POS DE
n COur- Buckii avait le mae l’arlan de
ien de ckinguiété ; pas à
rl ents à t leur ham, ter ei
en sortir, sans qu'aucune d’elles eût la possibilité de l'empêcher ni même de le voir!
Cependant la complication du problème ne fit qu’aiguillonner l'esprit aventureux de Buckingham, qui déjà, en d’autres circonstances, avait donné de magnifiques preuves de son adresse et de son audace, Il poussa même la témérité, cette fois, jusqu’à fixer le jour et l’heure de l’entrevue avant d’avoir arrêté ses moyens d'exécution.
Anne d’Autriche fut prévenue par mademoiselle d’Angennes que le due viendrait le 2 juin, à neuf heures du soir.
Or, le 2 juin tombait un samedi, le lendemain du jour où devait partir la comtesse de Lannoy: et dans la matinée du 30 mai, c’est-à-dire quarantehuit seulement avant que les demoiselles d'honneur prissent possession de l’appartement qu’on leur ré-
servait dans l'hôtel de la reine, Bucingham se promenait à cheval hors des portes d'Amiens, cherchant quelque heureuse inspiration dans le silence d> la campagne et les douces émanations d’un air embaumé. =
Mais il eût pu croire qu’il y avait un complot formé pour le priver du recueillement qui lui était si nécessaire. Ce jour-là, il faisait une chaleur modérée et l’on n’apercevait pas un nuage au ciel ; aus-
si, toute la belle société de la ville semblait-elle s'én ‘re donné rendez-vous dans les champs. On ne voy- À ait sur les routes que litières, chaises à porteurs, brouettes et carrosses armoriés.
Amiens n’était pas comme Paris, sous le rapport M des fêtes et des plaisirs, un pays de grandes ressouræÆ Ces pour la cour: ce qui faisait que celle-ci, passa-
# blement ennuyée, épiait évidemment le premier rayon de soleil et courait admirer, à défaut d’autres curiorités, le spectacle de la nature.
Comme c'était pour elle un spectacle tout neuf, la chose devint bientôt de mode, Grands seigneurs el grandes dames voulurent être matineux pour aller faire étalage sur les bords de la Somme, cellesci du luxe coquet de leurs éblouissantes toilettes, ceux-là de la fine fleur de leurs propos galants.
Ce fut un engouement général qui dura huit jours.
Celui où nous voyons Buckingham s’abandonner, au milieu des prés, aux caprices de sa rêverie et à ceux de sa monture, se trouvait être précisément un des jours de cette huitaine.
Afin d'éviter cette roule importune de promeneurs oisifs, attirés uniquement par le plaisir de voir et d’être vus, le due se jeta dans les chemins de traverse. Il y trouva en effet plus de solitude, et de tranquillité. Quelques idées satisfaisantes avaient même déjà plissé son front et ramené le sourire sur ses lèvres, lyorsqu'un singulier incident vint tout à coup suspendre sa course vagabonde.
C’était au beau milieu d’un chemin bordé d’arbres. Deux carrosses, dont l’un allait, l’autre venait, se trouvaient en présence et dans l’impossibil:d'avancer, la route n'ayant juste la largeur nécesaire au passage d’une voiture. Point d’issie, qui l’entrée et la sortie du chemin, Il était indispens:ble que l’un des dec + prît le parti de reculer: mai: ils n’en faisaient le mouvement ni l'un ni l’autre.
Les deux cochers avaient commencé par s’exho:ter mutuellement à céder. Pendant ce premier pourparler, deux têtes de femmes, penchées aux portieres, s'étaient contemplées un instant, puis se retournant chacune vers son cocher, avaient crié à [a fois d’un ton également impérieux :
— Âvancez!
Il ne suffit pas qu’un ordre soit donné à un servi-
teur, fût il le plus éprouvé des dévouements, il fuut
out neuf, M encore que la chose commandée soit d’une exécuseigneurs tion possible. Or, le mouvement en avant ne pouvait eux pour avoir d’autre résultat que de faire cabrer les chee, celles- vaux en face les uns des autres, exercice qui eût toilettes, À été peut-être fort divertissant à voir, mais, qui, nslants. surément, n'aurait pas résolu la difficulté, ura huit Donc, reconnaissant l'impuissance où ils étaient de satisfaire au voeu de leurs maîtresses, les deux ndonner, cochers laissèrent leurs atteiages dans une tranquilrie et à lité parfaite toutefois comme ils se croyaient obliment un gés à une démonstration de zèle, de quelqne natnie qu'elle fût, ils se lancèrent à corps perdu dans le * prome- champ fertile et commode de l’invective, faisant desir de filer avee une volubilité merveilleuse tous les tréchemin sors d’un répertoire aussi varié que pittoresque. Ils solitude, allèrent ,tant ils y mettaient de confiance, jusqu’à aisantes mêler les menaces aux injures: mais c'était seuleiené le ment comme moyen oratoire et afin d'ajouter à incident l'effet. Pour que les actions répondissent aux paroonde. M les, il eût fallu descendre du siège, et la vérité est dé d’ar- que ni l’un ni l’autre ne Paraïsasientdisposés à en autre ve- démarrer.
ossibili- Cependant les deux dames, bien résolues à tenir r néces- bon jusqu’au bout, s'étaient enfoncées tranquillee, qu ment dans leurs carrosses.
ispensi:- D L'une avait ouvert un roman nouveau de La Calr; mai prenède, qu’elle lisait avec une attention aussi soul’autre. M tenue que s1 elle eût été enfermée dans son oratoire. ’exhor- À L'autre donnait le bout de ses gants à un char- Tpour- M mant petit épagneul et folâtrait sur ses genoux. portiè- bi Buckingham, témoin de cette scène bizarre, s’en se re amusa pendant quelques instants: puis, lorsqu'il rié à la BR voulut Poursuivre sa route, il reconnut qu’il lui se-
= ‘Ait égnlement impossible de passer outre.
Mais rien ne l’empêchait de rebrousser chemin et à servi-
même il s’apprêtait à donner cette haute leçon de
sagesse, lorsqu'une folle pensée vint subitement
changer sa résolution; il lui parut plaisant d’intervenir dans la grave question de préséance qui s’agitait.
Buckingham descendit done de cheval, et, s’élevant sur le rebord du chemin, il alla présenter sa tête à la portière de la première voiture.
C'était celle de la liseuse,
— Mille pardons, madame; je me vois contraint de vous faire observer respectueusement que, la roule étant obstruée par votre voiture, il m'est absolument impossible de passer.
Lu liseuse daigna lever les yeux de dessus son livre pour examiner le personnage qui osait prendre Ja licence de lui adresser la parole.
C’était une jeune femme de dix-huit à vingt ans, d’une beauté sévère ayant le regard décidé, la bouche dédaigneuse, le maïntien un peu roide.
Après s’être donné le temps de délibérer en ellemême si l’auteur d’une observation aussi impertinante valait l’honneur d’une réponse, elle laissa Préalablement tomber de ses lèvres cette question assez naturelle :
— Qui êtes-vous, monsieur?
— Je me nomme Buckingham, — répondit le duc avec simplicité,
La dame, jugeant à ce nom qu’elle pouvait sans déroger descendre un peu de sa hauteur, reprit avec un gracieux sourire :
— Je suis franchement désolée, monsieur le due, d’être un obstacle à votre Passage; soyez toutefois assez juste pour ne pas m’imputer un état de choses que je déplore sincèremen à cause de vous. Si vous tenez à le faire cesser, veuillez vous adresser à la
leçon de bitement ; d’interui s’agi-
at, s’éleenter sa
ontraint , la roust abso-
; son liprendre
igtans, la bou-
n ellemperti-
laissa testion
le duc
t sans it avec
e due, tefois hoses | vous à la
personne qui pousse le mépris qu'à couper le chemin à mon carrosse,
Buckingham fit un profond salut, qu’on lui rendit cérémonieusement, et courut à la portière de la seconde voiture.
La dame qui occupait celle-ci n’était ni moins jeune que l’autre, ni moins belle, :. moins hautaine: seulement elle avait plus de vivacité dans le geste et dans le regard, et ses paroles étaient un peu moins compassées.
Buckingham déclina son nom et présenta sa requête. :
— Ma foi! monsieur le due, — lui répondit — je vous engage à faire comme moi :
tiemment, vous le Voyez: je suis céder un pouce de terrain.
Cette obstination réciproque, qui devenir amusante, mit Bucki de gaieté dont pourt sit par politesse aux re,
— Vous me permettrez, madame, de vous soumettre une objection?
— Je ne m‘y oppose Pas, mais je vous déclare avec franchise que ce sera peine perdue
— Peut-être en jugerez-vous autrement quand yous m’aurez écouté.
— Je vous écoute.
— Supposons que votre partie adverse fasse autant de force de volonté, de... de...
— Vous voulez dire d’entêtement? Soit! ne vous génez pas, tranchez le mot.
—— Le ciel me préserve de donner ce nom à une susceptibilité que je respecte tout en la combattant!
+ Supposons, dis-je, que cette dame soit déterminée à mettre dans cette affaire autant de persévé-
des convenances Jus-
-elle, j'attends parésolue à ne pas
promettait de ngham dans une veine ant le signe extérieur se réduiproportions d’un simple souri-
D meme me am
en ane —
rance que vous paraissez décidée à en montrer vous-
même...
— Je ne le supposerai pas, j'en suis sûre.
— Eh bien! qu'arrivera-t-il? Les heures s'écoule. ront, la nuit viendra et vous serez encore là.
— Nous y serons demain, nous y serons dans huit jours, nous y resterons toute ln vie, s’il le faut.
— C’est bien long!
— Mon existence dût-elle en dépendre, je ne donnerai jamais à personne, à moins d’un droit bion constaté la satisfaction de voir mon carrosse reculer devant le sien.
—Et vous aurez raison: mais il est présimable que, dans la pensée de votre adversaire, son droit est au moins égal au vôtre.
— Alors qu'elle le fasse valoir en même temy qne j’exposerai le mien, et la chose soit décidée par ut tribunal compétent,
—Ce serait en effet le seul moyen d’en finir; par malhew, je vois bien les deux parties mais je n’aperçois point le tribunal. Si Pourtant vous daignez avoir quelque confiance en mes faibles lumières...
-— Comment done, monsieur le duc! mais je vous crois très-apte à connaître de notre différend; et, si mon adversaire consent à vous accepter pour juge, je vous déclare que je suis prête à me soumettre à votre décision.
Ce point obtenu, Buckingham retourna auprès de la liseuse, dont les héros de la Calprenède at sorbaient de nouveau l’atteniion grave et solennelle. Elle écouta non moins gravement la proposition que
lui fit le duc d'intervenir dans le débat, et répondit d'une voix tente et posée :
—- Monsieur le duc, je ne exigeante que ma rivale: c’ tre pour trancher les difficu
me montrerai pas plus est peu d’un seul arbi.
liés d’une affaire aussi
rer vous-
s’écouleà,
lans huit faut.
ne donoit bion reculer
simable mn droit
e temy dée par
ir; par je n’adaignez ères...
je vous nd; et, our jumettre
près de a! soranelle.
on que pondit
s plus arbiaussi
Lu
délicate; mais, vu l'impossibilité de fuire mieux, j'accepte votre arbitrage et je vous donne ma parole de considérer comme ayant force de loi le jugement qu’il vous plaira de rendre,
— J'essayerai donc, mesdames, — dit Buckingham en élevant la voix, — de justifier la confiance dont vous voulez bien m'honorer: je suis prêt à
Alors chacune des deux dames, appuyant un bras vous entendre, sur le panneau de «a portière, sortit sa tête en la tournant vers Buckingham, qui prenait place sur le rebord de la route, à égale distance des deux voitures.
— À défaut de siège, — dit gaiement le duc, — 1° vais m'asseoir sous ce chêne, comme autrefois faisait Louis IX rendant ln justice dans son pare de Vincenne<.., Mais, continua-t-il, en s’apercevant que sa gaieté, encouragée par un sourire de la dame à l’épagneul, provoquait au contraire chez la dame ou roman un froncement de sourcils d:approbateur, — j'oublie que lu plaisanterie :e saurait être de mise en cette occasion. Je vous en fais mes exeuses et je me hâte de donner à mes paroles ainsi qu'à mon maintien une gravité proportionnée à l’importance de la cause. Je vous écoute, mesdames: les débats sont ouverts. .
Ce fut la dame au roman qui commence :
— Pour couper couit à toute cette discussion, — fit-il avec emphase, — il me suffira, je pense, de décliner mon nom: Je suis Elisabeth-Angélique de Vienne, comtesse de Bouteville-Montmoreney.
Buckingham se leva, découvrit sa tête s’inclina profondément.
— C'est en effet un beau nom, madame, et qui a droit au respect de tons.
— Si ne s’agit, — répliqua la dame * l’épa-
gneul, — que de mettre les noms en présence, je ferai comme madame; je me contenterai de prononcer le mien: je suis Anne-Marie-Charlotte de la Rochefoucauld.
Ce dernier nom produisit un effet magique, ce qu’il avait considéré jusque-là comme un jeu prit soudain à ses yeux toute autre proportion.
Mademoiselle de la Rochefoucauld, l’orgueilleuse demoiselle d'honneur de la reine, était là devant lui, et elle l'avait accepté pour arbitre dans un dif. férend où était intéressé <a passion dominante !
C’était une bonne fortune inespérée, une occasion unique, et, Pour en tirer tout le parti désiràble, il n’avait qu’un mot à dire,
Cependant il était de bon goût de conserver les apparences de l’impartialité et de rendre un arrêt dont la justice ne fût pas trop hautement attaqueble; là était le difficile.
Tout en cherchant un biais Pour arriver à une conclusion satisfaisante, Buckingham se découvrit et s’inclina une seconde fois en disant: ,
— C’est une noble et illustre famille que celle des la Rochefoucauld.
— Mais non plus noble et plus illustre que celle Montmorency, — repartit aigrement Ja comtesse.
— Notre famille, madame, — répliqua mademoiselle de la Rochefoucauld, — était connue dès le onzième siècle,
— Pour trouver l’origine de la nôtre, il faudrait remonter plus haut encore,
— Jusqu'à Bouchard Barbe-Torte! n'est-ce pas? — dit malicieusement la demoiselle d'honneur.
-Nous nous en faisons gloire, répartit la comtesse, dont les doigts crispés égratignèrent le velours de la portière.
— Ce pauvre Barbe-Torte, — ajouta malicieuse-
2e, je fe- ment mademoiselle de la Rochefoucauld, — quel
pronon- bonheur il a eu d'exercer son métier à une époque de la où les parlements n’étaient pas encore inventés! — Quel métier faisait-il donc? — demanda Buckque, ce iugham avec étonnement.
Jeu prit — Oh! mon Dieu! cet honnête Bouchard était fort laborieux, et il occupait un peu ses loisirs à déeilleuse trousser les passants pour ne pas se gâter la main. devant — Madame, voulez-vous m’insulter? — s’écria la un dif. D comtesse de Bouteville, pourpre de colère. rante ! — Nullement, noble dame, — reprit la fille e ocCca- d'honneur avec le plus grand sang-froid du monde, sirable, —- je donnaïs une lecon d'histoire de France à monsieur l’ambassadeur d'Angleterre, voilà tout! Oui, ver les monseigneur, Barbe-Torte dépouilla tant d’abbés de 1 arrêt Saint-Denis et autres lieux de leurs soutanes, il dé. taque- D livra tant de chevaux de leurs selles et de leurs fers, il pilla tant de troupeaux de boeufs, que cela à une lui donna le goût des collections. I1 compta bientôt ouvrit dix chambres remplies de so':'anes amoncelées, qu’il appelait en riant son concile; dix greniers encomcelle D brés de cornes de boeuf élevées en trophées, et une immense salle dite aux Fers à Cheval, parce que celle quatre murs de cette salle étaient cloués, du haut en sse. { bas, de long en large, des milliers de fers rangés emoi- D dans l’ordre le plus agréable à l’oeil. Ceci est conlès le M signé dans les chroniques...
— Ecrites par les moines de Saint-Denis, ennedrait ! m's nés de notre famille, — interrompit vivement la comtesse. — Mais ce que vous oubliez d’ajouter pas? 1 c'est que Bouchard se repentit de ses erreurs, fit r. ses pâques et devint le premier baron chrétien. Ne com- vaut-il pas mieux descendre de lui que du premier ve- duc protestant, comme vous, mademoiselle de la Rochefoucauld?
Use- —Oh! l’on saitque votre maison est d’une no-
blesse plus catholique que Ja nôtre, — répondit avec une humilité affectée la fille d’honneur, — Puisque vous avez la sainte Viergc, mère de Dieu, pour cousine.
— Pour cousine! — répéta avec une singulière envie de rire Buckingham, qu à qualité d’Anglais rendait fort incrédule en Pare. matière, et qui ne croyait pas que les brétentions nobilaires des Montmorency pussent aller si loin.
— Madame, — s’écria alors la comtesse au com-
le de la colère, = ignorez-vous qu’il y a encore en France des lois contre les sacrilèges et les blasphémateurs?
— Mais je fais que répéter ce qui est inscrit en toutes lettres sur les Parchemins de votre illustre famille de la Rochefoucauld. — Ne m’avez-vous pas raconté vous-même que cette excellente cousine pria un jour l’un de ses cousin, votre grand oncle, de se couvrir devant elle, et que votre grand-onele s’empressa d‘obéir en disant : “Ma cousine, c’est par commodité.’
Buckingham se mordit les lèvres Pour ne point éclater. Madame de Bouteville suffoquait de rage, car elle devinait la raillerie sous l'air doucereux de sa rivale.
Cependant le que voulut essayer de mettre Ja paix dans les deux camps.
— L’antiquité de vos maisons m'est suffisamment Prouvée, mesdames, — leur dit-il; __ Mais ne parlons pas religien, car je suis Anglais et fort incompétent en questions théologiques. Passons maintenant aux exploits de vos ancêtres les plus reculés et aux honneurs que leur ont décernés leurs souverains.
— À Ja malheureuse affaire de Mansourah, — s’écria aussitôt la comtesse, —un de nos aïe don-
dit avec puisque ur cou-
gulière Anglais Quine s Mont-
u com-
encore s blas-
rit en tre faus pas le pria le, de -oncle st par
point rage, ux de
paix
ment parcominteés et uve-
lon-
na son cheval au duc d'Anjou et eut deux dromadaires tués sous lui!
— À Tunis, — riposta la fille d'honneur, — un la Rochefoucauld porta sur son dos pendant deux heures le saint roi Louis, brûlé de fièvre et soupçonné d’être pestiféré. [1 l’amena ainsi jusqu'au bord d'une citerne où le roi put baptiser une demi-douzaine de petits Sarrasins que mon aïeul avait faits
prisonniers. :
— Pendant la folie de Charles VI, — reprit madame d Bouteville, — un Montmorency mit sa
moustache et ses éperons en gage chez un juif, qui lui donna en échange une somme d'argent suffisante pour acheter du linge et des cartes à jouer au roi.
— Sa Majesté Charles VII, — repartit avec majesté
— Sa Majesté Charles VII, — reprit avec feu mademoiselle de la Rochefoucauld, — honora de sa visite notre château de Pierrefonds, On servit à diner un héron dont le bec et les pattes étaient dorés. Le roi fut si satisfait de sa réception, qu’il ac : rda à uotre aïeul le droit de marcher toujours suivi de cinquante hallebardiers et d’être veillé par cmquante autres pendant son sommeil.
— Ceci était plus glorieux que commode, — pensa Buckingam. :
Sachez enfin, madame, — dit la comtesse, — que notre maison ne le cède qu’à celle des princes,
— I y a des familles royales qui n’ont pas cru déroger en s’alliant à la nôtre, madame, — répliqua l’orgueilleuse fille d'honneur.
— Enfin, madame, monsieur le duc nous connaît maintenant et peut prononcer.
es Il peut prononcer, madame: je m’en rapporte à son opinion.
Mais dans tout cela Buckingham cherchait en vain sur quoi motiver l’arrêt qu’il brûlait de rendre.
—- En vérité, mesdames, vous me mettez dans un embarras extrême : placé entre deux des plus grands noms du monde, il m'est impossible de faire pencher d’aucun côté le plateau de la balance. Cependant permettez-moi de vous adresser une question. — Et, se tournant vers mademoiselle de la Rochefoucauld : — N’appartenez-vous Pas, — Jui demanda-t-i1, —à 11 maison de la reine de France?
— Je suis demoiselle d’honneur de Sa Majesté, répondit mademoiselle de la Rochefoucauld.
— Et moi, monsieur le duc, — dit fièrement la comtesse, — je n’appartiens à personne.
Le biais était enfin trouvé.
Buckingham prit un air solennel :
— J’en demande humblement pardon à madame la comtesse de Bouteville, mais mademoiselle de la Rochefoucauld ayant l’honneur d’appartenir à la reine de France, je crois qu’en cette qualité, tous mérites reconnus égaux d’ailleurs, elle ne saurait, Sans manquer à son devoir, céder le pas même à une Montmorency. Mon avis est donc qu’en cette occasion la question de préséance soit complètement résolue en sa faveur.
La joie du triomphe dilata les traits de mademoiselle de la Rochefoucauld, tandis que le feu de la colère étincela dans les prunelles fauves de la comtesse, comme l'éclair précurseur des tempêtes : mais la comtesse n’éclata point.
Mademoiselle de Bouteville, Surmontant le premier mouvement de son indignation, se contenta de dire avec une froide dignité :
© — d’appellerai plus tard d’un Jugement dont je
lait en de ren-
dans un grands vencher endant — Et, cauld :
ajesté,
ent la
dame le de ràla
tous irait, à une occa- It ré-
moi- 1 de e la tes ;
prenta
t je
proteste, monsieur le duc; aujourd’hui je cède : une Montmorency n’a que sa parole.
Se penchant alors à la portière elle donna l’ordre de reculer à son cocher qui, n’osant en croire ses “reilles, se fit répéter une seconde fois avant d’obéir.
béir.
— Pauvre comtesse! — s'écria mademoiselle de la Rochefoucauld qui riait de tout son coeur, —elle est capable d’en mourir de dépit... — Mais,—poursuivit-elle en regardant Buckinghiin, — j'ai fait “loir mon droit; je suis satisfaite. Il serait mal de n pas me montrer généreuse après la victoire.
Et, sur l’ordre qu’elle lui en donna, son cocher * mit à r. couler de son côté: en sorte que les deux deux voitures, reculant l’une devant l’autre, arrivèrent en même temps aux deux extrémités du chemin; alors elles se retournèrent et continuèrent à s'éloigner l’une de l’autre en prenant des routes opposées.
Buckingham, remonté sur son cheval, avait suix: naturellement la voiture de mademoiselle de la Rochefoucauld; il s’approcha de la portière et sollicita de la belle et fière demoiselle la faveur de l'accompagner dans sa promenade.
—Ce ne serait pas un plaisir pour moi, réponditelle, — mais je ne saurais me résoudre à payer d'un refus le juge aimable à qui je dois tant de reconnaissance.
— De la reconnaissance, mademoiselle! Eh!
pourquoi? Je n'ai d’autre mérite que d’avoir obéi aux deux puissances qui ne me laissent pas libre de juger autrement que je ne l'ai fait, +
— Et auelles étaient ces deux puissances?
— Lai raison, d’abord,
— Il me semble que celle-là était suffisante.
— Sans doute; maiselle n’eût pas moins assuré votre triomphe.
— Et cette autre, c’était?...
— Mon coeur.
— On vous dit très-galant ,monsieur le duc.
— Je suis sincère, mademoiselle.
L'entretien continua sur ce ton sans que mademoiselle de la Rochefoucauld parût songer à y mettre fin. Non seulement Buckingham, par sa beaut$ son esprit et sa grâce, exercait sur elle ce charme auquel personne ne savait résister, mais encore elle s’enivrait d’orgueil à la pensée de voir à ses pieds l’homme qui, dès son apparition, avait écrasé tous ses rivaux en belles manières ei porté le trouble dans tous les cerveaux féminims de la cour, dont le renom était dans toutes les bouches et l’image dans tous les coeurs: en un mot, l’idole du jour, l’homme à la mode.
Lorsque le moment arriva où il fallut se séparer, la conversation avait fait de si rapides progrès que le mot rendez-vous trouva moyen de s’y glisser sans que, d’une part, il pût être envisagé comme un acte d’excessive témérité et que, de l’autre, on se crût obligé de manifester pour y répondre une bien vive indignation.
Cependant mademoiselle de la Rochefoucauid, sans doute pour l‘acquit de sa conscience balbutia ur refus bien embarrassé, bien timide, juste comme il le fallait pour engager le due à redoubler ses instances.
— Je ne vois pas, après tout, — lui dit-elle enfin, — pourquoi vous ne m’accompagneriez pas une seconde fofs à ma promenade du matin.
— Du matin! ah! mademoiselle! — fit Buckingham en se récriant.
— Mais ,monsieur le duc, ce n’est pas le soir, il
assuré
madey met- beau- » charencore ‘ à ses t écraorté le \ cour, l’ima- 1 jour,
parer, ès que T Sans n acte e crût n vive cauid, Ibutia omme es ins-
le en- 1s une
king-
oir, il
me semble, qu’on est dans l'usage de se promener.
— On a tort, mademoiselle; car c’est seulement alors qu’on est vraiment libre de s’abandonrer aux douces rêveries du coeur. Le regard et la pensée ne sont point distraits par cette foule indifférente qu’amève ici la seule obligation de faire comme tout le monde, d'importuns qui viennent à chaque instant jeter au milieu d’un précieux entretien leurs paroles vides ou leurs ridicules saillies. Oh: si vous saviez comme on se parle, comme on se comprend mieux dans ie calme et la solitude, comme l'esprit et le coeur s'élèvent sous le charme irrésistible que donnent à la nature les teintes mystérieuses de la nuit!
À ce raisonnement, Buckingham .u ajouta mille autres de la même force; il eût fallu, pour ne pas se laisser c onvaincre que mademoiselle de la Rochefoucauld y mît bien de la mauvaise volonté.
T1 fut donc convenu que dans la soirée du samedi suivant, à neuf heures, on se rencontrerait par hasard à la porte d'Amiens, afin d’aller vérifier l'exactitude des descriptions du poétique Bucking ham. :
Au moment des adieux, la blanche main de mademoiselle de la Rochefoucauld se trouva tout naturellement dégantée et appuyée sur le panneau de la partière; tout naturellement, aussi, Buckingham, en s’inelinant pour saluer, ne laissa pas échapper l'occasion d’en approcher ses lèvres.
DU DANGER QUE COURT UNE DEMOISELLE EN COLERE EGARANT SON LIVRE D'HEURES.
Nous prions nos lecteurs de laisser quelques heures s’écouler et de se transporter avec nous dans l’apartement de mademoiselle de Liancourt, cette autre demoise!le d'honneur dont Suckingham avait inscrit le nom sur ses tablettes avec le mot colèm en regard. -
Tout était en rumeur dans l’hôtel où elle denieuait. Les domestiques effarés montaient et 2escendaïent ne sachant auquel entendre des vingt ordres contradictoires qui leur étaient donnés.
Mademoiselle de Liancourt elle-même, dans une agitation inexprimable, allait et venait du salon à la chambre à coucher, de la chambre à coucher au salon, ouvrant les meubles avec fracas furetant dans tous les coins, remuant et bouleversant tout ce qui se présentait sous sa main.
Au moment où elle se Préparait à se rendre à l’office. moins peut-être pour s’y livrer au recuei]lement de la prière que pour y recevoir l’eau bénite de la main du jeune et beau vicomte de Candeille, elle avait voulu prendre son livre d’heures, un livre orné d’admirables peintures et dont la reliure était d'un travail fini, cadeau qui témoignait de la ma-
gnificence et du goût exquis de l’amoureux vicomte,
Chose étrange, incompréhensible, le livre d’heures avait disparu.
— Mais cherchez-donc, Marthe! cria-t-elle d’une À voix aigre à sa femme de chambre :—vous êtes d’un
calmé, d’une tranquillité qui me fait bouillir le
Z sang. Vous savez pourtant bien que ce livre ne peut COLERE à :
être perdu : il faut absolument que vous me le trouviez.
— Madame voit bien que j’y fais mon possible, — répondit Marthe, qui semblait parodier les mouvements de sa maîtresse en mettant dans ses recher-
. ie ches une activité plus affectée que réelle. : — Avez-vous envoyé chez madame de Putanges, » cette où je fus hier en visite?
un. — Oui madame, Cater. — Et chez mademoiselle de Sennevière?
| — On y est en ce moment.
— Ah! je me souviens que je montai m’informer . de la santé de madame de Luxembourg: vous allez FOTS À dépêcher un des valets de l’hôtel.
une Ë — Mais, madame, ils sont tous partis pour exé- £ cuter vos ordres, on à — Cherchez-en d’autres! = er au —- Madame... retant — Eh bien! vous ne bougez non plus qu’une staut ce tue’... Ne voyez-vous pas que je bou, d’impatien- À ce, que je meurs d’inquiétude!... Si vous ne troul'of- “eZ personne à y envoyer, allez-y vous-même. eille- — Oui madame. - :
. — Vous entrerez, en passant, dans la cathédrale, 1 le, à Je fis hier mes dévotions: il se peut que je l’y aie ivre D blie était Oui madame, ma-
— Atteignez-moi d’abord cette cassette.
— Î1 y a huit jours que madame m'a commandé de la placer là et personne n’y a touché,
— Obéissez et faites-moi grâce de vos réflexions.
Mais le livre d'heures n'était point dans la ca:sette, que mademoiselle de Liancourt, dépitée, fit voler en éclats au milieu du salon.
Marthe, jugeant à ce dernier signe que l'orage grossissait et ne tarderait pas à fondre sur elle, s'éloigna prudemment sous prétexte d'obéir aux ordres qu’elle venait de recevoir,
— Madame, madame, bonne nouvelle?
— Mon livre est retrouvé?
— Oui, madame.
— Dieu soit loué!
Et mademoiselle de Liancourt se livra aux transport d’une joie non moins vive que l'avait été son désespoir.
— C’est à l'église que masnme l'avait laissé, reprit Marthe.
— Je vous le disais bien... Ah! Marthe, quelle frayeur j'ai eue...? Si mon livre avait été perdu, voyez-vous, je ne m'en serais jamais consolée,
— Je le crois bien, un livre qui était peint et doré sur toutes les pages!
Mademoiselle de Liancourt haussa les épaules ct jeta sur Marthe un superbe regard de pitié.
— Mais puisqui’l est retrouvé, s’écria-t-elle tout
à coup, — vous l’avez donc?... Où est-il?... Xe me faites pas languir ainsi. Hâtez-vous de me !e À remettre.
— Madame, la personne qui le rapporte désire ne le donner qu’à vous-même,
— Et vous ne me dites point cela tout de suite!.… Vous êtes d’une insouciance, d’une lenteur! Voryons! ne perdez pas une minute, faites entrer cet D Personne, — Marthe introduisit un villageois assez
: — 1923 — omimandé
galamment vêtu, qui s'avança timide ment, roulant d'un air embarrassé les larges bords de son chapeau, et jetant à droite et à gauche des regards eù se peignait une admiration naïve. — C’est donc vous qui avez trouvé mon livre? dit en riant mnde- > l'orage D ciselle de Liancourt.
flexions.
is Ja caspitée, fit
elle, sé L'ébahissement du jeune homme venait de la AUX O1- Mettre en belle numeur de gaieté.
— Hé! oui madame, — répondit le puysan avec
un gros rire, C'était pour se mettre à l'unisson de l'hilarité
provoquée par son entrée, digne de figurer dans un ballet du roi.
IX trans- — Mais où donc l'avez-vous mis? je ne le vois été son pas.
— C’est juste; je l’ons dans ma poche; tenez, ma-
issé, - dame, le v’là,
— Vous n'avez voulu le remettre qu'à moi-même : , quelle D c'est une attention dont je vous remercie... — Et, té per- D s'adressant à sa femme de chambre : — Marthe, fuinsolée.
tes rafraîchir ce brave garçon et remettez-lui cette bourse comme témoignage de ma reconnaissance.
Le villageois fit avec la main un geste de retuiles et fus.
t et do-
; — Gardez votre or, je n’en ons pas besoin.
le tout £ — De la fierté! — fit mademoiselle de Liancourt °#
… Ne surprise: — j'admire la délicatesse de vos senti-
me Îe MS ments: mais pourtant je ne puis consentir à demeu- #5 rer votre débitrice.
sire ne Ë — Oh! soyez tranquille, madame, vous aurez Me toute facilité de vous reconnaitre envers moi, car
tite! DS je venons précisément vous demander un service.
. Vor- — À la bonne heure!
root — Mais, C'est que...
s assez
— Voyons, expliquez-vous sans crainte: je suis toute disposée à vous être agréable...
— C’est que... pardon de la hardiese, madame... — Le villageois baissa la voix et jeta du côté de Marthe un regard embarrassé. — Si c'était un effet de votre bonté... j’ons à dir: des choses que je serions bien aise de comuniquer qu'à vous seule.
— Comme vous le voudrez, — fit mademoiselle de Liancourt; — Marthe, laissez-nous!
Marthe sortit, non sans faire une petit moue boudeuse; bien qu’elle ne fût pas tout à fait innocente de la scène qui avait eu lieu, il était aisé de voir qu’elle en eût volontiers suivi les détails jusqu’au bout.
Mademoiselle de Liancourt était assise, feuilietant avec amour son livre d'heures, qu’elle ne pouvait se lasser de contempler.
Le villageois, qui paraissait nvnir : is une peu d'assurance s'était rapproché d'elle et ia regardait faire,
— Ne vous mettez pas en peine, madame; il n’y mañque rien: tel que l’ons trouvé, tel je le rapporte.
— J'en suis persuadée: aussi n’est-ce pas la défiance qui me le fait examiner, mais le p''isir de le revoir en ma possession.
— Il apparaîtrait d’après cela, que madame y tient beaucoup?
— Plus que je ne saurais le dire.
— C’est comme moi.
— Vous tenez à mon livre?
— Oh! que nenni; vous n’y êtes pas; votre livre! qu'est-ce que j’en ferions? C’est à Perrine que je tenons.
— À Perrine?
—- Oni, madame, à Perrine qui étiont notre bien tout comme ce beau livre étiont le vôtre.
— C’est possible... mais il s’agit, je crois, d’un
service qu'il est en mon pouvoir de vous rendre... j'attends que vous vouliez bien vous expliquer.
— Justement; voilà que j'arrivons à la chose: c'est donc pour vous dire que, si je vous ons restitué votre bien, je ne croyons pas être trop exigeant en vous priant de nous fuire restituer le nôtre,
— Comment! est-ce que, sans m'en douter, je vous aurajs causé quelque tort?
— Non pas vous ,madame, mais un beau seigneur d# votre connaissance, et sur qui je nous sommes laissé dire que vous ne manquiez pas d’une certaine autor'té,
— Vraiment? Et ce beau seigneur de. ma connaissance quel est-il? Ë
— Eh! pardine! qui serait-ce done si ce n’était M. le vicomte de Candeille?
Mademoiselle de Liancourt regard: «vec étonnement le paysan qui souriait d’un air narquois
— Mais qui done vous a dit que j'avais du pouvoir sur M le vicomte de Candeille?
— Un peu tout le monde madame...
— Ah!
— Et puis on a des yeux.
— Vraiment!
— Mais chez nous autres gens de Ja camapgne st-ce que ce n’est pas mon Dieu! tout de même conmae chez vous? Quand je voyons un garçon tourner autour d’une jeune fille et qu’elle faisont pas la mine de s’en offusquer, et au‘el = traînont par- ‘out après elle, lui ordonnant tantôt une chose, tan- ‘5 une autre, de faire ceci et de ne pas faire cela, d'aller par là et de revenir par ici, et que lui il obéissont à son commandement ni plus ni moins que “il étiont son laquais, faudrait que je soyons bien dur d’intelligence pour ne pas dire tout de svite : Voilà une paire d'amoureux!
Mademoiselle de Liancourt ne savait pas trop si elle devait rire ou se fâcher.
Le sentiment de sa dignité l’'empêcha de céder au premier de ces deux mouvements, et si elle ne se livra pas au second, c’est qu'elle fut retenue par la curiosité.
— Puisque vous êtes si clairvoyant et si bien renseigné, monsieur... monsieur?
— Georges, madame, pour vous servir si j’en étions capable, — fit le paysan avec une petite glissade du pied droit en arrière en guise de salut.
— Eh bien! monsieur Georges, admettons que vous ne vous trompiez point en me supposant quelque pouvoir sur M. le vicomte de Candeille, encore faut-il que vous ayez la bonté de m'apprendre à quel sujet j'en devrais faire usage.
— Certainement il le faut, et c’est 1à l'embarras de l’histoire... parce qu’enfin vous y êtes intéressée tout autant que je le sommes, et que vous êtes capable de prendre feu à peine j’aurons lâché de Jremier mot.
— Pas tant de préambule; arrivez au fait, — dit vivement mademoiselle de Liancourt, qui commençait à perdre patience.
— Je m'en tirerons plus facilement par une emblême, — reprit George sans se déconcerter. — Une supposition qu'un beau jour il me passiont par l’esprit de vous faire un doigt de cour. ë
— Monsieur Georges?
— I n’y a point d'affront, madame, vous êtes, morguenne! assez avenante pour qu’on vs aime. Eh bien! alors, qu'est-ce qu’il ferait votre M. le vicomte de Candeille?
— Ce qu’il ferait, il montrerait du doigt monsieur Georges à ses gens, qui le mettraient à la porte et 1 rosseraient d'importance.
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— C ’est juste... msi. pour que l'emblême soit complet, mettons qu je soyons °£. le vicomte et que M. le vicomte ne sosont qu'a paysan.
— J'avoue que, dar < ve en, 1 chose devient plus difficile.
— Pas le moins du monde, et j'allons vous le dire, moi, ce qu’il feriont votre M. de Candeille: il iriont trouver Perrine, ou il lui conteriont ce don il retourne, et il la prieriont de m'’ordonner d’aller où j'ai affaire... Voilà justement madame ce que j2 sommes venu faire auprès de vous.
Mademoiselle de Liancourt commençait à comprendre. Elle se leva, le visage rouge, et enflammé :
— Songez à ce que vous dites, monsieur Georges!
— Sans doute, j'y songrons: je n’ons fait que cela depuis hier. C'est Pourquoi, me trouvant dans l’église, et vous ayant vu laisser votre livre après vous être levée pour vous en aller, au lieu de coutir après vous et de vous le rendre, je l’ons mis dans ma poche afin qu’il me servissiont de prétexte Pour venir dans votre maison et obtenir un petit mot d’entretien.
Les doigts de mademoiselle de Liancourt se erispaient et froissaient sans pitié le livre d’heures: ell:fit quelques pas avec agitation, puis elle s’arréta :
— Je suis bien folle,—dit-elle en se parlant à elle-même,—d’écouter de pareils propose et d'ajouter foi aux visions de cet homme.
— Des visions! fit Georges avec calme: il est bon que vous sachiez, madame, qu’on ne se met pas en Mouvement chez nous pour des visions, et que, si nous prenons la peine de nous déranger, c’est que ie sommes sûr de notre fait.
— Des preuves! donnez-moi des preuves! — s’écria mademoiselle de Liancourt d’une voix frémissante.
Pour ce qui est de çà, je m'en moquions pas, j'en ons à vous donner de toutes les espèces, — répondit Georges, dont le sang-froid devenait de plus en plus agaçant.
Mademoiselle de Liancourt était debout, en face de Georges, le cou tendu, les narines gonflées, le regard ardent :
— Parlez! mais parlez done! — lui cria-t-elle, arrivée au paroxysme de l’impatience.
— Ah! vous voulez des preuves! — reprit le paysan: — on vous en dira; si ça ne suffit pas, on vous en fera voir: car il ne se cachiont guère l’enjôleux, qu’il étiont, et la coquette ne se donnont pas tant seulement la peine de faire la mijaurée avec lui. Figurez-vous que hier matin par exemple...
— Hier matin, j'étais de service auprès de la reine.
— (Ca se peut, mais à coup sûr il n’y étiont pas, votre vicomte; car dès le matin il étiont en train de rôder autour de la ferme à Perrine.
— Vous l’avez vu?
— Aussi clairement que j'ons vu Perrine qui lui faisiont des signes par sa fenêtre, et qui m’archiont l'instant d’après dans le sentier des Avelines, côte à côte avec lui.
— Ils se promenaient ensemble?
— ‘ui, madame, — #’! le paysan qui commençait à s’animer, — oui, ils se promeniont, et ils se regardiont tendrement... comme ça... et ils se disiont une foule de c hoses... que je n’entendions agréable, car Perrine lui faisiont ses plus doux sourires, et M. le vicomte lui preniont la main pour la carresser dans les siennes.
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-— Quelle indignité!
— Bien sûr que c’est indigne!... Mais quand ils «+ sont uittés, c’étiont bien pis. Frllait le voir, madame, fallait le voir se rapprocher d’elle..., ptout contre... tout contre... comme ça... lui passer le bras amoureusement autour de sa taille. comme ça... la serrer contre son coeur... comme ea... et enfin pousser l'audace jusqu’à lui donner un baiser... comme ça.
— Insolent! s’écria mademoiselle de Liancourt en faisant un bond en arrière. Georges, emporté par la situation, venait de joindre la pantomine au récit. Rappelé brusquement à l'observation des conveuances, il rougit, balbutia une excuse et resta immobile, les yeux attachés sur le fond de son chapeau devant mademoiselle de Liancourt, dont le regard flamboyait. — Sortez! — fit-elle avec un geste suverbe. Georges ne bougea point. — Sortez tout de suite, ou je vous fais jeter à la porte par mes gens!
— C’est que je n ons pas encore tout dit, — objecta Georges naïvement.
Indignée contre le paysan, irritée contre le vicomte, mademoiselle de Liancourt était dans une exaspération difficile à décrire; elle rougissait et palissait tour à tour; des larmes de rage roulaient sous ses paupières : tout son corps frémissait; à ses pieds gisait le livre dont vingt feuillets, déchirés, et lancés au vent, s'étaient répandus çà et là sur les meubles du salon. Dans le transport qui l’aniwait, elle eût éprouvé de la jouissance à battre, svuffleter, à écraser quelqu'un; des éclairs jaillisstient par moments de ses yeux comme pour foudroyer le misérable qui venait de lui manquer si audacieusement de respect; il devenait, à défaut du vicomte, la vietime indiquée de sa fureur... mais il
n'avait pas tout dit, et elle voulait tout savoir...
L’emportement de la jalousie fut plus fort que celui de la fierté révoltée,
— Achevez! mais achevez done ce que vous avez à me dire!
Georges avit repris son assurance et son aitituce tranquille. :
— Madame m'a tout à l’heure mis au défi de lui donner des preuves: je pouvons lui procurer l’occasion de voir tout ce que j’ons vu, pa. elle-même st de ses propres yeux.
— Mon or, mes bijoux, toute ma fortune si vous ne me trompez pas!
— Je ne demandons qu’une chose, c’est que M.
le vicomte ne s'inquiétont plus de Perrine, et que, pour ses promenades, il fassiont choix d’un autre endroit que sa ferme.
— Soyez tranquille, ceci me regarde.
— Et puis j’ons une observation à vous faire vous me paraïssez un brin bien vive; je ne pouvons rien vous montrer avant quelques jours: d’ici là M. 1e vicomte viendra vous voir; si vous allez vous mettre à éclater tout de suite, c’est le moyen de tout gâter.
Un sourire étrange passa sur les lèvres de mademoiselle de Liancourt :
— Vous connaissez mal les femmes, monsieur Georges: un mois, un an d'attente, de dissimulation, s'il le faut, pour le surprendre et me ven-k ger!
— Je n’en demandons pas tant. Hier donc, comme ils alliont se quitter, ils se sont dit: ‘A samedi! proche la fontaine Saint-Jacques, à neuf heures du soir.”?
© — Samedi!
— Je tenons aujourd’hui mercredi: par consé-
He rt que
ns avez itituce
ide lui l’occaême et
si vous
que M.
xt que, autre
faire ouvons là M.
s metle tout
made-
nsieur imula-
e ven-R
, COMIsame-
f heu-
consé-
quent, dans quatre jours, ce sera une affaire terminée, si vous voulez.
— Dans quatre jours! — s’écria mademoiselle de Liancourt, — dans quatre jours ma vengçance sera sitisfaite! Et maintenant, poursuivit-elle en laissant tomber sur Gecrges un regard de mépris, — retirez-vous! En faveur du service que vous venez de me rendre, je consens à ne pas faire châtier votre insolence.
Georges sortit à reculons, saluant jusqu’à la porte, de ses deux pieds alternativement et de son chapeau qu’il tenait à deux mains.
Pendant ce temps, que faisait Marthe?
Marthe était dans sa chambre où, elle essayait à chacun de ses doigts le magnifique brillant que Buckingham lui avait donné en échange du livre
d'heures dont il s'était servi comme moyen d’intro- : duction.