœur. Au moins, si infime que soit la parcelle qu'on en croie posséder, n'est-il pas inutile de proclamer son nom. 11 convient d'y penser, d'en parler sans cesse, comme de la plus noble chose, dont puissent s'entretenir les hommes, pour la susciter là où elle n'a pas encore pris conscience d'elle-même, l'encourager là où elle est méconnue, la glorifier là où elle triomphe.
Peu importe du reste que l'égoïsme malfaisant s'acharne à lui opposer le paradoxe et l'ironie, à la traiter avec une condescendante pitié, à lui faire
Mi LES SENTIMENTS GÉNÉREUX
craindre d'être dupe ; ce n'est pas une de ces fleurs artificielles, qu'on produit en serre par un miracle d'industrie et que flétrirait la moindre intempérie; elle a des racines profondes et des réserves de sève. A mesure que l'humanité s'élèvera au-dessus de l'animalité primitive, fera prédominer l'esprit sur la matière et se transformera, elle s'inspirera de plus en plus de la générosité et lui réservera une part plus large ; c'est le principe radio-actif qu'elle porte en elle ; grâce à lui la bestialité s'amoindrit, et l'homme approche peu à peu du but que lui a fixé la philosophie antique, la ressemblance avec le divin, o^oUocr-.ç tw Osù.