L'IVROGNERIE
Commentaires des Figures de la page ji.
« I. Vif désir, animé par l'espérance, sur un visage plein de bonté mais dépourvu de grandeur.
« 2. Dévotion tendre : caractère grand sans être sublime.
« 3. Recueillement de la tristesse : caractère qui approche du sublime.
« 4. Caricature dun caractère franc et généreux. La noblesse et la bonté se peignent dans l'œil et sur la lèvre supérieure.
« 5. Le haut du visage est la caricature d'un grand caractère, tandis que le bas n'exprime que la faiblesse. Ce visage a l'air rêveur et offre les traces d'une frayeur apaisée.
'( 6. Regard fixe, mais indifférent ; caractère faible et puéril, »
Commentaires des Figures de la page )3.
(i I. C'est la grimace de raflliction mêlée de mépris.
<t 2. Affliction et frayeur d un homme faible.
<i 3. Expression de douleur et d effroi sur le visage d'un enfant trop lormé et qui n'annonce pas un grand fonds de bonté.
(( 4. La distraction, l'égarement, l'espérance ont succédé à la tristesse sur ce visage, dont le bas annonce au moins la faiblesse.
(( 5. Affliction et douleur profonde dans un grand caractère.
« 6. Misérable caricature d'une Mater dolorosa qui. loin d'être sensible, n'est que sensuelle.
<i 7. Douleur noble et calme dans un grand caractère, qui atteint presque le sublime.
'( 8. Etonnement d'un sot craintif et curieux.
« 9. (>ette tète exprime l'attention, la pitié, l'indignation contre l'auteur des maux qui pèsent sur l'innocence. L'être qui a de .semblables traits est noble et énergique; il peut et il veut; on n'entreprendra pas facilement de lui résister. Quelle pénétration dans l'œil et le nez ! Il y a dans la lèvre supérieure une sorte de faiblesse qui contraste avec ce menton fortement prononcé et avec tout le haut du visage. »
Commentaires des Figlkes de la page 45.
(( Cinq attitudes de la même personne représentée dans des situations différentes.
'( La première de ces figures retrace avec beaucoup de vérité le caractère de l'affliction.
« Le désir est encore parfaitement bien exprimé dans la seconde ; mais il 3^ aurait quelque chose à redire au port de la main droite.
« La tristesse de la troisième parait être raisonnée.
« La quatrième est une image fidèle de cet abandon, de cet oubli de soi-même, que produisent les grandes émotions.
« La cinquième est presque entièrement théâtrale : elle rappelle une actrice qui s'occupe trop des spectateurs ; elle s'écarte de la nature : elle n'a plus rien de cette espèce d'aisance qui doit se conserver jusque dans les affections les plus violentes.
« jetez un regard de comparaison sur la figure n" 6, le deuil de cette femme vous touchera bien davantage.
Commentaire de la Figi ke de la page .j7 représentant V Attendrissement, d'après Raphaël.
H Cette personne semble arrêter des regards attendris sur un objet qui excite sa douleur : caractère sublime , plein d'énergie et de force de jugement. A considérer séparément chaque partie, chaque trait de ce visage, il ne s'en trouve pas un seul qui soit vrai et dont le dessin soit correct. L'œil, examiné de près, n'est qu'une caricature; j'en dis autant du sourcil, du nez, de la bouche, du menton, du front. La partie la mieux traitée, la plus élégante et la plus expressive, le nez ne convient pas à un visage téminin ; il n'est pas naturel et cependant il tait effet, il séduit parce qu'il est la caricature, la copie incorrecte d un prétendu nez grec. Le contour ébréché de la pointe du nez est encore une irrégularité et n'est pas homogène aux autres contours de cette partie ; enfin, le menton est hommasse et sort de la nature.
'( Jeunes peintres, dessinateurs, poètes, qu'il me soit permis de vous adresser encore une fois cet avis salutaire : Avant toutes choses, cherchez la vérité; soyez corrects; étudiez, copiez, mesurez la nature; défiez-vous de cette beauté idéale, de cette grande manière, de ce haut style, de ce goût antique, de tous ces mots à la mode dont on ne cesse de vous étourdir, dont on prétend échaulfer votre imagination, et qui ne servent qu'à vous écarter de la vérité. On passe quelquefois des négligences à un génie de premier ordre, à un peintre d'ailleurs connu pour correct, qui, pressé par les idées, les présente à la hâte dans une légère esquisse; mais des négligences ne sont pas moins des défauts réels. >i
l.'ATTEXDKISSEMENT d'après Raphaël.
On voit quelles critiques Lavaler n'a pas craint de faire sur la manière dont les artistes, même les grands maîtres comme Raphaël, rendaient les passions.
Qu on essa3fe de modeler une statue, de peindre un tableau ou de jouer un rôle à l'aide des vagues descriptions qui précèdent ou de ces dessins qui ne représentent généralement que la tète dans une certaine position et pour un petit nombre de cas ! On reconnaîtra certainement alors quel intérêt capital il y aurait pour les artistes à avoir à leur disposition, quand et aussi longtemps qu'ils en auraient besoin, des modèles vivants pouvant donner l'expression juste, non seulement pour le visage mais encore pour tout le corps, des passions les plus violentes ou des sentiments les plus délicats dans leur infinie variété.
Ce modèle idéal, je l'ai trouvé dans la per.-onne d'une jeune femme qui posait chez un peintre de mes amis et en qui j'ai reconnu une assez grande sensibilité aux actions magnétiques. Peu à peu j'ai développé cette sensibilité et j'ai ainsi formé un sujet dont M. Jules Bois a pu faire récemment admirer les merveilleuses facultés dans une série de conférences à la salle de la Bodinière et au théâtre de Monte-Carlo.
Dans ces conférences, Lina s'endormait et se réveillait elle-même par la pression de deux points hypnogènes différents. Ce n'est point le lieu d entrer ici dans la théorie du phénomène; il me suffira de dire qu on détermine ainsi chez elle un état très superficiel de l'iwpnose, toujours le même, condition excellente pour la régularité des manifestations. De plus, ce procédé ne fatigue pas le sujet qui. comme la plupart des grands sensitifs, n'a jamais été magnétisé que par une seule personne
et ne peul hupporter une action étrangère. l\)ur moi, je n ai qu'à commander verbalement le sommeil ou le réveil ; le plus souvent, je me borne à regarder fixement Lina dans les yeux pour l'endormir, et sur le front pour la réveiller. C'est un spectacle étonnant de la voir, quand au coui's d'une séance on la fait reposer en la ramenant à son état normal , causer avec les spectateurs, inditlérente à la musique que l'on joue, jusqu'au moment où je saisis son regard au passage; elle se lève alors brusquement pour exécuter, comme un .automate, les suggestions musicales dont je parlerai dans le Chapitre III.
Dans le cours de mes expériences, nous avons déterminé, par la suggestion verbale, un très grand nombre de poses répondant aux sentiments les plus divers.
La beauté des attitudes ainsi obtenues lient à la réunion de plusieurs causes :
I) abord, ;i I harmonieuse proportion des membres du modèle et à la longue fréquentation de grands artistes qui lui ont appris à faire valoir .ses qualités esthétiques i pp. 50 et 51 ) ; puis à l'état moral de cette jeune lemme accessible à certaines émotions dont une nature grossière serait incapable; enfin, à la manière dont sont données les suggestions.
Il ne faudrait pas croire, en effet, qu il sulllse dédire au sujet : « Vous êtes ceci, vous êtes cela )», pour produu'e les résultats c|ue l'on voit ici. L idée qu on veut inculquer au sujet doit lui être présentée de telle manière qu il la comprenne bien ; elle doit être précisée et renforcée progressivement par de nouveaux détails concoiiraiil loiis au iiicmc (ml, juscjuau moment ou le
geste, d'abord indécis, se fige pour Jiinsi dire, montrant parla que l'idéation a atteint un maximum quelle ne saurait dépasser.
Toute variation, toute hésitation dans la pensée ou dans le langage du suggcstionneur se traduit chez le sujet par des translormations de 1 attitude. Il faut donc une très grande netteté d'esprit et de parole quand on veut arriver à représenter un état d âme bien déterminé ; mais il arrive souvent que, dans le cours des
POSE n ATEriEn.
POSE I) MEI.IHK.
transformations successives . l'artiste trouve une attitude suffisamment belle et s'y arrête quand bien même les sentiments auxquels ils correspondent ne seraient pas exactement ceux qu'il avait eu d'abord l'intention d'éveiller.
Ainsi, un peintre de mes amis avait a décorer le chœur d'une église : au fond de rhémic3'cle, la Vierge tenant son fils entre ses bras est assise sur un trône reculé au loin par la perspective; de tous côtés à travers les colonnades peintes, des saints et des saintes se dirigent vers elle pour adorer le divin Knfant. Il s'agissait de donner à chaque bienheureux une expression conforme à son caractère; de faire sentir n(jtamment chez sainte Thérèse, celle de mysticisme passionné qui vient à toutes les mémoires quand on parle d'elle. Ce n'était point chose facile que d'éveiller chez Lina, d'une nature plutôt calme, des sentiments aussi complexes. J'essayai cependant en attaquant successivement, si je puis m'exprimer ainsi, diverses cordes; à mesure que je parlais je voyais son attitude se modifier suivant qu'elle me comprenait plus ou moins bien et, à un moment donné, le peintre m'arrêta, ayant trouvé ce qu il désirait. Dés lors, Lina resta immobile (p. 53).
Dans mes premières expériences méthodiques je cherchai à mettre en relief les différences d'expression obtenues en agissant, de la même manière, sur l'esprit du sujet éveillé ou endormi.
Il suffit de Comparer entre elles les deux figures de la page 5.4 ainsi que celles de la page 55, pour voir combien la pose suggérée est plus intense que la pose prise naturellement par le modèle.
bAlNïE TllliRESE allant à la Vierge.
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Je cherchai ensuite à voir comment les mêmes sentiments seraient exprimés par deux sujets différents.
.Malheureusement les sujets capables de réagir dune façon suflîsanle pi air être intéressants sont lort rares. .Malgré de nombreux essais, je ne tnjuvai personne pouvant servir de terme de comparaison avec Lina et je dus me contenter de recourir aux expériences que j'avais laites à IJIois. il y a une douzaine d'années avec Benoit, dont il restait comme trace une planche gravée dans mon livre sur les Force^i non définies.
La figure de la page ^7 montre les expressions prises par Benoît et par Lina endormis sous I inOuence des simples phrases suivantes qui déterminent successivement des sentiments de joie, d étonnement, d'effroi et d'horreur :
/. — Vous êtes dans une charmante Joréi.