‹ Les Sentiments généreuxChapitre 12 sur 15 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

On peut s'enchanter en écrivant un roman, où Ton prête à des personnages imaginaires les sentiments les plus chevaleresques, les pensées les plus hautes, où on les pare de toutes les vertus, qui se traduisent en actions d'éclat. On a plaisir à vivre dans ce monde supérieur qu'on a créé avec toute l'énergie de son cerveau et tout l'enthousiasme de son cœur. Pourtant ce plaisir a des bornes, car il repose sur quelque chose de factice et de vain ; ces personnages n'ont qu'une existence fictive, celle que nous leur avons donnée ; ils ne respirent pas l'air du ciel ; ils sont les fils de nos songes ; ce sont des ombres chimériques et il leur manque la réalité. Bien autrement féconde en délices est la tâche plus facile et plus humble, qui consiste à chercher, parmi les hommes eux-mêmes qui nous entourent, les sentiments généreux, à les découvrir et à les mettre en lumière ; ils sont confondus avec d'autres éléments moins purs ; il faut les dégager des vilenies, qui les cachent et les oppriment ; ils ne

resplendissent point partout et ne brillent que par éclairs ; mais, quand on a constaté leur présence, on se trouve en présence du métal précieux et la joie est immense de sentir qu'on n'a rien inventé et qu'ils existent. Les sentiments généreux sont l'âme même de l'humanité; ils la soutiennent à la façon du souffle vital, pénètrent dans tous ses membres et les animent d'une prodigieuse énergie. Lorsqu'on pense à la générosité par une journée radieuse, quand le soleil flamboie, que les moissons sortent de terre, que les feuilles pullulent aux arbres, que les rivières coulent à pleins bords, que les oiseaux célèbrent à gorge déployée le bonheur de vivre, on la sent autour de soi sourdre, vibrer et bruire. La lumière est généreuse, qui se répand à Tin fini dans L'espace, illumine et réchauffe la terre ; le fleuve est généreux, qui promène ses eaux bienfaisantes, abreuvant tout ce qui a soif; la sève est généreuse, qui circule dans les plantes et fait éclore les fleurs et les fruits ; l'homme est généreux, qui dépense sa peine et se courbe sur le sol, pour en tirer ce qui alimente et perpétue l'existence. La générosité, c'est la poussée même de la vie, qui monte, qui se répand, qui déborde, qui ne se mesure ni ne se limite ; eVsl , dans la nature, l'activité, qui, éveillée parla chaleur du printemps, fait tressaillir jusqu'à la roche el couvre d'une végétation luxuriante la plaine e( la montagne; dans l'humanité, c'est l'élan qui porte l'homme versées semblables pour les Irailer en frères,

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