‹ Les sentiments, la musique et le gesteChapitre 8 sur 69 · LA FOI · texte numérisé non relu

LA FOI

Il cul lallii un nomljrc incalculable de séances pour passer en revue, je ne dis pas tous les sentiments possibles, mais seulement ceux que IJna était susceptible de rendre; car, suivant sa nature, chaque sensitif est plus accessible à des émotions d un certain ordre.

Ce qui est la caractéristique de Lina, c'est la noblesse du geste et lintensité des expressions tragiques ; elle le doit en partie à sa taille élevée et à sa forte musculature. Elle rend toutefois par suggestion des nuances de sentiment extrêmement dclicales. ainsi que le lecteur pourra s'en convaincre par les attitudes que nous sommes parvenus à photographier, (^ela n'a pas toujours été facile, car, a Paris où le temps est si précieux, on avait de la peine à réunir, a une heure convenable pour l'opéralion, les différentes personnes qui devaient }■ prendre part et il fallait que cette opération fût faite avec une extrême rapidité, sans quoi les traits se détendaient et l'expression de la (igure perdait ce c|u'on pourrait appeler sa » traicheur »; de là souvent des défectuosités qui nous ont paru secondaires dans un livre n'ayant d autre prétention que celle d'être un

Le premier baiser. reCUcil de doCUmcntS.

uliVc à Éliéxer l'eau qu'elle vieni du puiser.

Dans la page 68, Lina endormie s'imagine être une toute jeune fille ; elle reçoit avec infiniment de tendresse et presque religieusement le premier baiser de son fiancé.

Dans la page 69, elle est Rebecca et offre à Eliézer avec son amphore l'eau quelle vient de puiser.

Ci-contre elle fait miroiter au soleil un bracelet en diamants créé par suggestion et, page 7^. elle rend le même sentiment d'admiration pour un collier qui n'a pas plus de réalité. Dans le premier cas, elle étudie en connaisseuse l'éclat et la valeur des pierres; dans le second, elle est toute à la joie de posséder le bijou.

La belle planche de la page 7 i la représente dans l'atelier de Mucha.

à genoux devant la Comtesse de G..., qui, quelques jours auparavant , l'avait , par un don généreux, sauvée d'un embarras d'ar-

L ADMinATION

il'un connaisseur. geni.

LA RECONNAISSANCK.

LA DOULliliK

La planche de la page 73 donne une des expressions de la douleur que nous retrouverons plus loin sous beaucoup d'autres formes.

On remarquera qu'ici Ijnn se cache la figure dans

ses bras par une sorte de sentiment de pudeur : on lui avait annoncé la mort d'un homme pour qui elle avait une affection qu'elle n'osait avouer ouvertement.

Page 76, c'est la douleur résignée de Jeanne d'Arc sur son bûcher. Nous avions obtenu d'abord une expression bien plus intense en dépeignant au sujet les diverses phases par lesquelles passait la préparation de son supplice; mais, quand je lui eus dit que le bûcher était allumé, elle sentit réellement les brûlures. Aussi, pour ne point risquer d'a- \ i)ir un accident , je dus lui affirmer que les flammes étaient sans aucune action sur elle.

AUMIHATION ET JOIE.

JEANNE D'AUC

sur son bûcher.

L'action d'écouler.

la iigure intérieure la figure supérieure curiosité.

(>'esl que, clans le premier des cas , le sujet hypnotisé épiait le pas d une personne aimée qui allait venir et qu il attendait, tandis que, dans le second cas, il voulait simplement essayer de se rendre compte de la nature du bruit que, par sugges- Udu, il s'imaginait alors entend i"e.

Voici encore ici deux expressions de Yaiteniion ou plutôt de \ action d'écouler: elles diffèrent peu lune de l'autre, car cette action n'est guère qu'un simple phénomène physique auquel l'âme prend peu de part, (cependant on remarquera dans une nuance d'affection qui, dans , est remplacée par de la simple

L'action d'écouici'.

On peut, par la parole, créer des scènes très fines, comme celle-ci :

M""" SNamour voulant composer une médaille, dont le sujet était la Xahtre soiilerant ses l'oiles dersinf le saraiii. Lina. enveloppée d'un grand voile, trouva un geste exquis pour découvrir sa figure et sa gorge, en exprimant l'abandon à la fois affectueux et hautain de celle qui ne se livre que peu à peu, à mesure qu'on le mérite.

Une autre fois, Lina posait en plein air ; c'était une n}mphe dont le corps nu, diapré de taches lumineuses par le soleil glissant à travers le feuillage, se détachait en rose sur l'azur de la mer formant l'horizon.

Elle se penchait pour saisi r , à l'extrémité de sa haute tige , une fleur dont le ton éclatant devait faire vibrer la LA NATURK toik. Lc tableau

>uule\anl ses \oiles devant le sa\'aiu. ptaîf PV^clpilX

mais la vie y manquait, le modèle conservant un

LK I.A.NGAGr; DES FLEURS.

masque impassible. Je l'endormis, et lui suggérai d'entendre ce que la fleur lui racontait par son parfum : la joie de voir le soleil se lever, d'entendre les oiscau.x chanter, de boire la rosée du matin, d'être mollement balancée par la brise, etc. Peu à peu le visage de la jeune femme s'anima. Elle m'avait compris, elle avait entendu la fleur et partageait ses jouissances.

Comme cette pose si simplement gracieuse contraste

MADA.MK UDLLAMJ marchani au supplice.

LES SUGGESTIONS VERBALIiS. 8l

avec la fière allure de M""' Rolland marchant au supplice ! (p. 80).

Une des scènes les plus curieuses que nous ayons eue est la suivante, véritable reconstitution de la fameuse défense de Phryné devant le tribunal des Héliastes.

Lina était arrivée en retard pour une séance chez M. Ener, notre photographe ordinaire ^ Elle s'était hâtée de revêtir le costume avec lequel elle devait poser pour la Foi, l'Espérance et la Charité, dont il a été question plus haut; c'était une simple tunique de laine, tombant jusqu'aux pieds , laissant les bras nus et retenue par une épingle sur chaque épaule. Je l'endors et je lui fais de vifs reproches sur le vilain défaut qu'elle a de se faire attendre. Elle baisse la tète pleine de confusion, les jeu.x fixés vers la terre, les lèvres faisant la moue, les bras abandonnés le loni^ du corps. On la photographia ainsi. Je la rassurai alors en lui rappelant qu'elle passait avec raison pour un des plus beaux modèles de Paris et que, les personnes présentes étant toutes des artistes, il lui suffirait de montrer la perfection de ses formes pour se concilier leur indulgence. Alors, avec un geste d'une incomparable noblesse dans sa simplicité, elle retira l'épingle qui retenait son vêtement sur l'épaule gauche et se présenta à nous dans une attitude de défi superbe, la tête relevée, le front haut, les yeux droits, les bras écartés, comme pour dire k Me voilà » ; le buste émergeait nu au-dessus du vêtement qui avait glissé jusqu à la hanche où il était retenu obliquement, reproduisant ainsi, par hasard, une des beautés de ce chef-d œuvre antique qu'on appelle la Vénus de Milo(pp. S2-831.

' M. Encr, b''.Malcsherbt;s. 112, et Grimoneau, b'' Montparnasse, lîi, font autorises à vendre les épreuves des poses dont ils ont fait les clicht-s.

PHRYNE

devant le Tribunal des Héliasles.

L'Accustilion.

pllR^.^■|i;

devant le Tribunal des licliaaics.

La figure de la page 85 représente La France à qui l'on vient d'arracher l'Alsace et la Lorraine.

Ce n'est plus, comme à la page 73, une femme qui n'ose presque pas avouer son chagrin et cache son visage : c'est une mère qui, dans sa douleur, n a plus la force de se tenir debout ; elle s'effondre sur ses talons et, levant au ciel ses yQ\i\ baignés de larmes, elle soutient avec ses deux mains sa tête vacillante.

Nous n'avions pas prévu cette chute du sujet, de sorte qu'au lieu de prendre un instantané, il a fallu baisser l'appareil et procéder à une nouvelle mise au point, ce qui a duré un temps assez long pendant lequel les traits se sont détendus et les larmes se sont sichées. Aussi notre photographie est-elle loin de rendre l'expression que nous avons vue.

Il nous a sulli de dire au sujet que ses chères provinces allaient lui être rendues pour qu'il se redressât brusquement en tendant vers elles ses bras pour les attirer sur son cœur.

Ces deux poses font partie d une série obtenue dans l'atelier de M. Jacques Onfro}' de Bréville qui, sous le pseudonyme de Job, a illustré d'une façon si charmante les récits enfantins sur l'histoire de France de notre ami Georges -Montorgueil. Une autre pose remarquable fut celle dojoséphine à qui l'Empereur annonce son intention de divorcer. Pour mettre Lina dans la <( peau du personnage » j'avais dû lui retracer les principaux événements de son existence ; en suivant mon récit elle le mimait, et nous pûmes suivre les enivrements et les angoisses de la malheureuse impératrice rendus avec une intensité dont bien peu d'actrices seraient capables.

LA l'KANCE à qui l'on \ icni tl'ai lachcr l'Alsace cl la Lunaiiie.

LA IKA.NCE

à qui l'un rend l'Alsace et la Lonaine.

A la page 87 on voit Magdeleine au pied de la croix. La douleur a produit la même prostration du corps que nous avons déjà observée à la page 85, mais ici la résignation à la volonté de Celui qui a donné sa vie pour sauver les hommes a remplacé 1 appel désespéré au secours de Dieu.

Trois autres belles attitudes que nous n'avons pu reproduire ici parce que les clichés étaient trop im-

M.VGDELEINE au pied de la Croix.

parfaits, ont été celles de Madeleine, la pécheresse, couronnée de fleurs au milieu d'un lestin et se laissant d'abord voluptueusement caresser, puis se levant brusquement , les jeux llxes , fascinée par le rayonnement de Jésus qui passe ; enfin .Madeleine , la rêveuse , accroupie aux pieds du .Mailre dont elle boit les paroles, pendant que l'active Marthe vaque aux soins du ménage.

Ici, nouvelle formede la douleur : c est Metz se rendant aux Allemands. La bouche est bien celle d'une lemme qui pleurerait si sa fierté ne I en empêchait; les yeux se sont termes pour ne pas voir la consommation du sacrifice; les poings se contractent dans une rage impuissante pendant que les

A\i-.iz se lendanl aux Allcmaiuls. -i ,- , ,.

sourcils ironces d une

façon haineuse indiquent une arrière-pensée de revanche.

A la page suivante, la petite figure représente Lina

go CHAPITRE II.

défiant les gens qui l'avaient calomniée ; elle les dôdaigne et se borne à les tenir à distance.

Mais voyez comme elle se transtorme quand elle représente Nancy défendant la France. La tète se relève avec un mouvement plein de

noblesse; son air comme ses bras disent clairement :

|< \ enez m "attaquer et vous verrez comment je sais me dé-

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