XLVI APPENDICE
ne saurait nier que beaucoup de sorciers n'ont assisté qu'en imagination aux scènes infernales dont ils affirmaient la réalité au milieu même des tortures.
On a composé des onguents avec les substances indiquées par eux et on a constaté que les personnes qui s'en frottaient ne tardaient pas à s'endormir d'un sommeil factice tout agité de rêves conformes à leurs préoccupations et dont ils conservaient le souvenir au réveil; l'un des épisodes les plus constants de leurs songes était le transport à travers les airs'. Ces onguents, dont Porta et Cardan ont donné des formules-, différaient un peu suivant les pays, mais ils avaient
' Saint Augusiin a consacré un chapitre de sa Cilé de Dieu à l'examen de ces métamorphoses (liv. XVIII, ch. Lvni).
« Dirai-je qu'il faut refuser toute croyance à ces prodiges r Mais, encore aujourd'hui, les témoins ne manqueront pas pour affirmer que de semblables faits ont frappé leurs yeux et leurs oreilles. N'avons-nous pas nous-mêmes, pendant notre séjour en Italie, entendu raconter qu'en certaines parties de cette contrée, des femmes, des hôtelières initiées aux pratiques sacrilèges, recelaient dans un fromage offert à tels voyageurs qu'il leur était loisible ou possible, le secret de se transformer soudain en bètes de somme qu'elles chargeaient de leurs bagages. Cette tâche accomplie, ils revenaient à leur nature; et toutefois cette métamorphose ne s'étendait pas jusqu'à leur esprit : ils conservaient la raison de l'homme, comme Apulée le raconte lui-même dans le récit ou la fiction de l'Ane d'or, quand un breuvage empoisonné l'a fait devenir âne en lui laissant sa raison.
(( Un certain Prœstantius racontait que son père ayant goûté par hasard, dans sa maison, de ce fromage empoisonné, il était demeuré sur son lit comme endormi, mais sans qu'il fût possible de l'éveiller. Revenu à lui-même, quelques jours après, il raconta comme un songe ce qui venait de lui arriver : il était devenu cheval et avait, en compagnie d'autres bctes de somme, porté au.\ soldats des paquets de vivres. Le fait s'était passé comme il le racontait, et ce fait ne lui paraissait qu'un songe
(( Ces faits nous sont parvenus non sur l'attestation de gens quelconques à qui il nous semblerait indigne d'ajouter foi, mais d'hommes que nous jugeons incapables de nous tromper. Ainsi, ce que la tradition ou les monuments littéraires nous racontent des prestiges des dieux ou plutôt des démons, de ces métamorphoses habituelles d'.'\rcadiens en loups et des enchantements de Circé, tout cela a pu se faire de la manière que je viens de dire, si toutefois cela a eu lieu, d
Porta {Mag-. Natur., lib. II, cap. 26) et Fro.m.mann {Tract, de/asciii., p. 562, 568, 56g) rapportent que deux sorcières, ainsi endormies, avaient annoncé qu'elles iraient au Sabbat et qu'elles en reviendraient en s'envolant avec des ailes ; toutes deux crurent que la chose s'était ainsi passée et s'étonnaient qu'on leur soutint le contraire. L'une même, en dormant, avait e.xécuté des mouvements et s'était élancée comme si elle eût voulu prendre son vol.
■^ Porta. L. c. — Cardan. De subtilitate, lib. 18. — 'Voyez aussi Wierus. De Piwstig, lib. II, cap, xxxvi.
NOTE C. ^j,.„
pour base essentielle des sucs de plantes telles que l 'ache, la jusquiame. la ciguë, le pavot, la belladone, la morelle furieuse, l'aconit, la berle, la quintefeuille, l'acorum, la feuille de peuplier combinée avec de la graine de petits enfants, des débris de momies etc.'.
Paolo Minucci, jurisconsulte de Florence, vivant au .wii- siècle, .\ndré Laguna, médecin du pape Jules III, Bodin, Alciat, le cardinal Cajetan, Pierre Rémy et Gassendi, relatent également dans leurs ouvrages des expériences faites par eu.x-mêmes ou en leur présence et qui ne laissent aucun doute à cet égard.
' Voici la recette et la théorie de Cardan :
« La mélisse donne une qualité d'esprit et rend l'homme joyeu.x en chassant dehors chagrin et riote. Semblablement, mangée après le repas, elle faict les songes joyeu.x, comme les choux les rendent tristes, comme les phaséoles les rendent turbulents ; les aulx et les oignons les font terribles. De ce vient l'opinion d'aucunes femmes qui sont dites LamLv (on peut les appeler fées), lesquelles nourries du suc de pavot noir, dii opium, de chastagnes, fèves, oignons choux et de phaséoles, semblent, en songeant, voler en diverses et plusieurs régions et illec cstre tourmentées en diverses manières, selon la température de chacune'. Elles sont aidées contre tel songe d'un onguent dont elles s'oignent tout le corps Cet onguent, comme on estime, est composé de la gres.se de petits enfants tirée hors et prise aux sépulchres, du suc de persil et de reagal, aussi du noir faict de l'herbe quintetueille. dicte pentaphylle. C'est chose incrédible combien et quantes choses ces femmes se persuadent voir : aucunes fois choses joyeuses, théâtres jardins pescheries, vestements, ornements, danses, beaux jeunes enfants, et se coucher avec ceux de telle genre qu'elles désirent ; elles pensent voir les rois, les magistrats avec leurs satellites, toute gloire et pompe du genre humain, et autres plusieurs choses e.xcellentes, comme l'on voit aux peintures, plus grandes que nature ne peut faire ne donner; au contraire, quelquefois elles pensent voir des choses tristes, corbeaux, prisons, déserts, tourments. Et ceci n'est de merveille, quoiqu'il soit venefique, car on peut le réduire aux causes naturelles. - Certainement i'ay souvent expérimenté l'onguent qui est appelé populeum pour les branches de peuplier, applique aux artères des pieds et des mains (et est, selon aucuns, applique sur le foye et aux artères des temples) provoquer le dormir et montrer songes joyeux en la plus grande partie de ces choses, pour ce que le suc de ces branches et fueilles nouvelles du peuplier réjouit l'esprit et démontre quelques images représentées par la clarté et couleur ; car il n'est aucune couleur plus délectable que la verde. ii
L'onguent p„puUum, encore en usage dans la pharmacie, se compose de feuilles fraîches de pavot, de belladone, de jusquiame et de morelle, triturées dans I axonge avec des bourgeons de peuplier récemment séchés ; on l'emploie comme topique calmant.
XLVin APPENDICE.
L'effet salutaire de la simple application de métaux sur la peau de certaines personnes affectées de maladies diverses a été constaté aussi depuis l'antiquité. Aristote, Galien, Paul d'Egine, Aëtius, Alexandre de Tralles, Paracelse en ont fait mention. L'or et l'aimant étaient les plus actifs.
Au milieu de ce siècle, le D' Burg se livra à des études systématiques qui peuvent se résumer dans les trois proportions suivantes :
« L'application de plaques métalliques sur une partie limitée de la surface du corps est capable de faire cesser les paralysies de la sensibilité et de la motilité produites par l'hystérie.
(( Le même métal ne convient pas à tous les sujets indistinctement; mais l'idiosyncrasie particulière à chaque individu exige l'emploi d'un métal spécial, variable par conséquent, mais sans régies déterminées.
<( L'emploi, à l'intérieur, du métal, sous forme d'eaux minérales ou de préparations pharmaceutiques, produit les mêmes effets thérapeutiques que par son application à la surface de la peau. »
Naturellement, ces affirmations furent fort discutées ; mais on arriva non seulement à reconnaître que les phénomènes étaient bien objectifs, c'est-à-dire dus à une action propre aux métaux, mais que plusieurs espèces de bois possédaient également des qualités esihésiogènes. D'après les expériences de Benett,Westphall et Dujardin- Beaumetz, c'est l'écorce de quinquina jaune qui viendrait en première ligne et serait même plus actif que les métaux ; puis, le thuya, le bois de rose, l'acajou, le noyer, l'érable et le pommier. Le palissandre, le frêne, le peuplier, le sycomore resteraient sans effet, quelle que soit la durée de leur application.
Schiff et Maggiorani confirmèrent la réalité de ces phénomènes en montrant qu'ils se produisaient également chez les animaux.
Us les expliquèrent en disant que les divers corps actifs étaient animés de vibrations moléculaires très rapides pouvant se transmettre à l'organisme humain même à travers des substances inertes ou non conductrices de l'électricité, comme la cire, la soie, le caoutchouc, etc. ; ils ajoutaient que ces vibrations ne pouvaient avoir d'effet que quand elles se trouvaient en certain rapport avec les vibrations propres à l'organisme souffrant, vibrations extrêmement différentes