L'ENVIE
Tirée du lahleau à la détrempe représemant « L'Homme sensuel » Peim par Le Corrége.
Voici les explications dont l'éditeur a accompagné ces figures :
'( Le Rainssemcnl est I étal de 1 homme transporté pour ainsi dire hors de lui-même par un mouvement subit de joie et d'admiration, par la contemplation de quelque objet extraordinaire ou par l'effet d'une grâce particulière. Les ravissements et transports de joie qui saisissent l'àme sont moins des actions libres que des mouvements subits et des saillies naturelles qui ne sont pas en notre puissance. Dans le ravissement, la tête est ordinairement haute et penchée en arriére; les sourcils et les paupières s'élèvent directement et laissent voir une prunelle vive et éclatante ; la bouche est entr'ouverte et tant ,soii peu élevée vers les coins, et le teint est vil et pur.
" \.c Désir est cette inquiétude que nous ressentons pour une chose absente et à laquelle nous attachons une idée de plaisir. C'est une passion qui nous porte à vouloir un bien que nous jugeons nous être convenable. Les hommes connaissent moins les souhaits que \es désirs, car les .sozJuii/.s doivent être l'ouvrage de la raison, et ks désirs sont presque toujours des aveugles qui naissent du tempérailient. Ses effets extérieurs sont le col allongé, les sourcils pressés et avancés sur les yeux qui sont plus ouverts qu'à l'ordinaire ; la prunelle enflammée se place au milieu de l'ceil, les narines s'élèvent et se serrent du côté des 3-eux, la bouche s'entrouvre, et les esprits qui sont en mouvement donnent au visage une couleur vive et ardente.
'( \J Humilité est la vertu contraire à l'Orgueil. L amour-propre peut compatir avec les autres vertus, mais rarement l'humilité. L'humilité n'est qu une connai.s,sance de ses misères et de son néant, qui fait que
l'on est vil à ses propres yeux et que I on se juge digne de toutes sortes d'abaissements. L'humilité n'est souvent qu'un artifice de l'orgueil qui s'abaisse pour s'élever plus haut. L'humilité seule va attaquer 1 amour-propre directement et entreprend de l'anéantir jusque dans le cœur. Dans Yhumilité, la tête est inclinée, les yeux sont baissés et regardent la terre, la bouche est fermée et abaissée par les coins. Tous les mouvements sont doux et ne produisent que peu de changements dans les autres parties.
'( U Envie est un mouvement jaloux, un chagrin que l'on éprouve de voir les bonnes qualités ou la prospérité de quelqu'un. Elle ressemble fort à la Haine. L'envie est un censeur triste et sévère des bonnes qualités d'autrui ; cette sombre rivale du mérite ne cherche qu'à le rabaisser quand elle ne peut pas s'élever jusqu'à lui. Comme dans la haine, Veiwie fait rider le front, abattre et froncer les sourcils; l'œil est étincelant et tourné du côté de l'objet ; les narines sont ouvertes ainsi que la bouche qui est tirée par ses coms , le visage est enflammé et les lèvres sont livides. »
Le traité le plus complet sur ce sujet est certainement l'ouvrage de Lavater, édité à Paris, en 1835, sous le titre : L'Art de connaître les Hommes par la Physionomie; il comprend 9 volumes in-8". Les éditeurs ont réuni , dans la 4'"" étude du V^ volume près de 200 croquis relatifs à des expressions ou des attitudes péissionnelles, avec les courtes réflexions dont Lavater les avait accompagnés.
Nous reproduisons ici, pour en donner une idée, quelques-uns de ces croquis et de ces commentaires.
Commentaires des Figures des pages 38 et 39.
Il Les deux lîgui'cs de la page 38 offrent fimage de la volupté la plus brutale et celle de la plus sordide avarice. Il faudrait seulement que l'œil de l'avare fût plus enfoncé et plus petit, c|iioic|u'il y ait nombre de petits yeux enfoncés qui n'ont rien de commun avec l'avarice et de grands yeux à fleur de tète qui portent l'empreinte de cette passion. Le haut du front de l'avare conviendrait mieux au caractère du voluptueux, et le front de celui-ci assortirait mieux au caractère de l'avare.
« C'est ainsi (p. 39) que I usage immodéré du vin énerve et dégrade le visage, la figure, l'air et tout le maintien.
« Jeune homme, regarde le vice, quel qu'il soit, sous sa véritable forme : c'en est assez pour le fuir à jamais. )>