‹ Les sept baisers de Buckingham [microforme]Chapitre 14 sur 24 · ES · texte numérisé non relu

ES

dit Buckingham avançant toujours. — Vous me faisiez donc, je crois, l'honneur de m’imposer silence?

— Monsieur, voudriez-vous vous opposer à l’arrestation de votre ami? — dit l’exempt intimidé. — Attention, vons autres!

Buckingham touchait presque à l’exempt, qui de- .venait pâle et suait à grosses gouttes.

— Vous êtes le Premier, monsieur, qui vous soyez permis de me parler le chapeau bas ur la tête, comme un laquais que vous êtes!

Et d'1 bout des doigts il fit sauter le chapeau de l’exempt par la fenêtre.

— Monsieur, — balbutiait l’agent subalterne, blème de confusion et de rage, — vous rendre compte de cet outrage..…. Je suis dans l‘exercice de mes fonctions... Vous violez la justice en ma personne... À l’aide! vous autres, à l’aide!

Les gardes s’avancèrent pour obéir à l'ordre de leur chef, mais le due, traçant autour de lui un grand cercle avec l'éclair flamboyant de son épée, . s’écria d’une voix sonore :

— Prenez garde, braves gens, à ce que vous allez faire, car nul ici n’est justifiable du pouvoir de Son Eminence, Il y a évidemment erreur,

Les gardes s’arrêtèrent étonnés; mais l’exempt, devenu plus vaillant, maintenant qu'ils faisaient un rempart de leurs Corps et de leurs armes, cria comme un possédé :

— Ne l’écoutez pas, arrêtez M. de Fargy, et puis nous nous occuperons de ce matamore.

— Monsieur de Fargy est prêt à se rendre à votre courtoise invitation, — dit tranquillement le duc, — mais il désire savoir en vertu de quel ordre. — L’exempt tira d’un air solennel de sa poche une lettre da cachet qu’un des gardes transmit an

ser silen-

r à l’arimidé.—

, Qui de-

ous s0yla tête,

peau de

alterne, rendre rcice de na per-

dre de ui un n épée,

15 allez ir de

emp#.

isaient S, Cri

t puis

à vont Je el orpoche

it at

Vous me

duc. Ce dernier feignit de la lire avec le soin le plus minutieux, puis il la rendit au garde. — Elle est

É tout à fait en bonne forme, — dit-il gravement.

— Vous voyez bien, monsieur, que j'avais raison, s'écria l’exempt en se rapprochant d'un air assez

déterminé, — et que vous avez des excuses à me

faire pour ne pas avoir respecté mon caractère, Monsieur de Fargy, votre épée!

— Hélas! — poursuivit Buckingham, — cette lettre de cachet est effectivement en bonne et due forme, mais par malheur elle ne peut concerner en aucune manière M. le comte de Fargy ici présent, et il aura le regret de ne pas jouir de votre compagnie,

— Allons-nous recommencer? — reprit l’agent stupéfait de la tournure que prenait l'explication, — Monsieur, — continua le duc, — quoique e:-

empt, vous me faites l’effet d‘un homme d'esprit, et vous allez reconnaître vous-mème que M. de Fargy est rigoureusement privé de se priver des attraits de votre conversation

— Et pourquoi cela, s’il vous plaît? — demanda l'exempt d’un air goguenard, car il comprenait que le gentilhomme inconnu se moquait de lui, et il s'apprêtait à prendre sa revanche.

Le beau visage du duc prit alors une expression tout à fait digne et sérieuse, et il répondit, à voix très-haute :

— Parce que monsieur le comte de Fargy premier écuyer de Sa Majesté la reine d'Angleterre, n'est plus au service de la France.

— Ah! ah! pardieu! l'invention est bonne. — dit l'exempt avec un sourire d’incrédulité: — mais qui me donnera Ja preuve que cette assertion soit une vérité?

— Moi, George Villiers, duc de Buckingham,

lord gardien des cinp ports et ambasasdeur de Sa Majesté le roi d'Angleterre près la cour de France, qui vous somme, au nom du droit des gens, de laisser libre ce gentilhomme et de vous retirer, — dit le fier amoureux d'Anne d'Autriche.

Et, parlant ainsi, il écarta son manteau de couleur sombre, et laissa voir les insignes qui décoraient sa poitrine.

L’exempt resta confondu, les yeux écarquillés, 1: bouche béante, tandis que Buckingham, tirant de ses poches des poignées de génovines, les jetait aux gardes en leur disant de les boire à la santé de madame Henriette et de la reine de France.

L’exempt, foudroyé, la tête perdue, voulut bal. butier auelques excuses, mais le due haussa les Paules et le pria d’aller rejoindre son chapeau. I! ne se le fit pas dire deux fois.

Toute cette scène s'était passée avec tant de rapidité qu’elle ressemblait à un enchantement. Mademoiselle d’Angenes et le comte restaient immobiles comme des statues, n’osant se réjouir de l’heureuse issue de l’aventure, et ne sachant même s'ils devaie ajouter foi à ce qu’ils venaient de voir et d'entendre,

Cependant il fallut bien se rendre à l'évidence et. saisissant chacun une des mains de Buckingham :

— Vous êtes notre Dieu libérateur ! — s’écrià. rent-ils ensemble dans un même élan de joie.

— Ne.vous pressez Pas trop de me remercier — die le duc; — ce moyen, que j’ai dû employe: Pour conjurer un péril Pressant, va peut-être deve nir pour vous une nouvelle source da chagrins.

— Il est sauvé, — s’écria mademoiselle d’Angen nes, — quel malheur Pouvons-nous avoir à craindre?

— L’exil! — répéta le comte.

ir de Sa

— La séparation! murmura la fille d'honneur

France, comme si elle se réveilllait d’un rêve. he lais- Et tous deux attachèrent leur regard sur le noble 5 — dit ambassadeur avec une inexprimable anxiété.

— Ne comprenez-vous donc pas, monsieur de Far- ; des gy, — poursuivit ce dernier, — toute la portée du.

titre qui vient d’être votre sauvegarde? Le regarder comme un de ces subterfuges dont on use au mo-

tillés, 1 ment de l‘orage pour les jeter de côté lorsque le

rant de calme est rétabli ce serait une faute grave. Nous ne de > sommes pas de shistrions qui s’affublent d’une dé- MUrtr forque improvisée pour jouer leur rôle, et qui, la | comédie finie, effacent leur rouge, mettent leur perut bal- ruque au bissac, se taillent des mouchoirs de poche ssa les dans leur chlamyde usée et font de leur sceptre coueau. I] vert de papier doré un poudreux bâton de voyage. Non-seulement je compromettrais mon caractère ofde ra- ficiel, maïs j’attirerais sur votre tête un éclat de la t. Ma- foudre royale auquel il serait impossible de vous or soustraire. Vous devez, quoi qu’il vous en coûte, Se vous résigner à accepter le titre de premier écuyer

ie s'ils de madame Lenriette.

DIE et .-— #e l’accepte, — répondit le comte avec un sou-

pir.

nce et. -— Tl faut aussi qu’il soit racifié par mon souveham : rain, je m’en charge. Vous faites donc, à dater de ecrie- cette heure, partie de la suite de la reine d’Angle- : terre, et vous devez vous préparer à quitter la Franèrcier ce avec elle, — Cette conclusion, qui ne s'était pas ploye: rrésentée tout d’abord à l’esprit du comte de Fardeve. … «y, le frapap de stupeur. Elle ne produisit pas un 1. =. cffct roins terrible sur mademoiselle d’Angennes.

ngen M Toute cette énergie qui l’avait élevée un instant à rain- la Lan eur des circonstances tomba d'autant plus vite que jamais elle n’avait fait une si grande vin. lence aux habitudes de sa nature. La pauvre enfant

. Le

samblait anéantie. Buckingham comprit qu’il valait mieux brusquer la crise que la prolonger.—Al. lons ,monsieur de Fargy, — dit-il, — un peu de courage! Faites vs adieux à mademoiselle d’Angennes.

—- Mes adieux! — répéta le jeune homme consterné.

—Faut-il déjà nous séparer, —murmura Catherine d’une voix brisée par les sanglots.

— Mais, — reprit le comte se rattachant à une dernière lueur d'espérance, — la reine ne part pas encore, Vous-même, milord, vous ne quittez Amiens que dans quelques jours. A la veille d’une séparation douloureuse qui sera longue peut-être, vous ne voudrez pas nous enlever les derniers instanst de bonheur que Dieu nous laisse.

— I] le faut pour le repos de mademoiselle, il le faut pour votre sûreté. — insista le duc. — Songez que la vengeance de Richelieu est suspendue sur votre tête. S’il ne peut plus rien contre vous au grand pour, : oubliez Pas qu’il sait aussi frapper dans l’ombre. Le tigre rugit, avant de prendre son élan et de bondir sur vous. Mais, lorsque le serpent siffle, c’est qu’il vous a déjà enlacé de ses noeuds gluants et inextricables, c’est que de ses Yeux, étincelant d’une joie cruelle, vous distillant la mort ,et que sa langue fourehue vous pique de son venin néanmoins, lorsqu’il rampait sous les hautes herbes, nul bruit ne vous a révélé son approche. Je connais mieux que vous maître Gonin, mon brave Fergy. Et, jé vous le répète, il n’y a pour vous de refuge assuré qu’auprès de la reine d'Angleterre. Partez sur le champ, ne laissez Pas à votre ennemi le temps d'agir, et par surcroît de Prudence, partez avec une mission officielle du due de Buckingham pour madame Henriette,

lil var.—Alpeu de

d’An-

onster- Cathe-

à une rt pas miens éparaous ne ist de

, il le ongez e sur s au apper e son rpent peu ds étinrt ,et ain her- Je rave s de erre.

em) Paring-

Le comte ne répondit rien. Son regard attristé semblait interroger celui de mademoiselle d’Angennes.

— Sa Grâce a raison, — lui dit-elle d’une voix languissante; — il faut que vous partiez.… je l’exige... Que mon souvenir vous suive dans l'exil, comme le vôtre sera mon compagnon fidèle! Adieu, monsieur de Fargy... adieu!

Elle voulut lui tendre la main, mais ses forces étaient épuisées, Son visage pâlit, ses yeux se fermèrent; elle tomba sans connaissance dans les bras du comte, Aidé de la fille de service, il la transporta sur son lit. Alors Buckingham saisit Fargy par l1 main et lui dit vivement :

— Sortons mainterant!

— La laisser dans an état si affreux, — s’écria le comte, — c’est imposisble!

— Voulez-vous done la tuer par une nouvelle épreuve! dit froidement le due.

Fargy ne résista pas. Mais avant de se laisser entraîner il imprima un dernier baiser sur les mains blanches et glacées de mademoiselle d’Angennes. Près du seuil, de la chambre, il s'arrêta pour jeter sur la belle évanouie, un dernier regard de douleur ct de tendresse, et se décida enfin à suivre le due.

Page 1