‹ Les sentiments moraux au XVIe siècleChapitre 2 sur 36 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Après avoir étudié les doctrines morales chez ceux qui ont écrit en France au sei^çiëme siècle/ nous vqu- Ions étudier Içs sentimens moraux ches ceax qui ont vécu et qui ont agi dans le même pays et dans I0 même temps.

Un travail de ce genre ne consiste pas seulement k rassembler des faits, pour apprendre comment s'est conduite telle personne, ou des sentences, pour ^ppreu* dre comment a pensé ou comment s'est exprimée tellQ autre. En tout temps, les hommes ont fait un certain nombre de bonnes pt de mauvaises actions ; il n C^St pas de siècle un peu cultivé oii ils n'aient, soit trouvé^ soit reproduit certaines idées, vraies ou fausses, faites pour élever ou pour abaisser^ pour attirer ou pour repousser. Mais ces faits, ces idées, est-^ce au siècle qu'il faut les attribuer, ou ne convient-il pai) de les laisser avec toute la responsabilité qu'ils entraînent, avec l'honneur ou la honte qu'ils méritent, à ceux qui ont agi ou parlé ? Leurs actes ne constituaient-ils pas

* Les Moralistes français du seizième siècle, ouvra^ge couronné par TAcadémie des sciences amorales et politiques. Paris, Didier et Cie, 1870,

Il INTRODUCTION.

des exceptions, leurs paroles des protestations? De ce qu'un trait d'héroïsme ou de ce qu'un crime a été accompli, faut-il conclure que tous les contemporains ont été des héros ou des criminels ? A-t-il suffi que telle idée fût exprimée, pour qu'elle obtînt sur-le-champ l'assentiment général? Assurément non; l'individu, par sa conduite comme par sa pensée, n'engage ni son temps ni son pays. Mais le temps et le pays peuvent s*approprîer et cette conduite et cette pensée. Tel acte est-il plus fréquent dans un siècle que dans un autre? Que pensent de celui qui en est l'auteur ceux qui en sont les spectateurs ? Provoque-t-il cet étonnement, qui s'appelle l'admiration, quand il s'agît de la vertu, et rindignation, quand il s'agit du crime ? Nous aurons une haute idée du siècle qui sera assez familiarisé avec la vertu pour la trouver toute naturelle, et une médiocre de celui auquel le crime ne causera aucune surprise. C'est aux impressions d'un siècle qu'il est possible de reconnaître ses sentimens et de mesurer sa responsabilité morale. Ces impressions» d'ailleurs, se traduisent souvent en théories, et les théories montrent mieux encore quels sont les points où porte et les limites où s'arrête cette responsabilité.

Au seizième siècle, la morale religieuse perd de son autorité, en même temps que la foi religieuse perd de sa force. Fait essentiel, qu'il est impossible de

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