‹ Les sentiments, la musique et le gesteChapitre 48 sur 69 · XLIV APPENDICE · texte numérisé non relu

XLIV APPENDICE

j'éprouvais, j'examinai toutes mes notions et je reconnus que, pendant tout le temps que dura cet état extraordinaire, mon intelligence avait bien plus de force et de perspicacité. Je ne puis expliquer, par des paroles, le sentiment que j'éprouvais. Cette clarté intellectuelle était accompagnée de joie. Je ne dormais point, je ne songeais point ; j'étais à jeun et ma santé était parfaite. J'avais eu quelquefois des extases, mais elles n'avaient rien de commun avec cette manière de sentir par l'épigastre qui excluait toute coopération de la tête. Je m'étonnais que mon imagination eût quitté le cerveau, devenu oisif, pour exercer son activité dans la région épigastrique. Cependant ma joie fut un moment suspendue par l'idée que cette disposition pourrait me conduire à la folie. .Mais ma confiance en Dieu et ma soumission à sa volonté dissipèrent mes craintes. Cet état dura deux heures, après lesquelles j'eus deux vertiges : au premier, je sentis qu'il s'opérait un nouveau changement en moi , et au second, je me trouvai dans l'état ordinaire. J'ai depuis essayé plusieurs fois de goûter du napel, mais je n'ai jamais pu obtenir le même résultat. »

J.-B. Porta rapporte,- dans le chapitre de sa M.ii;if naturelle consacré à la cuisine, que, sous l'influence de la jusquiame, de la belladone et du slramonium réduits en poudre et mélangés aux aliments, les convives s'imaginent être transformés en bêtes ; on les voit faire les signes de brouter l'herbe comme les bœufs, nager comme les phoques et barboter comme le feraient les canards et les oies dans les mares.

Le hachisch peut produire des hallucinations analogues, et -M. Motet raconte qu'à la suite d'une absorption de cette substance il se crut transformé en battant de cloche '.

11 est probable que les épidémies de zoanthropie, qui ont été si fréquentes au moyen âge et même dans l'antiquité, avaient souvent la même origine et qu'on doit les rapporter à l'action de parfums, d'onctions ou de potions quand elles n'étaient point ducs à des accès d'aliénation mentale ou à de simples suggestions.

Homère nous montre Ulysse et ses compagnons débarqués dans

' Société médico-psychol., séance du lo mai iS86.

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